Parler le français est-il un avantage sur le marché de l’emploi en 2015 ?

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Les compétences linguistiques sont des éléments déterminants de la recherche d’emploi à l’international. La plupart du temps, c’est la langue parlée qui ouvre le champ des possibles tandis qu’à l’opposé, l’absence de maîtrise d’une langue étrangère limite le projet d’expatriation aux pays francophones. Entre 2010 et 2014, les offres d’emploi venant de l’étranger et proposant des postes de « francophones natifs ou bilingues » ont semblé en brusque baisse sans que je puisse trouver d’élément d’étude sur le sujet. Attribuer ceci à la seule crise ? Au recul de la francophonie ? En début d’année 2015, un méta-moteur de recherche d’offres d’emploi sur 10 pays, Adzuna.fr, diffusait un communiqué de presse avec un baromètre des langues demandées dans différents pays. L’occasion rêvée de se pencher sur cette question.

De grandes tendances en expansion

Dans ma pratique je constate que sur le fond, rien n’est bien nouveau. Dans les échanges commerciaux, la langue de travail est toujours l’anglais y compris aux Emirats ou en Asie. Conjugué à l’espagnol et au français, l’anglais permet depuis longtemps, aux responsables export et commerciaux de couvrir les trois grandes zones : anglophone, hispanophone et francophone. Par contre, la tendance s’élargit en terme de métiers concernés par le trilinguisme. Se développant à la fois au nord et au sud, des PME/ETI françaises notamment ont des besoins croissants de salariés capables de passer de l’anglais à l’espagnol tout en rendant des conclusions en français, par exemple. Les métiers concernés sont de plus en plus nombreux : gestionnaires des ressources humaines, contrôleurs de gestion, responsables marketing… Cette expansion concerne aussi les PME/ETI étrangères, bien sûr. Ainsi une société anglophone se développant à la fois dans un pays francophone et hispanophone recherchera un salarié capable de travailler en français et en espagnol tout en rendant des comptes en anglais.

Vous parlez une langue étrangère mais souhaitez travailler en France ?

adzunaC’est malheureusement… la mauvaise pioche ! Et un coup d’oeil sur le tableau d’Adzuna.fr confirme ceci en permettant de constater que seules 15% des offres d’emploi en France demandent la pratique d’une langue étrangère… ce qui est très décevant ! Surtout sachant que d’une part, la part de l’emploi à l’international est encore inférieure à ce chiffre et que d’autre part, comme le rappelle une étude d’Adecco en Espagne (lien) « 40% des salariés pour lesquels des compétences linguistiques ont été exigées, utilisent la langue demandée de façon « variable ». Ce qui permet de s’imaginer le pire ! En bref, moins de 10% des offres d’emploi vous permettront de pouvoir exercer vos talents linguistiques de façon satisfaisante sur le territoire.

 

Il n’est pas non plus inutile de constater que l’espagnol qui est la deuxième langue étudiée en France, n’est demandé que dans 0, 56% des offres françaises… alors que l’allemand est trois fois plus présent. (Sachez que 20% des offres de germanophones sont concentrées sur l’Ile de France et 20% en Alsace). Même type de constatation pour le mandarin : malgré nos velléités de développement en Chine, la pratique de cette langue est très peu demandée : à peu près autant que l’arabe et à peine plus que le polonais. Malgré tout, des langues européennes apparaissent dans le paysage de l’emploi français: danois, polonais…

Adzuna.fr propose 500 000 offres d’emploi provenant de différentes sources et il n’y a aucune raison pour que ces chiffres ne soient pas à l’image du marché de l’emploi national… Si vous parlez une langue rare (japonais) ou si vous êtes impatrié des pays d’Europe de l’Est par exemple, et cherchez un emploi nécessitant de parler russe ou polonais, vous avez, avec ce tableau, la confirmation que votre recherche est délicate…

Il est souvent question dans les médias des postes difficiles à pourvoir et non-pourvus, mais nous pourrions probablement lancer une polémique sur le fait que les talents linguistiques des Français soient non exploités par les entreprises du fait de leurs échanges insuffisants avec l’étranger ! Pour illustrer ceci, je vous propose de comparer ce tableau avec celui de la Pologne…adzuna2

En Pologne, pratiquement la moitié des offres d’emploi fait appel à une langue étrangère. Notons au passage la faible demande de la langue française par rapport à la langue allemande ce qui donne une idée de la différence des échanges entre la Pologne et la France, d’une part et la Pologne et l’Allemagne, d’autre part.

Je me permets de souligner ces points parce qu’ils illustrent ce que je constate dans ma pratique. J’ai accompagné des candidats avec de très bons niveaux de langues étrangères qui ont trouvé des emplois dans lesquels ils ne parlent plus… français ! Ce qui est d’ailleurs assez fréquent quand les candidats sont trilingues tels que « bilingue allemand et bon niveau de japonais » ou quand ils maîtrisent deux langues européennes : « bilingue polonais et bon niveau de danois ».

Vous ne parlez que l’anglais et souhaitez travailler en Europe ?

adzuna3Alors votre destination de rêve peut être le Royaume-Uni (Londres est la première destination des Français expatriés) ! Les Britanniques sont parmi les champions du monde de la méconnaissance des langues étrangères : moins de 3% des offres nécessite une compétence dans une autre langue… et le français vient en pôle position (ce qui n’est le cas qu’au Royaume-Uni). Ces chiffres signifient que les entreprises se développent dans les pays où l’on parle anglais, où les échanges se font en anglais et les entreprises étrangères qui s’installent dans le royaume, parlent anglais ! Les choses sont claires.

Dans tous les autres pays d’Europe, la connaissance de l’allemand devance celle du français. Généralement, le français n’arrive qu’en 3e position et cette langue perd régulièrement du terrain car probablement ni notre développement à l’export, ni notre accueil d’entreprises sur notre sol, ne nous permettent de faire mieux.

Pour travailler en Europe à l’heure actuelle, il vaut donc mieux pour un Français trilingue, parler l’anglais et l’allemand que l’anglais et l’espagnol.

Travailler dans le reste du monde

C’est la question à étudier soigneusement au cas par cas, que ce soit à l’aide de l’actualité, des chambres de commerce françaises et/ou de tous ceux qui auront une expertise sur ces questions car les développements sont souvent inattendus ! Qui aurait pu prédire en effet qu’en Chine, les francophones auraient le vent en poupe du fait du développement de ce pays dans les pays d’Afrique de l’Ouest (lien éducpros)? Ou encore que l’Espagne en pleine crise de l’emploi, appellerait les Français à la rescousse pour pouvoir se développer sur le Maghreb ?

L'ACTU

Avec la réforme du collège, à partir de la rentrée 2016, une seconde langue étrangère devrait être enseignée dès la classe de 5ème. Actuellement, la majorité des élèves apprennent une LV2 (langue vivante 2, ndlr) à partir de la 4ème. La LV1 sera enseignée dès le primaire. (BFMTV.com)

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