Qui sont ceux qui pensent à l’expatriation, et ceux qui la réalisent?

En France le désir d'expatriation est important. <-> Mais ceux qui sautent le pas sont au final bien différents de ceux qui y pensent.

expatriation

L’expatriation a le vent en poupe et fait rêver mais l’emploi à l’international est-il réservé à certains ? Et si oui, à qui ? Pourquoi ceux qui partent ont-ils été choisis ? Les Français expatriés sont-ils représentatifs des tendances mondiales ou au contraire différents ? Des études parues l’année dernière (sur des chiffres de 2013), donnent quelques réponses. Une américaine : «Talent Management and the Changing Assignee Profile» et deux études françaises : «L’expatriation des Français, quelle réalité ?» et «Enquête sur l’expatriation des Français».

Ceux qui veulent partir et ceux qui partent sont-ils les mêmes ?

Au niveau mondial, les chiffres changent peu même s’ils fluctuent légèrement suivant les années : plus de la majorité des expatriés actuels sont mariés et ont des enfants (53%), un tiers est parti en célibataire et 22% en couple mais sans enfant. Plus de la moitié des expats (56%) ont entre 35 et 49 ans, 20% ont plus de 50 ans et un quart des expatriés a moins de 35 ans.

Le rapport de Cartus souligne la grande différence entre ceux qui s’expatrient et ceux qui manifestent de l’intérêt pour l’expatriation : 62% des jeunes par exemple, sont volontaires pour partir à l’étranger alors que 25% seulement s’expatrient… Ce nombre est un peu majoré pour la France probablement du fait de l’existence du Volontariat International qui favorise les départs de jeunes diplômés. 54% des célibataires sont également volontaires mais seulement 30% d’entre eux partent. L’un des chiffres est encore plus fort : seulement 4% des salariés avec enfant manifestent de l’enthousiasme à l’idée d’aller vivre dans un autre pays alors qu’ils sont 53% à partir en famille. Côté français, ce chiffre est encore supérieur (59%). Enfin seulement 12% des expatriés entre 35 et 49 ans expriment ce désir alors qu’ils représentent plus de la moitié des expatriations.

Dans les constatations de l’étude américaine, il faut retenir que ceux qui «partent en priorité sont ceux qui – ayant été formés par les entreprises – sont les plus expérimentés». C’est probablement ce qui explique une majorité de travailleurs entre 35 et 49 ans. Les auteurs soulignent que les facteurs de risque dans le pays concerné, ont un impact énorme sur la volonté de départ ou de refus de la mission. Dans le même ordre d’idée, les salariés avec famille ont tendance à se détourner des marchés émergents. Ils privilégient les endroits avec économies stables et systèmes sociaux, en particulier pour des raisons de sûreté, de sécurité et de scolarité. Ils sont également préoccupés par la fluctuation des devises et les possibilités d’épargne. L’étude précise que «les salariés ne semblent pas intéressés par un départ si les indemnités d’affectation ne reflètent pas correctement les difficultés qui existent dans le nouvel environnement de travail / vie.» L’intérêt de ces expatriés varie également selon la zone géographique : Dubaï et le Moyen-Orient par exemple, en limitant certains modes de vie, sont moins prisés par ceux qui ont des enfants.

La génération Y se manifeste comme étant intéressée par des destinations et des missions peu prisées par les plus expérimentés. Les entreprises souhaitent un développement dans les pays émergents mais elles expriment que l’expérience professionnelle des jeunes diplômés n’étant pas au rendez-vous, la synchronisation reste difficile. Quand elles se décident à faire le pas, ceux qui ont le sens de l’aventure et/ou qui ont déjà été sur des missions «difficiles», sont sélectionnés en priorité. Ce sont des célibataires ou mariés mais avec de très jeunes enfants ou sans enfant.

Les destinations qui provoquent le plus d’enthousiasme

Chez les expatriés du monde entier (et les Français sont représentatifs de cette tendance), les USA représentent la première destination souhaitée (pour 65%). Viennent ensuite le Royaume-Uni (pour 48%), l’Australie (pour 40%), Singapour (pour 36%) et le Canada (pour 27%).

Dans les faits, les Français sont surtout expatriés en Suisse, en Belgique, au Royaume Uni et en Allemagne, qui regroupent à eux seuls près du tiers (31,7 %) des Français de l’étranger (inscrits au Registre). L’Australie est le premier pays d’accueil des jeunes français.

Au niveau mondial, les destinations les moins prisées sont l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Dans les pays émergents, le Brésil est le pays rencontrant le moins de «résistance», suivi de peu par les Emirats Arabes Unis.

Les raisons des départs

Trois principaux critères se dégagent de toutes les études. Parmi les choix multiples proposés, l’expatriation est choisie pour le développement de carrière (85% des partants) et/ou incontournable pour l’évolution professionnelle (70% des partants – en France : 42%) et/ou pour l’augmentation des revenus (34% des partants – en France : 32%). Et l’étude américaine de souligner que les sociétés qui ne veillent pas à «optimiser l’expérience des expatriés en terme d’avancement ou de responsabilités, risquent de les voir s’en aller». Les trois études s’accordent pour dire que la question financière n’est pas la raison majeure des départs.

Dans les études françaises, la première motivation des expatriés expérimentés est l’opportunité professionnelle. Elle est la raison du départ. Dans les raisons des jeunes diplômés, la crainte de ne pas trouver de travail est majeure.

Comment les candidats sont-ils choisis ?

Les expatriés du monde entier ont été sélectionnés principalement pour leur leadership (80%) et/ou leurs qualités techniques (75%), leur formation (33%), leurs compétences linguistiques (19%), leur expérience antérieure d’expatrié (18%). Même si les employeurs sont 61% à déclarer que «tout dépend du projet», ces chiffres donnent une idée des profils recherchés : des cadres avec une forte technicité, une formation pointue, des compétences linguistiques certaines et de l’expérience à l’international.

Côté français, il est à noter que plus de la moitié des expatriés avaient déjà résidé à l’étranger auparavant. Les candidats sélectionnés sont donc la plupart du temps, des personnes ayant déjà séjourné, travaillé ou étudié dans un autre pays. De la même façon, plus de la moitié des Français de l’étranger (qui ont répondu à l’étude de la Maison des Français de l’étranger) ont une formation de niveau Master ou Doctorat (alors que seulement 12,5 % de la population française est titulaire d’un diplôme supérieur à BAC+2 d’après l’INSEE). Cela souligne le fait qu’un niveau élevé d’études permet une plus grande mobilité. Voici ce qu’analyse l’étude à ce sujet : «Les diplômés évoluent dans un milieu socio-culturel plus ouvert ce qui favorise leur adaptation à l’étranger et ils sont mieux armés pour la mobilité car ils maîtrisent les langues étrangères. La grande majorité d’entre eux retrouve plus facilement une situation comparable ou meilleure à la précédente en France. Si l’Europe présente un attrait important pour les Français diplômés, c’est que l’équivalence de diplômes permet de limiter les risques de déqualification».

Quelles sont les compétences et savoir­être recherchés par les employeurs ?

Au niveau mondial, même si 50% des employeurs indiquent que les critères varient suivant les projets, certains éléments reviennent de façon récurrente : flexibilité/adaptabilité, désir d’évolution et d’avancement, efficacité dans l’isolement, aptitudes techniques et « habilité » interculturelle.

La génération Y vers les émergents

Conclusion, «ne part pas qui veut !» pourrait être le premier enseignement à tirer de ces rapports. Ceci dit, il est essentiel de réaliser, dans une recherche d’emploi notamment, que le haut niveau de qualification des migrants est un phénomène mondial. Dans presque tous les pays, «le taux d’émigration des personnes hautement qualifiées est supérieur au taux d’émigration total, ce qui reflète la sélectivité du phénomène migratoire par rapport au niveau d’éducation» (OCDE- Nations Unies, 2013). Il est également important de savoir qu’à défaut d’expérience professionnelle suffisante et/ou d’expérience antérieure d’expatriation, une possibilité pour les jeunes diplômés, consiste à se tourner vers des destinations moins prisées et en l’occurrence vers les pays émergents.

Enfin, il faut prendre la mesure des compétences et savoir-être recherchés par les employeurs du monde entier : leadership, habiletés techniques, maîtrise de langues étrangères, ouverture, autonomie, adaptabilité, goût pour l’aventure, compétence interculturelle.

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Crédit: Jean-François Gornet

L'ACTU

Du point de vue des expatriés, Vienne reste la ville offrant le meilleur cadre de vie dans le monde, loin devant Paris qui conserve la 27e place de ce classement. Lanternes rouges sur 230 villes, N’Djamena, Karthoum, Port-au-Prince, Bangui et Bagdad qui écopent des cinq dernières place du tableau. (LesEchos.fr)

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2 commentaires

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