France Télévisions doit-il suivre le même régime que la BBC?

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Avec l’émergence des supports numériques tels que les tablettes et autres Smartphones, ainsi qu’une concurrence accrue de la Télévision numérique terrestre (TNT), les grandes chaines nationales peinent à maintenir des recettes publicitaires aussi élevées qu’au début du millénaire.

  • France Télévisions : le consommateur paiera
  • Les dérives d’une gestion peu efficace
  • La BBC relève les défis qui lui sont posés

Seul le Groupe TF1 a réussi à conserver des revenus issus de la publicité équivalents à l’année 2013, en partie grâce à la Coupe du Monde de 2014, un évènement très rentable de ce point de vue. Plus généralement, le chiffre d’affaires du secteur des télécommunications s’est contracté de 6,5 % entre 2010 et 2013. Dans ce contexte dégradé, l’Etat cherche à renflouer une télévision publique de plus en plus déficitaire. Cette année encore, les pertes prévues s’élèvent à 10 millions d’euros, au lieu des 5 millions préalablement annoncés. Et la nouvelle direction du groupe public s’attend à une perte de 50 millions d’euros en 2016.

France Télévisions : le consommateur paiera

Pour combler ce manque à gagner, la redevance audiovisuelle sera augmentée de 1 euro, passant de 136 à 137 euros par an, au lieu des 140 euros initialement prévus. Après quelques semaines de réflexion, cette même redevance ne sera pas étendue aux supports numériques tels que les tablettes ou les Smartphones. De même, le rétablissement de la publicité après 20 heures reste exclu. Pourtant, cette décision coûte chère à l’Etat, plus de 745 millions d’euros entre 2009 et 2013, comme l’indique le tableau ci-dessous.

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En 2013, l’Etat a perçu 203 millions d’euros de recettes mais a distribué 255,9 millions d’euros pour le fonctionnement de France Télévisions. Il a donc un manque à gagner de 52,9 millions d’euros.

La décision a été prise d’augmenter la taxe « télécoms », dite taxe Copé. L’objectif est de porter son taux à 1,2 % du chiffre d’affaires (au-delà de 5 millions d’euros) des opérateurs télécoms, contre 0,9 % actuellement. Cette décision pourrait rapporter 78 millions d’euros supplémentaires à l’Etat. Cependant, cette opération est risquée, car elle réduirait d’autant les marges des opérateurs dans un contexte économique difficile et très concurrentiel. Certains investissements, comme dans la 4G, pourraient être gelés. Ou encore, les entreprises du secteur pourraient répercuter leurs prix sur les forfaits téléphone. La hausse de la taxe Copé sera de toute façon répercutée, de manière indirecte ou non, sur les consommateurs ! L’Etat pensait qu’en n’augmentant légèrement la redevance et en ne taxant pas d’autres appareils les Français ne se sentiraient pas directement visés alors qu’ils vont subir indirectement les conséquences d’une mauvaises gestion des ressources chez France Télévisions !

Les dérives d’une gestion peu efficace

L’objectif, le contenu et le mode d’élaboration des contrats d’objectifs et de moyens (COM) entre l’État et les entreprises de l’audiovisuel public sont prévus par l’article 53 de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication. Ces COM ont notamment pour but de préciser l’affectation des ressources, d’anticiper les coûts de fonctionnement et les recettes attendues, et de proposer des axes d’amélioration de la gestion. Le dernier COM a été conclu en 2011, mais a très vite été jugé «insincère» par les membres du comité d’information sur l’audiovisuel public de l’Assemblée nationale. D’ailleurs, l’écart entre les COM et la réalité n’a fait que se creuser. En 2014, cette différence est évaluée à 124 M€, soit 4,4 % du chiffre d’affaires de France Télévisions.

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Pourtant, toute la stratégie est mise en place en fonction de ces COM. Aussi, les obligations en matière de bonne gestion de Frances Télévisions ne sont pas tenues. Un rapport d’information de l’Assemblée nationale notait en 2013 qu’«il est impossible de chiffrer les économies déjà réalisées ou celles qui pourront l’être dans les prochaines années par l’entreprise commune. France Télévisions ne s’est fixé aucun objectif précis d’économies et ne communique aucune donnée en la matière.»

Il semble que France Télévisions ne réalise que maintenant l’ampleur des efforts que le Groupe devra faire pour atteindre ses objectifs de réduction de ses déficits successifs. Ainsi, le rapport annuel 2014 du Groupe décrivait l’urgence de la situation.

France Télévisions doit participer, à la demande des pouvoirs publics, à l’effort général de diminution des déficits publics de l’Etat à travers une réduction très importante de la ressource budgétaire destinée à compenser l’arrêt de la publicité, qui n’est pas compensée par l’évolution de la contribution à l’audiovisuel public. Dans ce contexte, France Télévisions s’engage dans un plan d’économies sans précédent qui doit conduire à réduire les dépenses de près de 300 millions d’euros par rapport aux prévisions initiales d’ici à 2015. Parmi les leviers de ce plan d’économies figure la nécessaire baisse des effectifs, reposant notamment sur la mise en œuvre d’un plan de départs volontaires. Le plan de départs volontaires est en cours de mise en œuvre : les candidatures ont été reçues, et une commission de suivi est mise en place afin de valider l’éligibilité des demandes formulées. Au 31 décembre 2014, 66 départs sont effectifs dans le cadre de ce plan, et 274 autres départs doivent avoir lieu en 2015. »

Autrement dit, puisque l’Etat ne souhaite pas revoir à la hausse les taxes permettant le financement du Groupe, France Télévisions va devoir faire des efforts budgétaires, notamment en termes de politiques salariales. Elle devra suivre l’exemple de la BBC qui entre 2013 et 2014 a réduit ses coûts de fonctionnement de 170 M£, soit 3,2 % de son chiffre d’affaires. Tandis que France Télévisions a vu ses coûts augmenter de 89 M€ sur la même période.

La BBC relève les défis qui lui sont posés

France Télévisions ne semble pas avoir compris que cette entreprise, publique ou non, évolue dans un environnement hautement concurrentiel. Le Groupe ne respecte pas ses engagements. En 10 ans, le nombre d’employés y est resté stable, tandis qu’il a diminué de 11,6 % à la BBC. Les charges du personnel sont d’ailleurs beaucoup élevées à France Télévisions qu’ailleurs. Elles sont près de deux fois supérieures à celles du Groupe M6, et l’on note 10 points de pourcentage de différence entre la part de ces charges dans le chiffre d’affaires de la BBC et celle constatée chez France Télévisions. Ainsi, le groupe public français réaliserait une économie de 280 millions d’euros si la part des charges du personnel par rapport au chiffre d’affaire était identique à celle de la BBC.

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En termes de productivité, les activités commerciales de la BBC lui rapportent 1,3 milliard d’euros, contre 474 millions d’euros pour France Télévisions, 540 millions d’euros si l’on tient compte des recettes commerciales de Radio France, dans la mesure où le budget de la BBC inclut également l’activité de ses chaines radiophoniques. On peut ainsi déterminer la productivité par employé. Elle est plus 1,5 fois plus élevée à la BBC, soit 63 000 euros par employé, contre 44 500 euros à France Télévisions. Et ce chiffre tombe à 36 100 euros si l’on prend en compte les activités commerciales de Radio France. De manière générale, il y a beaucoup plus de cadres à France Télévisions qu’à la BBC, ce qui tend à accroitre la charge salariale de celle-ci.

Mieux, la BBC réalise ce chiffre d’affaire grâce à des activités commerciales et non pas avec la publicité, qui y est inexistante. Il vrai que les programmes de langue anglaise sont probablement plus faciles à vendre à l’international, surtout lorsqu’il s’agit de programmes d’information. Néanmoins, le récent succès de séries télévisées de la BBC démontre aussi la qualité de ses programmes.

Cette politique salariale douteuse, doublée d’une mauvaise anticipation de l’essor d’Internet, a conduit France Télévisions à cumuler dettes et déficits. Tandis que la BBC enregistre régulièrement des bénéfices, 154 millions de livres (185 millions d’euros) en 2014. En réalité, les sources de revenus de la BBC sont mieux réparties, mais également mieux gérées.

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La stratégie de court-terme de France Télévisions qui consiste à taxer les téléspectateurs pour renflouer ses caisses n’est pas viable. La nouvelle présidente du Groupe, au lieu de demander « fromage et dessert » ferait bien de s’inspirer des choix faits Outre-manche. La BBC s’est réorganisée autour d’une gestion saine et d’une ambition internationale, lui permettant d’être une entreprise publique performante et d’attirer de nombreux téléspectateurs.

Par Manon Boone, étudiante en deuxième année de master en études européennes à l’Institut d’Etudes Européennes (IEE) de l’Université Libre de Bruxelles (ULB) en finalité Economie et Lucas Léger, Chargé de mission à l’IREF, Lucas Léger est diplômé des Universités de Hambourg et Rotterdam en analyse économique du droit.

Article originellement publié sur le site de l’IREF (Institut de Recherches Economiques et Fiscales).

L'ACTU

L'Assemblée nationale a voté lundi 19 octobre au soir une augmentation de taxes au bénéfice de l'audiovisuel public, notamment de France Télévisions, assortie d'une extinction à venir de sa dotation budgétaire, dans le projet de budget de l'Etat pour 2016. (Challenges.fr)

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