Quand les ingénieurs français s’unissent en un réseau mondial

INTERVIEW - Le "While 42" a été lancé en 2012 depuis San Francisco. Objectif: faire aussi bien que les Américains qui ont "la culture de réseau". <-> Quitte à l'importer en France.

legoréseau

GN : En arrivant à San Francisco en 2012, vous créez le réseau des ingénieurs français présents dans le monde entier, le « while42 ». Un hommage à l’école 42 de Xavier Niel ?

Njulienbarbierous avons créé le réseau while42 avec Sylvain Kalache en 2012. Le nom a été choisi quelques semaines après son lancement lors d’un diner à San Francisco, le 15 Décembre. C’est donc l’école parisienne qui se retrouve sur le même nombre ! While est une instruction informatique pour créer des boucles conditionnelles. Cela permet d’exécuter plusieurs fois la même opération jusqu’à ce qu’une condition soit fausse. 42: est la réponse à la vie, l’univers et tout le reste. C’est un nombre très ancré dans la culture “geek”. Pour les connaisseurs; ce nombre est partout. Même Google y fait référence. En programmation, si la condition à votre boucle while est 42, alors cela donne une boucle infinie. Notre réseau est donc infini dans le temps, mais aussi dans ses possibilités. En vérité, tous les membres créent et l’améliorent tous les jours.

GN : Quelle est l’ambition de ce réseau?

L’ambition initiale était de créer un réseau d’ingénieurs français à San Francisco. Mais le succès a fait beaucoup de bruit et très vite, partout dans le monde, d’autres villes ont voulu lancer un chapitre while42, y compris en France. Aujourd’hui, le succès immense a fait évoluer nos objectifs, mais également nos devoirs. Le réseau est avant tout là pour aider ses membres, mais plus généralement aider la Tech française et mondiale à évoluer dans le bon sens. En plus de nos événements réservés aux travailleurs de la tech, nous conseillons et aidons les écoles françaises d’informatique, nous parlons en ce moment avec des écoles françaises et américaines a San Francisco pour organiser des cours de programmation pour les enfants, nous sommes en relation avec un lycée américain pour aider les étudiants à découvrir la programmation, nous aidons les ingénieurs et étudiants français à trouver des postes intéressants à l’étranger et en France, entre autres toutes nos activités… Nous avons organisé des hackathons, les 12 travaux de while42. Nous parlons (encore trop peu) aux politiques français pour essayer de leur faire comprendre qui nous sommes (tech: ingénieurs informaticiens, développeurs, sys-admins, devops, etc…) et le potentiel que nous représentons pour la France et plus généralement pour le monde.

GN : Combien de membres comptez-vous, où sont-ils principalement situés, et quels-sont les profils?

Nous sommes aujourd’hui presque 2.000 membres, dans 35 villes (pour en citer certaines à New-York, Boston, Los Angeles, Miami, l’Europe, mais aussi Istanbul, Dubaï, Tel Aviv, et une présence importante dans les métropoles asiatiques, telles Séoul, Tokyo, Pékin, Shanghaï, ou Guangzhou ndlr.) Le plus gros chapitre reste San Francisco.

Nous sommes en majorité des développeurs, sys-admins et devops. Avec pas mal d’entrepreneurs. Des « notoriétés du web »sont venues, telles Florian Bucher, Nicolas Sadirac, Kwame Yamgnane (les co-fondateurs de l’Ecole 42), Jonathan Bennasaya (Deezer et Stream Nation), Carlos Diaz (co-fondateur et leader du mouvement des Pigeons et co-fondateur de Kwarter, Blue Kiwi, etc…), Stephan Ramoin (Gandi) ou Michel Meyer (Multimania).

GN : Combien de femmes comptez-vous?

Pas assez! Savez-vous que dans les années 60, la programmation était un métier “de femmes”? C’est aussi un sujet sur lequel nous essayons d’agir. Mais ce n’est pas au niveau de while42 que cela se joue, mais bien avant, au niveau de l’Education, de l’image de la femme et des développeurs, et des idées sociétales préconçues qui voudraient que la programmation soit faite pour les hommes boutonneux avec de grosses lunettes et des cheveux gras.

GN : Vous dites dans votre description que les ingénieurs français sont les meilleurs au monde? Pourquoi?

Parce que c’est vrai. Et tout le monde le dit, pas seulement nous. La culture et le système éducatif français forment des ingénieurs informatiques et des mathématiciens prisés dans le monde entier.

GN: Dans ce cas, n’est-il pas dommage de ne pas partager ces aptitudes en France?

Les ingénieurs français sont en majorité en France. Et while42 a également plusieurs chapitres en France.

GN : Pourquoi réservez-vous l’accès à ce groupe uniquement aux Français? Les Américains ont-ils le droit d’y entrer?

Les Américains n’en ont pas besoin. Dans leur culture et leur système éducatif, ils connaissent déjà l’importance du réseau d’Alumni et des réseaux en général. Du coup, toutes les écoles sont déjà actives. Ce n’est pas du tout le cas en France. Aucune école destinée à former à des métiers “techniques” n’a de vrai réseau. Seules les “grandes’ écoles en ont un. C’était le besoin principal auquel a repondu while42. Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas ouverts à tout le monde. A San Francisco, un Américain ne pourra pas devenir membre, mais il pourra venir à un de nos événements “ouvert a tous”. Nous ne voulons pas être totalement fermés et rester entre Français, ça serait idiot.

GN : Que pensez-vous de l’école 42 de Xavier Niel qui souhaite développer les compétences informatiques et de programmation d’une génération?

C’est génial, et “game changer” pour la France. Je suis très admiratif de ce projet et encore plus des gens qui y sont a l’origine. Xavier Niel, Florian Bucher, Nicolas Sadirac et Kwame Yamgnane sont mes héros.

GN : Un retour en France?

Ce n’est pas d’actualité, mais je pense que je retournerai en France un jour. Et même si depuis San Francisco j’aide déjà énormément mon pays, ce sera avec plaisir que je reviendrai partager avec plus de monde ce que j’ai appris ici.

L'ACTU

117 000 ingénieurs, soit 1/7ème des ingénieurs français de moins de 65 ans, sont expatriés de par le monde. 15% des jeunes ingénieurs trouvent leur premier emploi à l'étranger. L'envie de rejoindre ces pays vient du fait que ces lieux au développement dynamique représentent des tremplins pouvant servir d'accélérateur dans leur carrière. (Techniques-ingenieurs.fr)

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