Cluster VS pôle de compétitivité: la recette britannique

REPORTAGE - Les Britanniques participent à la construction du plus grand téléscope européen grâce à leur cluster situé au Pays de Galles <-> Une organisation du territoire qui peut inspirer la France.

Au beau milieu de la campagne galloise, une université et des entreprises travaillent main dans la main pour participer à la construction du plus grand télescope européen, “European Extremely Large Telescope” (E-ELT ). Côté anglais, on appelle cela un “cluster”. A la différence du “pôle de compétitivité” à la française, le cluster -qui existe aussi en France-, s’intéresse à l’implantation sur un marché. Cette politique, c’est celle du “Science Park, encouragée notamment par Margaret Thacher qui voulait que ces clusters servent à développer l’industrie.

Globaliz est allé à la découverte du campus OpTIC (Optro-electronics Technology and Incubation Centre), un centre de recherches technologiques situé au Nord du Pays de Galles. Créé en 2004, OpTIC a été acquis en 2009 par l’université Glyndwr, sa voisine. Alors que l’efficacité des pôles de compétitivité français est parfois interogée, notamment à cause de leurs coûts, il est utile de regarder les caractéristiques du “cluster” britannique.

Voici, en six points découverts au cours de ce reportage, les secrets de ce curieux mélange.

1. Le rôle de l’université

Une vitrine d’innovations dans le Nord Est du Pays de Galles. C’est ce que donne à voir les infrastructures de OptTIC Centre sur le campus de Saint-Asaph. A sa tête, l’Université de Glyndwr qui se positionne désormais comme un établissement pionnier dans la recherche et le développement de solutions techniques innovantes. Là bas, le centre rassemble les chercheurs dans les domaines de l’optique, de l’énergie solaire, de l’ingénierie, pas moins de 20 entreprises technologiques indépendantes, et des agences de financements.

Avec cette organisation, l’Université propulse l’innovation en favorisant l’échange de savoirs et la collaboration d’expertises. Un dynamisme universitaire qui ne se limite pourtant pas qu’au Royaume-Uni. Au-delà des frontières anglaises, la place déterminante de l’université se retrouve aussi à Bangalore en Inde, dans la Silicon Valley aux USA, et… en France, dans les pôles de compétitivité. L’enseignement supérieur y est aussi perçu comme un accélérateur d’innovation, capable d’affronter la concurrence mondiale. Sophia Antipolis regroupe plus de 5 000 étudiants de formations d’excellence dont Les Mines ParisTech et l’Université Nice Sophia Antipolis associées à des projets de technologie de pointe.

2. L’argent mis dans le projet

Dans la faculté britannique, l’emploi des mots “customers” (clients) et “markets” (marchés) ne choquent personne. L’industrie photonique qui y est implantée connaît d’ailleurs un élan de croissance grâce aux investissements publics et privés.

Mick Card“Nous disposons d’un assemblage de différents revenus qui nous permet de réinvestir en équipement et en matériel technologique » explique Mick Card, Directeur du développement des entreprises et du financement à l’Université de Glyndwr.

Le gouvernement Gallois est devenu actionnaire de OpTIC Centre après avoir consacré 15 % de ses revenus à la création du bâtiment. En 2006, le centre s’est lancé le défi de construire un millier de miroirs optiques qui serviront à la construction du plus grand télescope d’Europe d’une valeur estimée à 1 milliard d’euros. Déjà 88 millions de livres (119 millions d’euros) ont été versés à la demande du Chancelier George Osborne, auxquels s’ajoutent les revenus des agences de financements, Innovate UK, Science and Technology Facilities Council.

Du côté du secteur privé, l’investissement est aussi lourd. L’Observatoire Européen Austral (OEA) a versé 5 millions d’euros dans le projet E-ELT. Les autres partenaires commerciaux à OpTIC Centre ont contribué à hauteur de 30 %.

3. L’implication des autorités locales

Le gouvernement britannique se montre toujours très open en “commercialisant” son territoire. Les autorités locales à OpTIC Centre répondent aux besoins de la demande en même temps qu’elles améliorent la compétitivité des entreprises sur le marché britannique et international. Pour en faire le promotion, le services marketing du gouvernement Gallois à Swansea sont à l’oeuvre. L’objectif est double : promouvoir les produits et services du territoire gallois et attirer les investisseurs.

4. La création d’emplois

A l’université de Glyndwr, on annonce la création de 200 à 400 emplois depuis que l’Observatoire Européen Austral (OEA) a donné son feu vert pour la construction du télescope il y a 9 ans. Combinés à l’économie régionale, ces emplois supplémentaires ont développé une main d’œuvre de qualité dans le secteur de la photonique. En contrepartie, les salaires y sont deux fois plus élevés qu’avant.

“Nous avions les capacités techniques en photonique et un marché de la demande au Royaume-Uni. Nous avons examiné les différentes technologies. Dans celle-ci, nous avons senti que nous pouvions y ajouter de la valeur » affirme Mick Card.

Le Royaume-Uni a donc confiance en son expertise technologique représentée par les projets sur lesquels il s’est positionné. Il sait aussi mettre à profit ces activités en les faisant graviter autour de l’économie.

“Notre objectif était de générer de la croissance au Royaume-Uni. Contrairement à une entité commerciale qui aurait souhaité générer son propre profit, nous avons choisi de nous dire que ce que nous allions entreprendre sera bénéfique pour le Royaume-Uni », poursuit-il.

5. Les collaborations européenne et internationale

Parce-que la collaboration est au cœur des projets technologiques au Royaume-Uni, OpTIC Centre voit loin, en s’ouvrant aux compétences européennes et internationales. Des projets d’innovation sont en cours avec les entreprises et les institutions de recherche américaines. Sur le projet E-ELT, les équipes anglaises travaillent de près avec l’Université Technique d’Etat de Moscou-Bauman en Russie sur la création des miroirs. En Allemagne, les laboratoires de recherche et le fabricant de miroirs Schott Glaswerke s’associent avec le Royaume-Uni. L’entreprise Amos spécialisée dans l’industrie spatiale en Belgique apporte elle aussi d’importantes contributions en optique.

Nette différence avec la France. En 2006, l’OEA a lancé un appel d’offres pour la création des miroirs. La compagnie française Sagem Reosc a répondu et en est sortie avec un contrat, face au Royaume-Uni. Elle est actuellement la seule concurrente européenne du Royaume-Uni sur le développement des procédés optiques pour le télescope.

6. “Travailler avec la France”

Si la compétition entre la France et le Royaume-Uni existe bien, ce n’est pas uniquement dans l’objectif de faire ressortir la meilleure performance technique européenne. C’est également une manière d’amener les entreprises et les universités du monde à réfléchir à de nouvelles perspectives de travail. Comme la co-création. Une idée éventuelle qui, pour le Royaume-Uni, constitue la meilleure alternative à la victoire d’un seul pays sur le projet E-ELT.

“L’Europe est une grande région économique. Il n’y a pas d’intérêt à avoir de grandes compétences technologiques dans un secteur ici, et exactement les mêmes là-bas. Mieux vaut tout combiner et travailler ensemble. Le pouvoir et l’impact seront bien plus grands. Nous aimons collaborer en Europe et nous nous voyons comme des partenaires plutôt que comme des compétiteurs. », avance Mick Card.

Mais cette idée pour le moins innovante reste entre les mains de l’OEA qui décidera à la fin 2015 de créer ou de co-créer le plus grand télescope européen qui, lui, doit voir le jour au Chili en 2018.

DIAPORAMA: Au coeur de l’université Glyndwr.

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Anabelle Chaumun, au Pays de Galles.

Crédit: Latest Rendering of the E-ELT et A.C

L'ACTU

"Un pôle de compétitivité rassemble sur un territoire bien identifié et sur une thématique ciblée, des entreprises, petites et grandes, des laboratoires de recherche et des établissements de formation. Les pouvoirs publics nationaux et locaux sont étroitement associés à cette dynamique." (competitivite.gouv.fr)

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