« Aller jusqu’au bout de la réforme du mille-feuilles territorial »

L'INVITÉ POLITIQUE - Quelles compétences pour les régions françaises? <-> Depuis la Suède, difficile de comprendre pourquoi la France tarde tant à entamer une refondation efficace de ses collectivités.

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Alors qu´un citoyen français se rend en moyenne onze fois aux urnes sur une période de cinq ans (hors référendums et consultations locales), le citoyen suédois se déplace deux fois en quatre ans, pour les élections européennes et pour les élections législatives et locales. De quoi méditer à l’aube d´une éventuelle réforme de nos institutions.

La culture du consensus

En Suède, les calendriers électoraux sont harmonisés puisque les élections législatives et locales (conseils généraux et communes) ont lieu tous les quatre ans. Cette régularité est le reflet d´un équilibre institutionnel profondément ancré dans la culture de ce pays. Le politologue Maurice Duverger avant énoncé la théorie selon laquelle le mode de scrutin influençait le comportement politique. Bienvenue dans le pays nordique du consensus et du système proportionnel.

En Suède, on est à la proportionnelle, ce qui favorise des recherches de compromis et de coalitions pour pouvoir avoir une majorité politique. L´avantage d´un agenda simplifié est qu´il offre des repères et permet d´avoir des politiques cohérentes aux niveaux national et local. La Suède a un système administratif décentralisé où les communes ont de véritables compétences en matière d´aides sociales et de formation professionnelle. Au regard de cette réalité, notre pays apparaît plus qu´exotique avec son cortège de 36.700 communes et son personnel politique de 450.000 personnes soit en moyenne un élu pour 1.500 habitants. En décembre, on est officiellement passé de 26 à 13 régions sans toucher au socle communal. En Suède, nous avons 290 communes qui sont en fait l´équivalent de nos grosses intercommunalités. Alors, pourquoi ne pas réformer ce premier échelon territorial et avoir de grandes municipalités aux compétences renforcées? Ce n´est pas tant en termes d´économie d´échelle qu´en clarification des compétences que l´on peut gagner.

Un Français se rend 5 fois plus aux urnes qu’un Suédois

Si l´on veut s´attaquer au ”mille-feuilles territorial”, autant aller jusqu´au bout de la démarche. Une fois la question des territoires réglée, on pourrait songer à l´harmonisation des calendriers locaux pour avoir un agenda plus clair pour les citoyens. Le fait de ne pas avoir de scrutin majoritaire à deux tours permet également d´éviter les effets de démobilisation électorale.

L’électeur fait son marché

Les taux de participation restent assez élevés en Suède, avoisinant même les 80%. Cela s´explique par les multiples possibilités de voter. Soit on se rend aux urnes le jour du vote, soit on vote en avance dans des lieux prévus (bibliothèques municipales). Le vote par anticipation (”förtidsrösta” en suédois) est possible plus de 15 jours avant le vote. Beaucoup de personnes du bureau des opérations électorales (valmyndigheten) sillonnent les rues pour encourager les gens à aller voter. Les partis politiques sont pour leur part installés dans les artères principales du centre-ville avec des cabanes en bois et des personnes donnant programmes, informations diverses, café et rafraîchissements. La politique prend alors une tournure plus conviviale: les familles laissent les enfants jouer, discutent et prennent le café (le terme suédois ”fika” est omniprésent dans le quotidien suédois). Toutes les cabanes sont rapprochées, autre effet sans doute du système à la proportionnelle. Les élections législatives suédoises de 2014 ont encore été l´occasion d´apprécier la réalité d´un système électoral radicalement différent du nôtre.

Tout y est : système à la proportionnelle, régime primo-ministériel, harmonisation des élections nationales et locales. Au fond, on apprend qu’ici, ce qui compte, c’est que l’électeur fasse son marché et compare les différentes offres. Modestie et proximité demeurent les maîtres-mots des campagnes politiques suédoises. Même si les élections de 2014 ont des enjeux sensibles (emploi et éducation), il est agréable de découvrir cette manière de faire de la politique. Peut-être pourrions-nous nous en inspirer avec une simplification de l’agenda électoral et une autre manière de mener campagne.

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Photos : Elections, et bureau de vote suédois (vote par anticipation).

crédit: Mille Feuille at Troquet www.troquetboston.com

L'ACTU

L'assemblée nationale a adopté en France en décembre dernier une nouvelle carte de France composée de 13 régions. Mais, lit-on pour l'instant, "le principe d’un scrutin de listes par sections départementales est maintenu. Le nombre de conseillers régionaux reste inchangé. Le nombre de candidats par section départementale est déterminé en fonction de la population de chaque département à la représentation proportionnelle suivant la règle du plus fort reste inchangé." (vie-publique.fr)

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