Non, le décrochage scolaire en France n’est pas une fatalité

La réforme amorcée sur les notes scolaires rappelle que le taux de décrochage n’a pas évolué en France. A l'inverse, il baisse ostensiblement au Québec. La raison ? De nouveaux logiciels utilisés pour anticiper le décrochage, et la France tarde à s’y mettre aussi.

11287427513_94d3399b88_b

Au Québec et en France, le décrochage est un sujet de préoccupation majeur pour les décideurs publics et pour cause, les décrocheurs sont nombreux. Au Québec, 16,2 % des jeunes ont quitté le système scolaire sans diplôme d’études secondaires (MELS, 2012), tandis qu’en France, ils sont 11, 6% (Eurostat, 2012). Ces taux sont sujets à certaines disparités. Que ce soit en France ou au Québec : les hommes sont plus touchés par ce phénomène que les femmes, de même que les élèves de certaines régions rurales ou aires urbaines (Montréal et la banlieue parisienne). Le décrochage scolaire s’accompagne de lourdes conséquences, aussi bien pour le décrocheur lui-même que pour la société dans laquelle il évolue : dépression, accès à l’emploi difficile, périodes de chômage plus fréquentes, salaire plus faible, sont les exemples les plus fréquents des difficultés qui frappent le décrocheur.

Dans les deux pays, on observe une augmentation progressive du taux de décrochage scolaire en fonction de l’âge de l’élève. Rares sont les « jeunes décrocheurs » qui quittent le système éducatif avant l’âge de fin de scolarisation obligatoire. Le décrochage concerne surtout les jeunes de 17 ans et plus.

Logiciel de données VS « expérimentations »

Décrocheurs nombreux et conséquences lourdes, il est essentiel de mettre en place des stratégies d’intervention de lutte contre le décrochage scolaire, de manière précoce, parce qu’en termes de décrochage il faut mieux prévenir que guérir. Mais pour que ces interventions soient efficaces, il est essentiel de bien comprendre les processus menant au décrochage et les caractéristiques des décrocheurs. C’est la stratégie adoptée par les chercheurs québécois qui ont développé, implanté et évalué des programmes de prévention du décrochage scolaire, parmi lesquelles : Check and Connect ou Trait d’Union. Prenons l’exemple de ce dernier : développé par l’Université de Sherbrooke à partir des résultats de la recherche, Trait d’Union permet d’évaluer les élèves à risque de décrochage à l’aide d’un logiciel. Ce logiciel, le LDDS, identifie les dimensions pour lesquelles l’élève présente les plus grands risques, ce qui permet de guider le personnel scolaire pour planifier une intervention ciblée et personnalisée pour prévenir le décrochage scolaire. Cette intervention se base sur une relation éducative engagée et positive entre l’élève et son accompagnant, généralement un enseignant qui lui vient en aide. Les résultats sont sans appel : 97% des élèves à risque de décrochage qui ont bénéficié du programme ont persévéré.

En France, la lutte contre le décrochage scolaire est devenue une priorité nationale absolue et un enjeu important dans le cadre de la « Stratégie Europe 2020 », avec pour objectif de ne pas dépasser le taux de 9,5 % de décrocheurs en 2020. Pour y parvenir, deux stratégies sont déployées par l’État : faciliter le retour à la formation des jeunes ayant décroché, via les réseaux « Formation Qualification Emploi » (FoQUALE), prévenir le décrochage via les Missions de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS). Au niveau des établissements scolaires, la prévention du décrochage s’inscrit dans les projets d’établissements. Chaque école est donc libre de choisir comment lutter contre le décrochage. Ainsi, dans les faits, on assiste à un foisonnement d’expériences éducatives : 231 expérimentations pédagogiques sur le thème du décrochage sont en cours selon l’Expérithèque. Mais sont-elles toutes réalisées selon des démarches scientifiques ?

Un modèle recherche-action

L’expertise québécoise en matière d’intervention de lutte contre le décrochage scolaire, reposant sur un modèle recherche-action, intéresse de plus en plus les acteurs du milieu scolaire français. Mais dans des contextes culturels différents, il ne s’agit pas de faire un simple copier-coller des programmes qui ont fait leurs preuves au Québec. Un vrai travail de collaboration est nécessaire, à l’instar de l’Académie de Rouen qui travaille actuellement avec des chercheurs de l’Université de Montréal à l’adaptation du programme de prévention Check and Connect. De la même manière, le programme Trait d’Union a été adapté au public français et est en cours d’évaluation.

Ainsi, de part et d’autre de l’Atlantique, le décrochage scolaire est un enjeu politique. Il reste encore du chemin à parcourir au Québec et à la France avant d’atteindre les objectifs fixés pour 2020. Cependant, l’évaluation de certains programmes de prévention a montré des résultats encourageants au Québec, qui a su faire baisser son taux de décrochage de 4% en trois années seulement. Parallèlement en France, le taux de décrochage n’a pas évolué en six ans. Malgré les différences entre les deux systèmes éducatifs, les chercheurs, politiciens et acteurs scolaires français et Québécois ont tout intérêt à entamer une démarche réflexive commune autour d’actions efficaces et peu coûteuses prévenant ce qui cause tant de maux aux jeunes générations.

L'ACTU

Le ministère de l'Education nationale a annoncé en fin d'année un plan de 50 millions d'euros par an. La ministre veut notamment généraliser les structures innovantes, à l'image des micro-lycées ou des écoles de la deuxième chance. (source: Europe 1)

Lire Plus...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *