L’Etat Islamique s’étend sur des terres non-musulmanes

De jeunes Français sont devenus djihadistes après avoir suivis la propagande de l’Etat islamique (EI). D'autres pays plus inattendus sont aussi ciblés. Sur le continent asiatique, traditionnellement pacifiste et indifférent aux extrémismes, les thèses islamistes prennent aussi racine.

singapour

Après avoir vécu une décennie sous le menace de terroristes comme Al Quaida, Taleban, etc., voilà que le monde découvre une nouvelle marque de terreur encore plus cruelle et plus radicale sous le nom de l’Etat islamique (EI). Jusqu’ici, la peur suscitée par l’organisation jihadiste en pleine expansion semblait se limiter géographiquement au Moyen Orient et à l’Europe. Notamment, la découverte des centaines de jeunes Américains et Européens dans les rangs des combattants de l’Etat islamique a envoyé une vague de frissons à travers les capitales occidentales avec la perspective effrayante de voir ces jeunes revenir semer la terreur à Paris ou à Londres.

Alors que les Etats-Unis et les pays européens s’empressent à organiser une coalition contre l’avance de l’Etat Islamique, la plupart des Asiatiques semblent n’éprouver aucun ou peu de sens d’alarme face à une crise qui se développe, de leur point de vue, à l’autre bout du monde. Or, le spectre de l’EI n’est pas aussi éloigné que les Asiatiques en général le pensent.

Pékin en tête de liste

En juillet cette année, la Chine, à cause de sa manière forte dans la répression du mouvement indépendantiste de la minorité ouighur musulman dans la province occidentale de Xinjiang, vient d’être inclue par l’Etat islamique dans la liste des pays-cibles du Jihad. Pékin a même eu la désagréable surprise de se trouver à la tête de cette liste et devrait ainsi s’attendre à des attentats contre ses millions de touristes dans le monde sinon sur son propre territoire. Mais ironiquement, c’est en Asie du Sud-est, la région asiatique à la plus grande concentration de la population musulmane, que la menace de l’Etat islamique est la plus fortement ressentie.

L’Indonésie, avec 250 millions d’habitants, est le plus grand pays musulman du monde. Il constitue, avec la Malaisie et le sultanat de Bornéo, la sphère islamique de l’Asie du Sud-Est. L’islam dans cette région est en grande majorité modéré et pacifique, à l’exception de quelques groupuscules de radicaux et de terroristes.
Depuis la découverte il y a quelques mois en Irak de visages asiatiques parmi les cadavres des combattants de l’Etat islamique, les pays de l’Asie du Sud-Est commencent à leur tour de se préoccuper du problème de « combattants étrangers d’EI ». L’Indonésie recense plus de 60 de ses citoyens participant au jihad de l’EI. La Malaisie en compte plus de 40. Même un pays à forte majorité de Chinois ethniques comme Singapour a vu (une) plusieurs de ses citoyens devenus jihadistes. Une grande partie des jihadistes asiatiques étaient partis initialement pour des missions humanitaires au profit des réfugiés de guerre avant d’être reconvertis sur place en combattants.

Aux Philippines, la guérilla islamique « Abu Saiyyaf », qui combat les forces gouvernementales depuis des décennies, a déclaré son allégeance à l’Etat islamique et, pour commencer, a pris en otage deux touristes allemands qu’elle menace d’exécuter. Le groupe menace par ailleurs d’assassiner le Pape François lors de sa visite aux Philippines prévue en janvier 2015. A Kuala Lumpur, le ministre malaisien de la Défense a déclaré que son pays s’apprêtait à être la cible d’attentats montés par des combattant d’EI revenus en Malaisie.

Les bouddhistes pris pour cible

C’est surtout en Indonésie que la menace d’EI est prise le plus au sérieux. Ayant sur son sol des groupes terroristes comme le « Jemaah Islamiyah », Jakarta a déjà connu plusieurs attentats terroristes dont le plus grave est survenu en 2002 au Bali où près de 200 touristes européens ont trouvé la mort. En août 2014, les autorités ont déjoué un complot terroriste contre Borobudur, le plus grand monument bouddhiste du monde et une des plus grandes attractions touristiques du pays. L’attaque était précisément préparée par des militants indonésiens de l’Etat islamique.

L’Indonésie mène donc une campagne d’envergure pour interdire les opérations de propagande, de séduction et de recrutement menées par l’EI auprès des jeunes Indonésiens, essentiellement via l’internet et des réunions dans des mosquées aux tendances radicales. Le rôle d’internet bénéficie d’une attention particulière des autorités dans un pays à 80% connecté. Avec la coopération des religieux respectés du pays, le gouvernement a monté une vigoureuse campagne de sensibilisation des jeunes sur les maux de l’Etat islamique tandis que des sympathisants de l’EI ont été arrêtés en grand nombre.

Malgré un certain succès de l’effort du gouvernement indonésien, la bataille est encore loin d’être gagnée. La création d’un Califat séduit toujours de façon irrésistible des jeunes fidèles asiatiques, surtout ceux qui sont mécontents de l’état social et religieux dans lequel ils vivent. Quelque soit l’aboutissement de cette bataille contre la menace de l’organisation jihadiste, le plus important est après tout la prise de conscience des pays concernés du danger imminent. L’ANSEA (ou l’ASEAN en anglais), l’Association des nations de l’Asie du Sud-est, a sorti une déclaration unanime avertissant contre le danger de l’Etat islamique et soutenant la résolution du conseil de sécurité de l’ONU appelant à interdire les « combattants étrangers » de l’EI. Qu’une association (plus ou moins version asiatique de l’Union européenne), connue normalement pour sa timidité dans la prise de position commune sur des sujets délicats, se soit, pour une fois, unie derrière une telle déclaration de fermeté, témoigne du sens de crise dans les capitales des 10 pays membres.

En octobre dernier, c’est au tour du Japon de se réveiller brutalement à la découverte que la menace ne se limite plus à la sphère musulmane de l’Asie du Sud-Est. Ce jour-là, la police à Tokyo a arrêté plusieurs jeunes Japonais s’apprêtant à partir pour la Syrie tandis que la presse apprend qu’un autre Japonais en est déjà revenu après y avoir combattu dans les rangs d’un groupe proche de l’Etat islamique. La vague de la menace touche désormais les rivages de la sphère non-musulmane de l’Asie.

crédit : Pieter TER KUILE

L'ACTU

La France poursuit ses raids aériens en Irak dans le cadre de l’action de la coalition internationale contre le groupe Etat Islamique. Les avions basés aux Emirats Arabes Unis et en Jordanie ont mené «120 à 130 missions» à la fin de l'année 2014. (Libération.fr)

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