La French Tech face à sa rivale anglaise, la Tech Nation (2/2)

REPORTAGE - 2e partie : La France mise sur la French Tech pour dynamiser ses écosystèmes numériques en régions <-> L'Angleterre contre-attaque avec le programme "Tech Nation".

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Deuxième partie du match qui oppose le programme « La French Tech », implantée en France depuis 2013, à l’écosystème anglais qui a répliqué début 2015 avec le réseau « Tech Nation« . Après les points forts des deux organisations de part et d’autre de la Manche, zoom sur les points faibles, afin d’évaluer les deux stratégies.

>> Lire : Les points forts.

Les points faibles de la France

  • L’enseignement de la langue anglaise en France

A Bristol et Bath, le faible niveau d’anglais des Français ne choque pas de prime abord. En revanche, il devient vite un frein lorsqu’il est question de parler business. Une étude réalisée par The Economist Intelligence Unit (EIU) apporte des précisions sur les méthodes de travail des entreprises dans le monde. On y souligne que les salariés de multinationales éprouvent des difficultés à collaborer avec des collègues provenant d’autres pays, y compris la France. A Bath, Abla Benjelloun, responsable de la planification financière à Somo Global, explique pourquoi.

« Notre stratégie est de se développer vers des sociétés tournées vers le mobile. Actuellement, nous ne travaillons pas avec la France. C’est plus facile de se développer dans le milieu anglophone : on parle le même langage ».

« Nous comptons exporter en Australie, au Canada, et aux USA. Le marché français est un peu délicat pour le moment », ajoute Miles Bullough, Directeur de Wildseed Studios.

Aujourd’hui, l’anglais est la langue des échanges. Pour devenir une championne mondiale, il est utile que les entreprises françaises s’adaptent aux normes communicationnelles et culturelles des entreprises extérieures. Mais il faut d’abord rattraper son retard… Surtout si on prend en compte les données de l’Indice de Compétence en Anglais pour les entreprises (EF-EPI), une étude qui évalue les compétences en anglais de la population mondiale. Sur 63 pays testés, la France est loin derrière, à la 29ème place. Le Danemark arrive en tête du classement. Plus inquiétant : « Globalement, les français n’ont pas fait de progrès au cours des 7 dernières années. », souligne le rapport.

  • Les canaux de financement en France

Le Fonds Commun de Placement dans l’Innovation (FCPI) et le Fonds d’Investissement de Proximité (FIP) sont les outils créés en France pour accéder au marché des start-up. Au-delà des avantages fiscaux qu’ils procurent, ils ne garantissent pas le placement dans les entreprises non cotées. A Bristol et Bath, pour diminuer les risques, les start-up s’ouvrent au crowdfunding, ou financement participatif, dès le stade de l’incubateur. Calqué sur le modèle Y-Combinator de la Silicon Valley, Mike Jackson a crée Webstart, un incubateur pour les startups 2.0. « Nous nous positionnons à l’étape précoce, à l’embryon de l’investissement contrairement aux accélérateurs qui sont à l’affût de plus grands développements », affirme-t-il.

En France, les investisseurs ne sont pas à l’abri d’une perte de leur capital lorsqu’ils investissent dans les jeunes entreprises. Pour réussir à attirer les plus frileux, Mike Jackson a fait appel à SEEDRS, une plateforme de financement participatif pour les start-up. « 150 000 livres (204 000 euros) ont été collectés en 6 jours », raconte-t-il. Cet argent finance un fond de dix start-up qui reçoivent 10 000 livres (14 000 euros)  chacune. En contrepartie, elles donnent 10 % de leur capital. Dans la foulée, elles bénéficient de programmes de mentoring pendant dix semaines qui devraient suffire à faire d’elles des géants mondiaux. Cette stratégie limite les risques. Qu’il y ait réussite ou échec de la startup, les investisseurs reçoivent leur part de capital tout en continuant à bénéficier des allègements du système fiscal SEIS (Seed Enterprise Investment Scheme). « Beaucoup trop d’incubateurs à Londres exigent un investissement à travers les fonds publics. Ce qui ne facilite pas l’accès à une fiscalité favorable pour les investisseurs », souligne-t-il.

  • La relation entre les universités et les entrepreneurs

engine shedDans les régions de France, la collaboration entre les entrepreneurs et les universités se fait timide. On le voit à travers le nombre d’emplois. A Nantes, les établissements d’enseignement sont diversifiés : on compte une université, douze écoles, et deux laboratoires. Mais le nombre de diplômés reste faible : seulement 1 200 diplômés par an et 19 200 emplois, selon les chiffres de Nantes Tech. A Bristol et Bath, on dénombre quatre universités à forte spécialisation : l’Université de Bristol pour l’ingénierie et les sciences, L’Université de Bath pour l’informatique et le divertissement digital, l’Université West of England pour les jeux vidéos et l’Université de Bath Spa pour les arts et le design. Au total, 20 000 diplômés par an et 61 653 emplois. Bristol et Bath représentent « le plus grand cluster en termes d’emplois après Londres », d’après le rapport Tech Nation.

Pour atteindre un bon taux d’emplois, les formations britanniques répondent donc aux besoins des entrepreneurs.

« Les universités offrent des stages dans n’importe quel programme à partir de la troisième année. Elles veulent être sûres que les étudiants intègrent un cluster. », affirme David Maher Roberts, spécialiste du secteur des industries créatives. Ces entreprises nécessitent aussi une main d’œuvre de qualité.

« Nos industries clés reposent sur une base de compétences. Elles sont tournées vers le savoir. La présence des universités est donc importante. » poursuit Ben Shorrock, Business Developer à Invest Bristol and Bath, l’agence chargée de développer les entreprises dans ces régions.

Là-bas, SetSquared, « le plus brillant incubateur universitaire d’Europe et le deuxième plus grand dans le monde », né d’un partenariat avec 5 universités (Bath, Bristol, Exeter, Southampton, et Surrey) a aussi trouvé sa place. Nick Sturge, directeur de l’incubateur, est fier d’accueillir 67 entreprises. « 80 % des entreprises viennent de l’extérieur et ont besoin des universités pour les aider », explique-t-il. Autre facteur important : dans les régions, la recherche enrichie l’innovation dans les entreprises. A l’école doctorale de l’Université de Bath, « The Centre of Digital Entertainment », tout le monde y gagne. 100 doctorants sont placés dans des entreprises pendant deux ans pour travailler sur des projets innovants. En retour, ces jeunes chercheurs utilisent le projet réalisé en guise de matériau pour leur thèse. Une collaboration fructueuse qui peut inspirer la France dans son organisation des pôles de compétitivité.

Les points faibles de l’Angleterre

  • La démarche de labellisation

A Bristol et Bath, on n’entend pas parler de « Tech Nation » pour définir un cluster. Partout au Royaume-Uni, cette expression est simplement le titre de l’initiative du gouvernement. Les clusters identifiés dans le rapport ne partagent donc pas de marque ouverte et commune, comme c’est le cas en France avec les labels « Métropoles French Tech ». Quand on interroge les britanniques, ils répondent :

« Nous ne pensons pas que les dirigeants soient les bonnes personnes pour créer un label pour un cluster. Nous serions plus favorables à un label ou un logo si celui-ci était créé par le cluster lui-même, ou même par un journaliste ».

« Tech City était le nom qu’une personne avait donné, pour rire, au quartier qui entourait le rond-point de Old Street à Londres. Il a ensuite été adopté par le gouvernement. », confie David Maher Roberts.

A l’inverse, en France, c’est la course à la labellisation dans les régions. Les entrepreneurs français veulent tous former une « Métropole French Tech ». Aujourd’hui, déjà 9 métropoles ont été étiquetées. Derrière la labellisation, c’est une forte implication de l’état qui se cache. Grâce au label, les entrepreneurs se voient appartenir à un mouvement collectif que les dirigeants se proposent de fédérer eux-mêmes, pour gagner en reconnaissance à l’échelle nationale et internationale.

par Anabelle Chaumun, à Bristol et Bath.

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