Shinzo Abe ou Valls : l’absence de réformes structurelles

Les réformes mises en places par le gouvernement Valls suffiront-elles ? Au Japon, le Premier ministre Shinzo Abe avait aussi pris plusieurs initiatives. Mais les mêmes freins au retour de la croissance se retrouvent dans les deux pays.

SUmoJapon

Alors que l’Europe contemple l’abîme d’une déflation, il n’est pas surprenant que les Européens, inquiets, portent leur regard vers le Japon, pays qui a traversé une vingtaine d’années de récession et de déflation et qui, depuis un an, semble en être sorti sous l’impulsion d’une audacieuse politique, connue sous le nom d’“Abenomics”, lancée par Shinzo Abe, premier ministre depuis décembre 2012.

Or, en dépit de la nouvelle vigueur que les Abenomics ont injecté à l’économie japonaise au cours de l’année passée, notamment grâce à un assouplissement monétaire audacieux et une relance budgétaire spectaculaire, des feux oranges clignotent à nouveau sur le parcours de cette économie japonaise qui montre ces derniers temps des signes d’essoufflement. Cela s’explique, entre autres, par le fait que l’affaiblissement artificiel de la monnaie japonaise, même s’il a fait rebondir de façon spectaculaire le marché financier, n’a pas été à la hauteur des attentes d’une reprise générale de l’économie nationale. Les raisons de cet essoufflement sont multiples, mais ce qui est certain est qu’il est encore prématuré de parier vos deniers sur une sortie définitive du Japon de sa longue crise.

Les champions de l’épargne

Le Japon est très différent de la France. A cause d’un système de retraite moins performant, les Japonais épargnent beaucoup plus que les Français et demeurent imperturbables devant tout effort futile de relancer leur consommation. Par ailleurs, l’Etat nippon est, de loin, le plus endetté du monde, ce qui rend incontournable une série de hausses de la TVA laquelle ajoute davantage de plomb dans l’aile de la consommation nationale.

Enfin, à la différence de la France, le système politique japonais est fortement consensuel. Or, qui dit consensuel dit indécision, ce qui explique les tergiversations politiques au cours des « deux décennies perdues » jusqu’à l’avènement fin 2012 de M. Abe et de ses Abenomics.

Près de deux ans après, les Japonais constatent qu’en dépit de toute la fanfare sur le succès de l’Abenomics, leur salaire demeure bas, l’emploi demeure maussade tandis que les prix montent à une vitesse vertigineuse à cause de la chute de la parité du Yen. Bref, le pain (je dirais plutôt le riz…) promis par M. Abe n’est pas encore parvenu au niveau du petit peuple. La plupart des Japonais, en dépit de leur mécontentement croissant, continuent à attacher de l’espoir sur Abe qui leur promet que la sortie de la crise, à leur niveau de petit peuple, est à l’horizon. Encore un peu de patience, dit-il en substance.

Les fonctionnaires les plus compétents du monde

Finalement, si même les ambitieuses Abenomics ont du mal à redresser la 3ème économie du monde, c’est qu’elles butent, dans sa phase finale, contre la muraille insurmontable de la réforme structurelle.

C’est précisément là qu’il y a une leçon que la France pourrait tirer du Japon car les deux pays partagent un point commun dans la puissance de leur fonction publique, source principale de la résistance aux réformes et à la libéralisation de la vie économique nationale. La classe politique japonaise est fortement dépendante de ses fonctionnaires (qui sont, somme toute, parmi les plus compétents du monde) et peu de gouvernements passés ont connu une fin heureuse après avoir tenté de dérober à la machine bureaucratique ses privilèges et ses pouvoirs.

Cette difficulté du Japon à sortir de la crise peut inspirer la France dans la mesure où cette dernière a aussi un besoin impératif de réformer dans le but de donner une souffle nouvelle à l’économie nationale. Par rapport au Japon, le système français accorde une plus grande marge de manœuvre à sa classe politique face à la puissante machine bureaucratique publique. Reste donc, pour les dirigeants politiques à saisir cet avantage et à montrer le courage de tenir tête au dragon qui garde le temple des privilèges et des intérêts acquis.

crédit: sumo demonstration, Edward Dalmunder.

L'ACTU

Le Japon est retombé en récession au troisième trimestre 2014 pendant lequel son PIB a enregistré un nouveau recul de -0,4 %. En France, sur la même période, la croissance a fait mieux que prévu mais stagne toujours à +0,3%.

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