Pourquoi la carrière du conjoint compte autant que celle de l’expatrié

EMPLOI - Seules 6% des entreprises sont prêtes à financer une aide pour l'emploi du conjoint. A tort, dans la bataille mondiale pour capter les talents...

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Seule la moitié des conjoints d’expatriés réussit à trouver un emploi durant l’expatriation. Pourtant, ces femmes – elle sont largement majoritaires, sont diplômées (minimum Bac+4) et parlent au moins 3 langues, pour une grande majorité d’entre elles, d’après une étude réalisée par Expat Communication. Financée par le groupe Adeo, EDF, Saint Gobain et la Caisse des Français de l’Etranger, cette enquête sur les carrières des conjoints a généré 3668 réponses, faisant de cette étude la plus importante réalisée à ce jour en France. On y apprend par exemple que pour 69% des responsables en mobilité internationale, la question de l’emploi de l’épouse/conjointe va impacter de plus en plus les recrutements.

Les recommandations d’Expat Communication sont à lire soigneusement si vous êtes une future expatriée mais aussi si vous gérez du recrutement et des ressources humaines à l’international car certains chiffres laissent songeur… Ainsi, 80% des conjoints disent n’avoir bénéficié d’aucune aide à la recherche d’emploi sur place et seules 6% des entreprises auraient financé ce type d’aide ! A une période où les services marketing concentrent leurs efforts sur leur marque employeur, il est intéressant de regarder ce qui se fait dans le reste du monde et de quelle façon la carrière du conjoint pouvait impacter les difficultés de recrutement et/ou les échecs d’expatriation.

Les « double-carrières »

Dans son rapport 2015 sur la mobilité mondiale, Brookfield Global Relocation Services a interrogé 143 professionnels de la mobilité internationale. Ces responsables indiquent que la préoccupation des candidats concernant la carrière de leurs conjointes (employées à 59% avant le départ) peut devenir « un frein à l’embauche des meilleurs candidats » car seulement 11% d’entre elles travaillent durant l’expatriation. La carrière du conjoint constitue la deuxième cause de refus d’expatriation, soit 17% des refus (après les « raisons familiales » : 38%). Un tiers des recruteurs mondiaux rapportent que la question de l’emploi de l’épouse/conjointe a « un impact sur la capacité de leur entreprise à attirer les candidats à l’expatriation » et ils indiquent que « cette tendance va devenir croissante dans l’avenir » (69% des sondés).

Plus de la moitié des responsables de mobilité internationale confirment que les couples à « double-carrière » sont moins susceptibles de se présenter comme candidats.

Le rapport 2015 « Global Assignment Policies and Practices » de KPMG, même s’il ne donne pas de chiffre sur l’emploi des conjoints, est plus complet. Ce sondage en ligne (qui existe depuis 17 ans) donne les tendances sur la façon dont les entreprises administrent leurs ressources humaines internationales.

Alors que plus d’un tiers des expatriés partent sans leur femme (ni leur famille) et malgré des différences dans les aidées accordées, liées à la longueur des missions, la taille de l’entreprise (surtout au-delà de 500 salariés) et du secteur d’activité, plus d’un tiers des entreprises indiquent n’apporter aucune aide particulière au conjoint. Les autres entreprises apportent des aides sous diverses formes, mais seulement un quart d’entre elles proposent un financement spécifique d’aide à la recherche d’emploi ou de formation.

Enfin, si 86% des répondants indiquent que le nombre d’expatriation va rester stable et/ou augmenter (surtout en Europe : 90%), plus de la moitié d’entre eux confirment que « les couples à double carrière sont moins susceptibles de se présenter comme candidats » et un tiers pense que « la question de la double-carrière augmente les possibilités d’échec d’expatriation ».

L’épouse française VS l’américaine

Les différences de chiffres entre les études française et nord-américaine, s’expliquent probablement par la différence entre les personnes interrogées. D’un côté, les responsables des ressources humaines internationales ne sont probablement pas toujours informés des contrats précaires, temporaires, intermittents, free-lance ou des créations d’entreprise des conjoints expatriés et c’est probablement ce qui explique le chiffre très bas (11%) donné dans l’étude Brookfield.

Dans l’étude française, les conjoints disent travailler, pour la moitié d’entre eux. A moins que les femmes françaises soient particulièrement actives, ce qui n’est pas exclu non plus… Ensuite, il faudrait pouvoir affiner les résultats pour savoir ce que le quart d’entreprises signifient par « financement à la recherche d’emploi dans le pays hôte », alors que dans l’étude française, les conjoints disent avoir été financés à hauteur de 6%. Mais quoiqu’il en soit et dans le meilleur des cas, seulement le quart des entreprises se penchent sur le sujet de la recherche d’emploi et de la formation des conjoints… Et ce point est intéressant à soulever parce que ces mêmes entreprises sont presque deux fois plus nombreuses à se préoccuper de l’apprentissage de la langue du pays hôte et de la question interculturelle.

Si la préparation au départ semble entrer dans les mœurs, la recherche d’emploi du conjoint fait figure de parent pauvre dans les aides apportées. La première question qui vient à l’esprit est alors : pourquoi ?…

Des femmes de réseaux

Malgré cela, les femmes d’expatriés font preuve d’une étonnante vitalité. Elles communiquent via des blogs dont beaucoup sont de précieuses sources de renseignements sur leur pays d’accueil, se regroupent en réseaux et sont de plus en plus nombreuses à devenir entrepreneures sur le web. Un web qui pourrait aussi leur apporter de la formation à la recherche d’emploi et du coaching en ligne ! Des réseaux qui, avec un peu de moyens, pourraient se structurer de façon efficace afin d’aider concrètement celles qui arrivent ! La création d’un statut spécifique de conjoint d’expatrié qui est l’une des recommandations d’Expat Communication, outre le fait de simplifier considérablement la question, permettrait aussi aux femmes qui partent en mission à l’étranger d’être suivies par leur conjoint… car pour l’instant, les chiffres sont clairs : la plupart partent seules.. !

Il est donc question à terme, avec ce type de statut, de favoriser aussi l’égalité des chances dans l’emploi. Il est certain que ces mesures (aides à la recherche d’emploi et coaching en ligne, de visu et au retour, statut) sont coûteuses pour les entreprises mais à une période où de plus en plus de candidats mettent l’expatriation dans leurs vœux, elles sont des instruments susceptibles de favoriser les recrutements tout en renforçant la marque employeur des sociétés.

 

Crédits: Windell Oskay Suivre, The Astronaut Twins.

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