Ceux qui ne veulent pas être « Charlie Hebdo »

Beaucoup de commentateurs étrangers le concèdent; ils ont d'abord pleuré en voyant les images de l'attaque. Mais pour certains, la seconde réaction au mouvement "Je suis Charlie" est toute autre.

je suis charlie, je suis ahmed.

Bien qu’il soit le plus retweeté dans l’histoire de Twitter, le sujet « Je suis Charlie » est aussi particulièrement clivant. Immédiatement après l’attaque sanglante qui a eu lieu le 7 janvier dernier, les réactions de l’étranger avaient d’abord été unanimes: les observateurs hors de France avaient l’impression de revivre une menace comparable à celle du 11 septembre 2001. C’était là leur tout premier sentiment, à chaud.

48 heures après le dénouement de ces attaques, certains se démarquent clairement de cette pensée admise par le plus grand nombre.

Les commentateurs se situent désormais sur le registre philosophique. Pourquoi devrions-nous affrimer « le credo cartésien, Je suis Charlie, donc je suis »?, se demande Scott Long, blogueur américain de New York.

(Avec #JesuisCharlie), effacer les différences semble être l’objectif ici, et c’est peut-être approprié puisque les caricatures de Charlie Hebdo traitaient avec force mépris les personnes qui affirmaient leurs différences. (…) On nous dit ‘Je dois être d’accord avec ce qui se dit, pour que je le défende aussi.

Mais il poursuit en affirmant que la vraie défense serait de republier soi-même les caricatures controversées. Une autre histoire, constate, amer, le blogueur. Ne pas le faire, c’est finalement « se montrer lâche », et même, complice en silence des terroristes. Et de conclure dans ce billet fleuve :

Nous perdons notre faculté à imaginer des solutions politiques lorsque nous cessons de penser avec un esprit critique, lorsque nous laissons les émotions nous entrainer vers des substituts factices de solidarité et d’actions.

D’autres, comme Jordan Weissmann sur Slate Etats-Unis sont encore plus tranchants. « Charlie Hebdo est héroïque et raciste »,titre-t-il.

C’est un pays (la France) où les musulmans sont une minorité pauvre et harcelée. montrée du doigt par une mouvance nationaliste qui utilise des valeurs libérales, de laïcité et de liberté d’expression pour renfermer une forêt dense de xénophobie.

En se penchant plus particulièrement sur le magazine français, la journaliste allemande de The European n’y a pas vu un humour innocent. « La haine cachée par de l’amusement », décrit-elle. Non, elle ne peut pas s’identifier à cette publication.

Très souvent, nous le savons depuis que nous sommes enfants, des plaisanteries ne font pas rire. Elles sont là pour blesser.

En Allemagne, si des individus non identifiés commetent un tel crime dans la rue, les autorités parleront de « suspects présumés avec un mobile politique ». En France, le soupçon n’a même pas eu le temps de devancer l’affirmation. Comme si une carte d’identité était déjà une preuve du fait commis.

Sur le site du New York Times, le billet de David Brooks rappelle une autre réalité : Jamais aux Etats-Unis les caricatures n’auraient été autorisées et financièrement soutenues par le milieu intellectuel et universitaire. Donc il est difficilement concevable pour un Américain sincère qu’il se sente Charlie. Outre-Atlantique, la liberté d’expression n’y est tout simplement pas définie de la même manière.

Moins polémique, des journalistes étrangers relaient le mouvement « Je suis Ahmed », en soutien au policier abattu froidement dans la rue après l’attaque du magazine. Ici, c’est son courage mais aussi son appartenance à la communauté musulmane qui sont soulignés. Un mouvement que le Spiegel Online a également relevé: « Merabet était musulman pratiquant ».

 

 

L'ACTU

Le Président français et les principaux dirigeants politiques européens ont invité les Français à se regrouper dimanche 11 janvier à Paris sous une même bannière pour défendre la liberté d'expression en Europe.

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7 commentaires

  1. Oui on peut avoir des avis différents sur ces terribles événements; on dirait parfois une grande opération de communication…

  2. #Ferguson reste le # le plus utilisé avec quelques 18 millions. #jesuischarlie cartonne cependant avec 5 millions en 48 heures.

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