« Les MOOC doivent être pensés au-delà des frontières françaises »

Des cours en ligne, gratuits, rendus accessibles pour les étudiants et pour les chômeurs pour faciliter l'insertion sur le marché professionnelle. <-> Un Américain à Paris

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Des cours en ligne, gratuits, accessibles à des millions d’étudiants partout dans le monde, mais aussi aux chômeurs qui souhaitent se remettre à niveau. Aux Etats-Unis, là où ces contenus ont vu le jour, les MOOCs (Massive Open Online Course) sont en plein essor. Nées à l’initiative des universités de Harvard, de Stanford, et du Massachussetts Institute Technology (MIT), ces plateformes numériques réinventent les systèmes éducatifs de nombreux pays, dont la France. A Paris, c’est à la Schiller International University (SIU) que l’on tente d’importer le modèle éducatif en France.

Fondée en 1964, SIU est une université américaine basée sur quatre campus (Paris, Madrid, Heidelberg et Fargo) qui forme aux carrières internationales. Son credo est d’offrir aux étudiants ouverts sur le monde un enseignement flexible et accessible. Pour y arriver, elle n’hésite pas à mobiliser les connaissances et les technologies américaines en numérisant ses contenus pédagogiques. Cette initiative innovante s’inscrit dans une démarche de rupture avec l’université physique, en « brique et mortier ». EdX, Udacity, Coursera… les plateformes d’enseignement numérique se multiplient dans les grandes universités américaines.

Depuis Octobre 2013, la France encourage aussi ses établissements à s’adapter à ces nouvelles pratiques éducatives. Le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a mis à disposition du public sa première plateforme numérique nationale, France Université Numérique (FUN) visant à promouvoir les MOOCs. Le système éducatif français est-il sur la voie de la modernisation ? Les réponses et le regard de James Brown, le directeur du campus parisien de la SIU.

GN : Que pensez-vous de la numérisation des contenus dans l’enseignement supérieur en France ?

James Brown_HDJames Brown : La révolution actuellement en cours en France émane du bas vers le haut. Le gouvernement répond aux besoins des universités et des grandes écoles. En 2006 déjà, la mise en place d’un « back-office », l’Université Numérique de Paris Ile de France (UNPIdF), avait donné une première impulsion à la numérisation des contenus en permettant aux établissements d’Ile-de-France d’accéder à des services dans le domaine de la formation numérique, de l’e-administration et de la vie étudiante. Ces initiatives sont en phase avec les espérances des citoyens français. D’après ce que j’ai pu observer, elles sont toujours conçues à l’échelle nationale en France. C’est à la fois une force et une faiblesse. Aux Etats-Unis, la numérisation de l’offre pédagogique ne concerne pas que le marché américain. Là-bas, ils pensent révolutionner le secteur tout court. Ils supposent que cela intéressera le monde entier. Quand un MOOC est créé, ils s’attendent à ce que le modèle soit appliqué dans d’autres pays du monde. La digitalisation des contenus dans l’enseignement supérieur est une très bonne chose en France. Mais le gouvernement doit penser « international », c’est à dire au-delà des frontières françaises, s’il souhaite satisfaire pleinement les attentes des jeunes français.

GN : Aux Etats-Unis, l’université numérique a mis moins de temps à s’imposer auprès des jeunes, des enseignants et des professionnels. Comment et dans quelles circonstances ce modèle a-t-il été mis en place là-bas ?

Le contexte post crise financière de 2008 marque un tournant. La crise des subprimes a fortement frappé les Etats-Unis. Elle a mis fin au cycle de facilité d’accès aux crédits. Des années 1990 à 2008, les classes moyennes américaines ont prêté plus d’argent qu’elles ne pouvaient en rembourser. Cette crise a touché l’immobilier mais aussi l’Education. Depuis les 1960, les Américains ont accès à des prêts du gouvernement, les loans en anglais. Tout comme dans l’immobilier, une bulle d’endettement a éclaté dans l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, les Etats-Unis ont 3000 milliards de dollars à rembourser. Beaucoup d’établissements ont mis la clé sous la porte. Le gouvernement commence à durcir cet accès aux crédits facilités. Mais ce modèle n’est pas viable. C’est là que les supports numérisés deviennent intéressants parce que c’est de l’enseignement gratuit, réalisé par les meilleurs experts du monde entier.

Malgré cette crise, les technologies n’ont jamais cessé de se développer. Il y a eu un effet boule de neige avec l’essor de la Silicon Valley. Des initiatives ont émergé indépendamment les unes des autres. Quand on combine le tout, des opportunités se créent pour certains, mais des risques se posent pour d’autres. Les universités qui ne proposent pas d’offres en lignes sont vite menacées. En revanche, les universités souples, innovantes, en phase avec le développement technologique, saisissent ces opportunités et vont vers l’avant. Par exemple, Massachussetts Institute of Technology (MIT) est centré sur le développement de technologies pour un public à domicile. Son ADN est de lier les technologies avec les attentes de la société. Ce n’est pas une politique qui est mise en place. C’est une affaire de mœurs à MIT. Le gouvernement, lui, suit.

GN : Quelles réformes éducatives ont été prises aux USA ?

Dans l’enseignement primaire et secondaire, la dernière grande réforme remonte à l’administration Bush. Des normes d’éducation spécifiques avaient été établies. Toutes les écoles, dans tous les Etats, devaient respecter le « Teaching to the Test », soit « l’enseignement pour l’examen », c’est-à-dire qu’on apprend pour passer des examens standardisés. Ces mesures ont ensuite influencé l’enseignement supérieur. Mais, en cette période d’instabilités et de changements continus, les universités savent désormais qu’il est nécessaire d’être ouverts et de s’adapter aux circonstances. Elles ne cherchent plus à inculquer une éducation sur ce modèle. L’enseignement supérieur américain vise maintenant à compenser cette éducation, reçue par les étudiants avant leur entrée à l’université.

GN : En France, le gouvernement positionne sa politique éducative numérique en faveur de la francophonie, en diffusant ses contenus en français. Pourquoi ne pas avoir fait ce choix à la Schiller International University (SIU) ?

L’enseignement en anglais est un aspect fondamental de notre ADN. C’est ce que nous proposons depuis 50 ans dans notre offre. A SIU, nous préparons les étudiants aux carrières internationales. On les encourage à la mobilité en interne, entre les différents campus, pendant le cursus. Mais on souhaite surtout les préparer à entreprendre des tâches à l’international après leurs études. Dans cette perspective, l’anglais est indispensable car elle est la langue des affaires.

GN : Que pensez-vous de l’enseignement des langues étrangères en France ? Doit-on réformer l’apprentissage de l’anglais ?

La dernière réforme du collège enlève quelques heures d’enseignement de l’anglais. Personnellement, je suis pour toute réforme qui met l’accent sur la conversation. Car avec la pratique, les étudiants se lancent sans craindre les résultats et prennent l’habitude de parler au fil des années. C’est ce que j’aimerais voir se développer en France. Un étudiant français a l’esprit fin. Quand il s’agit de structurer sa pensée sur le papier, je dirais qu’il est plus fort que le Finlandais ou le Coréen. Mais on ne lui a pas donné l’habitude de se lancer oralement. A SIU, on enseigne l’anglais comme on enseigne le français, avec une forte dose de littérature pour développer le raffinement. Mais l’anglo-saxon ne pense pas comme cela. Il est beaucoup plus pragmatique.

GN : Peut-on dire que l’éducation en France se modernise grâce aux MOOCs ?

Je suis assez élogieux. Je vois un paysage qui se décline au pluriel et ces initiatives ne viennent pas que du gouvernement. Beaucoup d’établissements se lancent aussi dedans depuis longtemps. Je pense notamment à Grenoble, Lyon, ou Toulouse, et à la communauté d’établissements que compose Paris-Saclay. Ils ont déjà l’esprit international et sont conscients que le modèle américain qu’on essaie d’imiter est en train d’évoluer. Ce qui se passe dans ces établissements d’excellence est très bien parce que les initiatives sont développées par des acteurs. Aux Etats-Unis, c’est bien la mise en réseau de divers acteurs qui a permis l’émergence du secteur éducatif numérique. Je suis assez positif pour ce qu’il se passe en France. Le gouvernement s’implique de plus en plus dans cette révolution numérique mais il ne faudrait pas qu’il en fasse son unique apanage.

GN : Cette numérisation des contenus suffit-elle à rendre attractive l’enseignement en France ?

Il y a en France une angoisse qui émane des étudiants. Je pense que c’est lié à leur futur, et au manque de perspectives. Néanmoins, les jeunes générations d’aujourd’hui ont moins peur de l’international qu’autrefois. Parce qu’à leurs yeux, l’international représente l’opportunité. SIU est en ce sens un sésame pour les étudiants du monde entier. Nous avons les compétences pour satisfaire les exigences d’enseignement des étudiants. Nous voulons aussi leur donner un accès aux carrières professionnelles qu’ils souhaitent poursuivre.

GN : Que pourrait-on apporter de plus à l’enseignement supérieur en France pour la dynamiser ?

Aujourd’hui, un cursus universitaire se construit à partir de plusieurs éléments. A SIU et dans d’autres grandes écoles françaises, on sait qu’il faut intégrer une expérience professionnelle au cursus et qu’il faut développer les cours du soir grâce aux supports numériques pour que les étudiants puissent prendre du recul. Il y a beaucoup plus de travail en groupe et de communication entre les étudiants. On apprend aussi aux étudiants à être des leaders. A SIU, on est très sensible au développement des capacités de leadership chez les jeunes. Les entreprises avec lesquelles nous collaborons s’attendent aussi à ce que nous préparions les jeunes à être des leaders. Les supports numériques dont nous disposons aujourd’hui font partie de cette nouvelle conception de l’enseignement. Nous sommes en avance par rapport à d’autres universités mais bientôt, ce que nous faisons deviendra le minimum requis. Actuellement, nous réfléchissons aux prochaines étapes. Notre modèle est connectée à l’économie mondiale. Notre rôle est donc de préparer les jeunes à être opérationnels dans ce cadre là.

Propos recueillis par Anabelle Chaumun.

L'ACTU

Selon un sondage réalisé par Adocta pour la plate-forme d’e-learning Educadis, « 32% des Français ne perçoivent pas l’intérêt de l’e-learning par rapport à la formation « classique », et 38% le considérant comme utile seulement aux métiers tournés vers le numérique». 33% d’entre eux n’ont aucune idée de ce qu’est un MOOC. (Frenchweb.fr)

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