Renouvellement des élus : la France y arrivera-t-elle ?

L'INVITÉ POLITIQUE - Le retour de certains hommes politiques comme Nicolas Sarkozy est une particularité française. <-> Député des Français de l'étranger basé en Suède, Christophe Premat estime que notre Ve République favorise la "personnalisation de la vie politique".

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« Je n´ai pas le choix » déclarait Nicolas Sarkozy pour justifier son retour dans l´arène politique en vue des élections présidentielles de 2017. Au-delà de son cas particulier, la France est davantage marquée par un personnel politique qui a dû mal à se renouveler. À croire que les personnes ayant exercé des responsabilités politiques importantes sont irremplaçables et qu´on ne peut se passer d´elles. Dans l´invention démocratique, le politologue Claude Lefort écrivait que le régime démocratique était marqué par le « lieu vide de pouvoir ». Les noms se succèdent, s´effacent plus ou moins vite tandis que la place vide demeure. Son occupation est temporaire, le temps d´une ou plusieurs mandatures. Lorsqu´on regarde l´histoire politique française récente, on remarque que le renouvellement du personnel politique est tout sauf évident. La professionnalisation politique fait que les responsables politiques survivent au gré des mandats pour devenir incontournables. L´accès au pouvoir est dû à la longévité, celle qui montre que l´homme ou la femme politique sont capables d´endurer.

François Mitterrand a construit sa stature de premier opposant à la droite en étant plusieurs fois candidat à l´élection présidentielle. Ancien ministre sous la IVe République, il a ainsi traversé une partie de notre histoire institutionnelle récente. Pour sa part, Jacques Chirac, a été premier ministre et candidat à l´élection présidentielle deux fois consécutives avant d´emporter la mise lors de sa troisième candidature en 1995. On peut multiplier ces exemples sans forcément prendre les cas des anciens présidents. Les médias ont entretenu le suspense autour du retour éventuel de Lionel Jospin en 2005 alors que lui-même avait mis un terme définitif à sa carrière politique le soir du 21 avril 2002. Le retour de Nicolas Sarkozy sur la scène politique qui, après avoir été président en 2007 et candidat à sa réélection en 2012 montre clairement que les institutions de la Ve République poussent naturellement à cette personnalisation de la vie politique en France.

Il se retire après une défaite

Dans d´autres pays, cette personnalisation de la vie politique est beaucoup plus limitée dans le temps. La Suède en est un bon exemple. Le soir même des résultats des élections législatives, l´ex-premier ministre conservateur Fredrik Reinfeldt, à peine la cinquantaine et ayant gouverné le pays pendant huit ans, quitte à la fois le Parlement et la présidence du parti conservateur. Son ancien ministre des finances, Anders Borg, celui à qui on avait pourtant remis le prix du meilleur ministre des finances de l´Union européenne il y a quelques années, en fait autant. Lorsque le social-démocrate Göran Persson est défait en 2006, il disparaît de la vie politique. Certes, lorsque le parti social-démocrate dominait la vie politique suédoise, certains leaders avaient une longévité plus importante à l´instar de Tage Erlander qui resta plus de 23 ans à la tête du pays. Cela étant, la vie politique n´y était pas aussi personnalisée qu´aujourd´hui.

L´idée qui prédomine en Suède est que la fonction politique est exigeante et épuisante, le besoin de renouvellement y est donc plus fort. En Norvège, l´ex-premier ministre Jens Stoltenberg, avait un bon bilan à la tête du pays après huit années de pouvoir, mais il n´échappa pas à une défaite électorale amenant une coalition inédite au pouvoir entre les Conservateurs et l´extrême-droite. La multiplication des médias d´information, la caisse de résonnance qu’ils produisent, et la personnalisation de la vie politique introduisent inévitablement, à la longue, un effet d´usure. Il serait peut-être plus judicieux d´introduire un cumul dans le temps plutôt que de tout concentrer sur le cumul dans l´espace. On pourrait laisser la chance à nos élus d´agir sur une période de 10 à 15 ans avant de les prier de retourner à d´autres occupations. La fonction politique, si elle implique une professionnalisation et un savoir-faire, n´en n’est pas pour autant un métier.

 

 Crédit: Meeting de Nicolas Sarkozy à Dijon (27 avril 2012), UMP Photos.

L'ACTU

Le 19 septembre 2014, l'ancien président Nicolas Sarkozy annonçait son retour en politique. Le 29 novembre, il était réélu à la tête de son parti, avec l'ambition de briguer un nouveau quinquennat en 2017.

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