Les Français toujours plus avides de s’ouvrir au monde

Le départ des Français vers l'étranger qui inquiète les élus de l'opposition est-il réellement synonyme de fuite du pays? Pas si l'on en croit les études récentes qui pointent une nouvelle pensée globale.

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Depuis le printemps dernier, devant de forts indicateurs d’intentions de quitter la France, les médias titrent beaucoup autour de la « fuite des forces vives » malgré la parution d‘une enquête de la CCI Paris Ile-de-France sur les intentions d’expatriation des Français. Au moins deux des conclusions de ce rapport sont pourtant de nature à calmer les esprits. La première est que « les Français s’expatrient moins que leurs voisins européens », la deuxième, « parler d’émigration serait prématuré » car les intentions de retour sont très importantes.

Il était concevable (et il l’est toujours), que la crise économique actuelle et le taux de chômage qui l’accompagne puissent expliquer bien des intentions de départ. Ceci dit, depuis des années et c’est aujourd’hui encore le cas, les études faites sur le sujet indiquent que de « nouvelles expériences professionnelles » ainsi que « la découverte d’une autre culture » sont les motivations principales des intentions de départ. Ces critères devancent de loin toutes les motivations telles que le salaire ou le perfectionnement dans une langue. D’autres indicateurs viennent étayer ces motivations, comme par exemple, le fait de vouloir revenir en France au bout de quelques années, le fait de considérer la France comme un pays où il fait bon vivre…etc.

Cette enquête de la CCI Paris Ile de France apporte toutefois un élément nouveau sur lequel est il important de se pencher pour comprendre à la fois le présent et le futur. Elle note : « un changement de comportement majeur chez les jeunes générations avec une nette accélération de leur mobilité ce qui est une caractéristique marquante de ce début de siècle »

La mobilité en tant que caractéristique marquante dans la recherche d’emploi

Il y a toujours eu une expatriation française puis une mixité accrue a favorisé ces expatriations. Il y a encore 10 ans, les « profils » les plus qualifiés étaient ceux des candidats issus de parents de nationalités différentes. Ils avaient étudié à l’étranger et possédaient deux langues maternelles, ce qui favorisait leur insertion professionnelle à l’étranger.

En France, les écoles se sont adaptées à l’internationalisation des entreprises et des flux en intégrant des stages et des cursus d’études à l’étranger dans leurs programmes et en s’adaptant aux exigences concernant l’acquisition de langues étrangères. Aujourd’hui, les jeunes diplômés d’écoles de commerce notamment, sont devenus friands d’expériences à l’étranger. Il leur a été beaucoup répété qu’une expérience à l’international était « un plus sur un CV » (même si ça ne fonctionne pas toujours aussi bien que prévu), mais de fait, ils sont surtout enthousiasmés par les formidables opportunités qu’ils ont d’apprendre. Travailler avec des équipes étrangères, découvrir d’autres façon de travailler, découvrir une autre culture sont les éléments majeurs de leur discours. Et ils en redemandent… Par ailleurs, les cabinets de recrutement indiquent que les jeunes diplômés français ont le vent en poupe. Les entreprises étrangères et anglophones notamment, plébiscitent leur efficacité immédiate : une capacité à travailler en mode projet et une expertise professionnelle applicable plus rapidement que pour beaucoup de jeunes diplômés étrangers.

Enfin, les envies d’expatriation de jeunes ou de moins jeunes, est à comprendre comme une des possibilités offertes à la fois par l’avancée technologique et par l’ouverture de l’Europe. Aujourd’hui les candidats à l’emploi à l’étranger postulent par mail à des offres d’emploi situés à l’autre bout de la planète, passent des entretiens de recrutement, se perfectionnent en anglais via Skype et ne rencontrent aucune difficulté administrative pour travailler en Europe.

Nous voici donc bien loin des seuls effets la crise économique actuelle… Peut-on en conclure que nombreux sont ceux qui souhaitent « profiter » de la crise pour partir à la découverte du monde ? Cette façon de poser la question et d’y répondre est probablement plus juste. La crise en tant qu’accélérateur d’une tendance…

Et demain ?

Mobile, habile, instruit, connecté et de plus en plus décomplexé, il y a de fortes chances pour que l’expatrié français déserte de plus en plus les entreprises rigides, autoritaires et hiérarchisées… que peuvent être les entreprises françaises !

Mais là encore, des changements sont en cours. Tout récemment, une enquête européenne de GE Capital , titrait « Export : les PME et ETI françaises veulent accélérer ». Crise obligeant, ces entreprises sont plus que jamais déterminées à s’ouvrir au monde. Qui dit exporter et/ou s’implanter, dit aussi recruter des équipes étrangères, échanger et vendre à des étrangers. Et forcément se placer dans un mouvement d’ouverture, de découverte et de reconnaissance de l’autre en tant qu’être d’une autre culture… Ces entreprises en s’ouvrant à « l’aventure de l’international » vont devoir changer pour s’adapter à leurs nouveaux publics et ce faisant, adapter leur management d’équipes.

Dans les groupes français, même de façon disparate, les évolutions sont permanentes. En témoigne cet ouvrage, paru à l’automne « Et la confiance, bordel ! » explorant les raisons de la défiance des salariés français à l’égard de leurs entreprises. Les auteurs réunis par l’Institut Montaigne, pointent une forte distance hiérarchique en entreprise ainsi qu’un manque de pratique collaborative au cours de la scolarité.

Enfin les processus de changement peuvent être accélérés par des influences mondiales. Qui sait si les crispations si françaises, concernant l’emploi des séniors, ne peuvent pas être ébranlées par la dernière étude du Cabinet de recrutement Hudson ? Parue début novembre, « Le choc des générations » révèle que « la coopération intergénérationnelle apparaît comme la solution aux défis du leadership de demain ».

Nul doute que les entreprises françaises exportatrices soient amenées à devenir toujours plus souples, adaptables, communicantes, multilingues… c’est-à-dire possédant les qualités qu’elles exigent de leurs salariés de l’étranger…

Ce qui est vécu à l’heure actuelle comme une « perte » que ce soit d’habitants, de « cerveaux », de hauts potentiels, de force vive, est beaucoup plus probablement à relier à une « avancée », comme le signe d’une ouverture au monde et d’une adaptation à un contexte. Faut-il nous blâmer nous-mêmes d’avoir développé des qualités que certains nous envient ?

 

crédits: Zach Dischner Global Panorama

L'ACTU

Manuel Valls a confié à la Sénatrice des Français de l'étranger Hélène Conway-Mouret, une "mission de diagnostic et de proposition" sur les difficultés que peuvent rencontrer les Français lors de leur retour en France. Dans une étude Mondissimo de 2013, 37% des expatriés sondés indiquaient ne pas envisager de revenir en France.

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