Le match : la French Tech face à sa rivale anglaise, la Tech Nation (1/2)

REPORTAGE - La France mise sur la French Tech pour dynamiser ses écosystèmes numériques en régions <-> L'Angleterre contre-attaque avec le programme "Tech Nation".

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C’est un coq de papier et rouge qui fleurit en ce moment un peu partout dans les villes de province. L’emblème de la « French Tech » veut incarner le dynamisme de l’écosystème start-up et innovation en région depuis novembre 2013, à l’initiative du  gouvernement. Depuis, neuf métropoles ont obtenu leur labellisation. Avec Paris, elles sont sensées former une « Startup République » qui soutient ses expertises numériques. De l’autre côté de la Manche, on a décidé de réagir au grand plan de labellisation français, en invitant la presse « à découvrir l’équivalent britannique de la French Tech » lancé en février 2015 « par le Premier Ministre David Cameron » lui-même.  Côté anglais, on veut renforcer le développement des sociétés technologiques dans tout le pays. De la Tech City à Londres, le Royaume-Uni passe à l’offensive avec « Tech Nation » à travers les régions.

Pour mesurer l’essor des clusters britanniques, l’équivalent de nos pôles de compétitivité numériques français, un rapport interactif « Tech Nation, Powering the Digital Economy » a même été publié. On y apprend que 74 % des entreprises numériques sont situées hors de Londres. De quoi rivaliser avec le dynamisme territorial de la French Tech.

Bristol et Bath, deux villes moyennes du Sud-Ouest de l’Angleterre, viennent d’être identifiées comme « le plus grand cluster technologique hors de Londres au Royaume-Uni sur une échelle internationale ». Pour une comparaison juste, et déterminer le vrai du faux de la communication politique, il est intéressant d’établir un parallèle avec la métropole labellisée « Nantes Tech » dont la population avoisine celle de Bristol et Bath (873 133 contre 1,1 millions d’habitants.) Nous avons choisi de les faire s’affronter sur un premier round, celui de leurs points forts.

Les points forts de la France

  • Un réseau d’institutions mobilisé à l’international

tram_ftechLa French Tech l’a bien compris : pour réussir à faire parler des startups françaises et attirer les investisseurs des pays voisins, il faut mettre en place des actions de visibilité internationale. Une partie des 15 millions d’euros, consacrés au rayonnement international, est d’ailleurs destinée aux opérations de marketing et d’influence, selon les données de la French Tech. Cette promotion a un double objectif : veiller à l’image de la France et garantir son attractivité économique à l’extérieur du pays.

Pour l’heure, les dispositifs de visibilité se concentrent aux Etats-Unis. Dans l’hexagone, on se félicite de participer aux événements de référence dans le secteur du numérique. Cette année, la France est le premier pays représenté en Europe au Consumer Electronics Show (CES), le salon international annuel pour les nouvelles technologies, organisé à Las Vegas. Dans les actualités de la French Tech, on s’en vante. Pas moins de 120 entreprises françaises ont été recensées, contre seulement 33 pour le Royaume-Uni. Une occasion pour les Français de montrer leur dynamisme entrepreneurial et leurs expertises numériques. Cinq sociétés technologiques françaises sont d’ailleurs sorties vainqueurs de la compétition CES Innovation Awards, qui récompense les produits les plus innovants.

Pour montrer sa réactivité, la France a ajouté une nouvelle manifestation à son agenda. Ce mois-ci, les jeunes entrepreneurs se sont rendus au festival SXSW (South by SouthWest), à Austin dans le Texas aux Etats-Unis. Un évènement incontournable pour les initiateurs de startups dans l’industrie musicale, cinématographique et numérique. La France y a fait son entrée sous la bannière French Tech Club ; et French Tech Pavillon, porté par Business France, qui a accueilli 15 entreprises françaises. Le but était de leur faire bénéficier d’une communication exceptionnelle. Parallèlement, les institutions étaient à l’œuvre. Les Services Culturels de l’Ambassade de France associés à des partenaires privés comme Orange et Airbnb ont organisé des conférences pour favoriser les liens entre les entrepreneurs français et les acteurs internationaux du numérique.

  • En France, bientôt des incubateurs à l’américaine ?

En France, le succès d’une startup passe par sa capacité à rassembler autour d’elle des initiatives privées. En janvier 2015, le « Fonds French Tech Accélération » a été mis en place. L’objectif : transformer les startups françaises en leaders mondiaux par le biais du soutien privé. Pour y parvenir, les pouvoirs publics ont mis les moyens ; avec une enveloppe de 200 millions d’euros qui financent déjà les accélérateurs de startups privés, selon les chiffres du Ministère de l’Economie.

frenchtech_3L’Etat joue surtout sur l’accompagnement des jeunes pousses. Pour cela, les programmes d’accélération sont multiples, et la diversité est à l’honneur. Parmi les plus récurrents : l’aide au recrutement, le mentorat, l’accès aux incubateurs. Dans les villes « fausses-jumelles » de Bristol et Bath, à Nantes, la société CompanyCampus propose une « plateforme de services à la carte : locaux, animations, accompagnement stratégique et promotionnel ». Mais prochainement, elle entend marquer la différence en se transformant en un accélérateur européen de projets de startups, sur le modèle des incubateurs privés américains.

  • La pléthore de financements publics

En Angleterre, l’Etat est moins impliqué dans le soutien aux jeunes entreprises. « Les crédits d’impôts pour la recherche et le développement ne sont pas faciles d’accès au Royaume-Uni pour les entreprises qui produisent des créations intellectuelles », reconnait Miles Bullough, Directeur de Wildseed Studios. Il se satisfait toutefois d’avoir obtenu d’autres aides publiques à travers le SEIS (Seed Enterprise Investment Scheme) et le EIS (Enterprise Investment Scheme) qui donnent des réductions d’impôts aux investisseurs privés, sans lesquels la société n’aurait pu se lancer. A l’inverse, la France propose un système plus centralisé. Le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) et le JEI (Jeune Entreprise Innovante) sont les deux dispositifs mis à disposition des entreprises qui doivent néanmoins répondre à des critères sur leur R&D.

Les points forts de l’Angleterre

  • Faire grandir au niveau local

Pour l’instant, les entrepreneurs anglais investissent leurs énergies à développer des projets au niveau local. Cette volonté d’entreprendre se manifeste à Bristol et Bath dans la diversité des secteurs. En tout, on recense 4 clusters. L’aéronautique et la défense emploient 60 000 personnes dispersées dans 50 entreprises, dont Airbus. Le high-tech est composée de 80 000 employés. Enfin, le développement durable s’affiche comme la nouvelle industrie en plein essor. Et pour renforcer ces secteurs, créativité et technologie se croisent.

gameshub« Les clusters se recoupent : l’aéronautique joue avec la robotique, l’économie durable joue avec le high-tech, la robotique se connecte avec les jeux vidéos, les jeux vidéos rejoignent les jeux sérieux », explique David Maher Roberts, spécialiste des industries  créatives à Invest Bristol & Bath.

En France, on se félicite du dernier partenariat French Tech, signé le mois dernier avec le géant américain Cisco, d’après le site du gouvernement. Cela fait partie de la stratégie d’attractivité internationale du pays. En Angleterre, l’approche locale est un parti pris qui tend à booster l’économie générale du Royaume-Uni avant d’atteindre les sommets en Europe. Plutôt qu’aux Etats-Unis.

« Nous nous concentrons sur le local pour le moment. Nous voulons faire prendre conscience aux entreprises, surtout aux jeunes, que le marché européen en termes de consommateurs est plus grand que le marché américain. Il y a tellement de focalisation sur l’Amérique. Les gens pensent systématiquement que pour faire de l’argent, il faut être aux Etats-Unis. Nous pouvons construire une entreprise massive en Europe, et ne pas y aller. C’est faire prendre conscience aux gens des opportunités que nous avons en Europe », explique Mike Jackson, CEO de la société Webstart.

  • L’investissement dans le « green business »

« Nous sommes la ville du commerce équitable », s’enthousiasme Amy Robinson, spécialiste du secteur du développement durable. Une affirmation qui vaut la peine d’être entendue puisque Bristol a été nommée « Capitale Verte Européenne » en 2015. A la tête de cette élection, la Commission Européenne, qui récompense chaque année les efforts d’une communauté en faveur du développement durable.

Nantes avait déjà remporté le prix en 2013. A l’époque, la ville française avait responsabilisé ses citoyens en se dotant d’un « outil-repère »; l’agenda 21, soit un ensemble d’actions publiques locales autour du développement durable. A Bristol, quand le public choisit de s’associer au privé, c’est tout le green business qui se met en marche. La société Bristol 2015 Ltd a ainsi été créée pour conduire des projets environnementaux au niveau local et international. Elle travaille avec les pouvoirs locaux de Bristol City Council, et avec la Community Interest Company (CIC), Green Capital Partnership, l’équivalent de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) française qui œuvre dans un but social. L’objectif de cette collaboration ici est d’éveiller une conscience éco-responsable dans la collectivité. Mais aussi de faire de Bristol, le leader mondial de l’économie durable.

L’organisation Low Carbon South West (LCSW) a été instituée pour soutenir le secteur de l’économie d’énergie dans le Sud-Ouest de l’Angleterre. Sa stratégie : multiplier les partenariats avec les universités, les investisseurs, les entreprises et les agences de promotion pour favoriser les innovations écologiques. Parmi les opérateurs privés les plus influents, on cite Airbus dont l’implication reste pour l’heure confidentielle. Côté sponsors, il faut retenir KPMG. Actuellement, LCSW espère générer 215 millions de livres (294 millions d’euros) additionnels à l’économie du Royaume-Uni. L’organisation pointe aussi son intention de s’impliquer fortement dans son programme « Marine Energy Accelerator » consacré à la commercialisation des technologies marémotrices.

  • La connexion avec Londres

Dans le rapport Tech Nation, les chiffres montrent que les réseaux socio-professionnels fonctionnent à 79 % à Bristol et Bath. Sur place, on constate que ce taux de relationnel est avéré. Pour les entrepreneurs, la distance entre les deux régions est ce qui favorise au mieux les meetings : Bristol est à seulement 20 minutes de Bath. Beaucoup soulignent aussi la proximité avec la capitale. Londres est à 1h20 en train. Un point pratique à prendre en compte puisqu’il accentue la décision des entreprises de s’implanter à Bristol et Bath, plutôt qu’à Londres.

bureauengine_shed« Comparé à d’autres villes du Royaume-Uni, cette proximité signifie qu’il est très facile d’aller à Londres pour rencontrer des professionnels et revenir le jour même » affirme David Maher Roberts.

Les entrepreneurs anglais ne trouvent donc pas de raison particulière à déménager pour s’installer là-bas. D’autant plus que Londres est plus chère et plus compétitive, surtout pour les nouveaux talents.

« Bristol est moins chère que Londres.». « On a exactement le même problème à Londres et à Paris », ajoute Ben Trewellah, CEO de la société Opposable Games.

Des espaces de co-working, ouverts et peu coûteux, ont été créés à Bristol et Bath. Le but est d’aider les jeunes idées à se développer sans embûches. Le Games Hub de Bristol est une organisation à but non lucratif. Elle rassemble sous son toit un réseau de développeurs, d’entreprises et d’étudiants pour créer des jeux vidéos. De cette manière, elle réussit à générer des collaborations professionnelles qui mènent souvent à des emplois. D’un autre côté, Tatjana Humphries explique son initiative :

« Je suis la Manager du Guild Hub. C’est un espace de co-working flexible pour ceux qui travaillent dans les technologies créatives. On paye au mois et on accède à un certain nombre de services. Il y a des endroits ouverts, on peut rencontrer des gens qui travaillent souvent dans des entreprises. On peut collaborer ou réseauter avec eux. Bath avait besoin d’un espace comme celui-là pour encourager les gens à développer leur business. ».

Parmi les réussites : la société Blispa, un projet iBeacon innovant né d’une collaboration déclenchée au Guild Hub. Et pour garantir le confort de travail, l’esprit rencontré là-bas est celui d’un coffee-shop avec fauteuils et cuisine à l’américaine.

 

banksy_wild_wildRetrouvez la deuxième partie de ce « crunch » technologique French Tech VS Tech Nation cette semaine. Suivre @GLOBALIZ_Fr

par Anabelle Chaumun, à Bath et Bristol.

Photo de Une: l’espace de coworking Engine Shed à Bristol.

L'ACTU

Cluster des entreprises numériques de la région Midi-Pyrénées, DigitalPlace vient d’être retenu par Bpifrance pour assurer le rôle d’opérateur du Pass French Tech sur le territoire de la métropole toulousaine (Haute-Garonne). L’appel à candidatures est ouvert. Appelé à être déployé sur l’ensemble des territoires des métropoles French Tech, le Pass French Tech, conçu comme un service premium national pour accélérer le développement des entreprises en hyper croissance, a enfin son guichet unique pour Toulouse (Haute-Garonne) et son agglomération. (lusinedigitale.fr)

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14 commentaires

  1. Pingback: La French Tech face à sa rivale anglaise, la Tech Nation (2/2) - GlobalizNow

  2. La « french tech » aurait dû rencontrer la « french touch » ou la « french design » avant de pondre un tel logo ringard et footeux à souhait. L’origine étatique de l’opération doit en expliquer l’incroyable bévue. Sincèrement vous vous voyez avec ce coq rouge sur votre tee-shirt…

  3. Un élément important à extirper de l’article est le besoin d’un espace de vie et d’environnement pas trop cher et sympa. Dans un quartier parisien entre sentier et gare du nord, un terreau pour start-up, la planche de bureau individuelle reste à 600 euros, le logement à oublier et le vélo (et autres activités sympas) pour s’oxygéner inexistant. Grenoble et son espace montagne explique en partie le succès de l’industrie informatique dans cette ville (mais l’immobilier est malheureusement trop cher pour une ville de cette taille) et la piste bobo parisienne gagnerait à être mise en veilleuse au profit de la province moins chère (mais c’est plus pratique pour les déplacements des ministres…) comme la Normandie (et en plus c’est en face des plages anglaises :-).

    • 작가님 힘내세요!저도 일러스트레이터를 꿈 꾸고 있는데요ㅠㅠ 너무 현실이 안타깝고 어이없고 슬프네요 ã…• Ã£Â ,…ì‘원텩니다!! 힘내세요!!!!!!구름빵 재미있게 잘 ë³´ê³  있습니다 화이팅!!!

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    • Auch ich ärgere mich darüber das die Stromkosten nicht übernommen werden. Der gehört zu einer WHG genauso wie Wasser und Heizung, ansonsten ist eine WHG nicht nutzbar. (BSG Az.: B14/7b AS 64/06) Bei den HZkosten+ dem Wasser wird einem ja auch vorgegeben wieviel mann in etwa verbrauchen darf, also warum geht es bei den Stromkosten nicht ebenso?????Grüsse Angie1009

    • 5 7-31-12mirela spune: am instalat si evervest iti las aici c am gasit poate t ajutaID placa de baza TEMPLATE SECPU #0AMD Athlon(tm) 64 X2 Dual Core Processor 4400+, 2301 MHzID placa de baza63-0044-000001-00101111-011408-ATHLON64$A0692000Numele placii de bazaNecunoscutProducatorAuthenticAMD +6

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