L’art de revenir au pouvoir après une défaite (en 3 points)

Nicolas Sarkozy réussira-t-il son retour politique ? Se montrer dans les médias est indispensable, mais du Japon, on apprend que d'autres approches ont été testées.

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Contrairement à ce que beaucoup tendent à croire en France, le retour de Nicolas Sarkozy à la présidence de l’UMP et, probablement en 2017, à l’Elysée, moins de trois ans après la fin de son unique mandat présidentiel, n’est pas une première dans une puissance démocratique.

En matière de « come-back politique » au plus haut niveau de l’Etat, l’ancien président français a été précédé de deux ans par Shinzo Abé, premier ministre du Japon, qui, lui, est revenu en décembre 2012 à la tête du gouvernement japonais, cinq ans après une démission humiliante de son premier mandat de premier ministre qui n’a duré à peine qu’une année.

A l’opposé de l’image de faiblesse (sa démission en 2007 était liée à un problème de santé), de maladresse et de scandales politico-financiers laissée par son premier mandat, « Abé-bis » est revenu au devant de la scène politique en surprenant le pays et le monde par une nouvelle image charismatique de renouveau vigoureux, aussi bien dans le personnage que dans sa nouvelle politique.

1. Une tendance à l’ultranationalisme et au révisionnisme

De retour au pouvoir, cet ultra-conservateur, petit-fils d’un ancien premier ministre et fils d’un ancien ministre des affaires étrangères, a mis en oeuvre une politique économique audacieuse surnommée « Abénomics ». Malgré des signes récents d’essoufflement, cette politique a tiré le pays hors d’une récession prolongée de deux décennies, assurant à M. Abé une cote de popularité qui fait rêver ses confrères d’autres pays démocratiques.

En politique étrangère, où le Japon était traditionnellement connu pour sa timidité et sa dépendance quasi-aveugle des Etats-Unis, M. Abé se vante d’avoir parcouru 50 pays du monde en l’espace de deux ans, nouant de nouveaux liens de coopération qui ne se limitent plus à la simple économie mais qui couvrent désormais le domaine, auparavent tabou pour ce pays pacifiste, de la défense. Ceci, même si ses comportements ultranationalistes et révisionnistes agacent les voisins asiatiques, anciennes victimes des agressions militaires japonaises, au point où tout contact politique avec la Chine et la Corée du Sud demeure gelé depuis son retour au pouvoir.

La cote élevée et soutenue de Shinzo Abé dans les sondages est d’abord due à l’espoir qu’entretient l’Abénomics dans la population même si la majorité des Japonais attendent toujours d’en bénéficier les retombées. Elle est aussi due à la fermeté nationaliste que le premier ministre faucon affiche vis-à-vis d’une Chine en pleine montée de puissance qui fait peur aux Japonais. En brandissant ce nationalisme mélangé d’un révisionnisme à peine voilé, il s’est trouvé accusé de vouloir « blanchir » le passé d’agressions militaires commises par son pays il y a plus de 70 ans en Asie.

2. Un « come-back politique » grâce aux échecs des successeurs

Shinzo Abé et Nicolas Sarkozy partagent tout d’abord le fait qu’ils doivent leur « come-back » essentiellement à la déception populaire envers la performance médiocre de ceux qui leur ont succédé à la fin de leur précédent mandat respectif. Que ce soit en France ou au Japon, faute d’autres choix plausibles, l’électorat déçu semble opter pour l’ancien dirigeant qu’il avait pourtant massivement rejeté il y a quelques années.

Par ailleurs, les deux hommes ont en commun ces traits caractéristiques de dirigeant conservateur charismatique, vigoureux et énergique qui à la fois séduisent et inquiètent pour le risque de dérapage vers la droite.

3. Dissoudre pour tenter le retour en force

Or, en ce qui concerne Shinzo Abé, la comparaison ne s’arrête pas au seul Nicolas Sarkozy. Dans un sens, elle s’étend aussi à Jacques Chirac.

Le 8 décembre, à peine deux ans dans son nouveau mandat et disposant pourtant d’une majorité parlementaire confortable jusqu’à la prochaine échéance législative en 2016, M. Abé, dont la cote commençait à chanceler sous l’effet d’un essouflement de ses Abénomics, à la surprise générale, a dissout la chambre basse du parlement, lançant ainsi le pays dans une élection législative.

Dans la mesure où le premier ministre nippon n’avait aucun impératif apparent pour risquer une campagne législative anticipée (rappelons qu’il disposait déjà d’une majorité parlementaire confortable) et que même les membres de son propre parti s’arrachaient les cheveux pour comprendre la raison d’un tel pari électoral à haut risque, la dissolution soudaine décidée par Shinzo Abé rappelle étrangement celle que le tandem Chirac/de Villepin avait enclenchée en 1997.

Dans les deux cas, le but non avoué de la dissolution semble être similaire : A mi-parcours du premier mandat, le dirigeant provoque une élection législative anticipée dans l’espoir de reconduire sa majorité parlementaire pour une nouvelle échéance plus longue.

Les résultats sont pourtant opposés dans les deux cas : D’une part, la dissolution de Jacques Chirac en 1997 s’est soldée par une défaite humiliante suivie d’une longue cohabitation forcée avec les Socialistes. D’autre part, le pari de M. Abé, à la lumière du scrutin du 14 décembre, lui a apporté une nouvelle victoire écrasante mais « mitigée » dans la mesure où sa majorité parlementaire a très légèrement reculé de quelques sièges. Mais tout de même une victoire car M. Abé est désormais assuré de 4 années supplémentaires de majorité parlementaire, donc de pouvoir stable, pour mener à bien son agenda politique. Il devient ainsi le premier dirigeant japonais depuis une décennie à « survivre » plus d’une année au pouvoir. Comme quoi les bonnes recettes pour s’assurer un retour en politique et stabilité au pouvoir existent. Il n’y a plus qu’a leur laisser faire le tour du monde pour s’en inspirer.

 

 

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L'ACTU

Dans un dernier sondage, Nicolas Sarkozy perdait 16 points auprès des sympathisants de l'UMP, selon le baromètre mensuel Ipsos-Le Point publié lundi 15 décembre.

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