« Nous passons d’une mondialisation qui privilégiait l’uniformité à une diversité qui enrichit »

COMPRENDRE - Et si l'accélération des échanges entre les individus était en train de faire naître une nouvelle culture de l'ouverture? Exrait du livre de Niels Planel "Un autre souffle au monde".

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Aujourd’hui, parmi les 7 milliards d’individus qui forment l’humanité, il y a presque autant de téléphones portables, environ 2 milliards et demi d’internautes échangeant deux mille cinq cents quadrilliards de bytes au quotidien (1), près d’un milliard de touristes ayant parcouru le globe en 2013, 700 millions de personnes ayant franchi les portes d’un magasin Ikea en 2012, 640 millions d’individus désireux de migrer de manière permanente (soit près d’un humain sur dix (2)), environ 215 millions d’immigrés (qui formeraient, s’ils étaient réunis, le 5e pays le plus peuplé au monde), 4 millions d’étudiants internationaux, un million de kilomètres de câbles sous-marins par lesquels transite l’ensemble de nos données, 87 000 vols commerciaux sillonnant chaque jour le ciel de la planète (3), un peu moins de 9 milliards de tonnes de biens déchargés dans les ports par une flotte maritime mondiale elle-même estimée à près de 100 000 navires, et près de 3 000 satellites en orbite autour du globe. C’est bien ainsi que les idées, les services, les marchandises et les êtres circulent, phénomène qui porte le nom de mondialisation.

Cette lente et implacable poussée a toujours existé. Si l’historien Fernand Braudel voit la mondialisation prendre son essor avec les grandes navigations du XVe siècle, l’on pourrait aisément défendre la thèse selon laquelle l’homme a spontanément eu en lui l’idée de la mondialité depuis la nuit des temps. Ainsi, si les Phéniciens en avaient eu les moyens techniques, n’auraient-ils vendu leurs amphores aux Chinois ? Quelques siècles après leur déclin, l’on trouvera même des traces de commerce entre l’empire du Milieu et Rome. Cette pro-pension à l’échange semble innée en l’homme. Ainsi, même le Japon d’Edo (1603-1868), perdu à l’autre bout du globe et fermé au reste du monde et à ses influences, pouvait, par l’intermédiaire d’un comptoir hollandais, obtenir des livres et des objets d’Europe. Un lettré ou un savant pouvaient passer commande de quelques exemplaires dont ils avaient entendu parler et les obtenir un ou deux ans plus tard.

Aujourd’hui, avec Amazon.com, ces mêmes ouvrages à l’autre bout du monde nous parviennent en quelques jours à peine. Par train, avion ou, surtout, bateau (4), les marchandises sillonnent la terre, la mer et l’éther pour venir auprès de nous. Et les individus ont, eux aussi, voyagé depuis l’aube de l’humanité, et avec eux se sont répandues les idées, les croyances et les techniques. La caractéristique nouvelle de notre mondialisation, c’est pourtant bien ses dimensions – l’accélération du temps et la multiplication du volume des échanges, toutes deux facilitées par les technologies, le tout aboutissant à une interdépendance accrue, voire totale. Jadis, en cette époque où le cheval ou le bateau marquaient la mesure du temps de l’échange, que m’importait, si j’étais un paysan français, que l’économie chinoise se porte bien ou mal – et vice versa ? Mais de nos jours, ce qui se passe en un point de la planète nous affecte tous, pour le meilleur et pour le pire. Cette interdépendance absolue constitue la civilisation-monde (5).

livre-niels-planelAujourd’hui, surtout pour les générations les plus jeunes qui y seront pleinement confrontées, les défis de cette interdépendance fondent, volens nolens, une communauté de destin. Entendons-nous : même si je la trouve sympathique, je ne crois guère à une conception romantique du citoyen du monde, trop subjective pour faire plier la réalité, pour avoir prise sur la politique. Par ailleurs, comme l’explique avec talent l’économiste Branko Milanovic (6), la fameuse union des travailleurs prônée par Karl Marx ne pouvait elle-même être viable bien longtemps, si elle n’était pas caduque à peine énoncée : les inégalités entre les nations industrialisées et les autres enrayèrent bien vite toute chance de solidarité entre les exploités de l’Occident et les autres tant leurs conditions différèrent rapidement. De nos jours, par contraste, les enjeux liés à l’environnement, à l’alimentation et à l’exploitation des terres, à l’urbanisation, à l’énergie et au nucléaire, au terrorisme, à la criminalité transnationale, à la fiscalité et aux inégalités, à la santé et aux virus, à la cybersécurité, aux réglementations touchant Internet, à l’encadrement de l’industrie financière, au commerce, à l’eau, aux migrations, j’en passe – et les réponses qu’ils appellent – nous affectent tous et exigent un sursaut collectif, d’autant que les marchés ont clairement montré qu’ils ne pouvaient traiter ces problèmes au cours de la phase qui vient de s’achever. Et à la différence de 1914-1918 puis de la crise de 1929, qui ont mis fin à une autre phase intense de la mondialisation, même une guerre mondiale interromprait difficilement ce nouveau cosmopolitisme, qui repose avant tout sur l’essor prodigieux des technologies : à moins de faire disparaître les avions, les antennes de télévision, les satellites, les antennes-relais pour téléphones portables, les porte-conteneurs, les câbles sous-marins et les ordinateurs, les infrastructures de la civilisation-monde, on voit mal comment l’information, les idées, les biens et les individus cesseraient de circuler à travers le monde, comment serait démantelée cette imbrication globale. Quant à une crise économique majeure, celle de 2008 nous a montré qu’elle n’avait pas freiné le phénomène – au contraire.

De telle sorte que la frontière est devenue une véritable ligne Maginot de la mondialisation, à laquelle seuls des États-nations réformés en profondeur pourraient redonner du sens. Aussi, si chacun cherche à jouer des coudes pour faire prévaloir ses intérêts, tous commencent études, reportages, réflexions peu à peu à réaliser que les grands défis du XXIe siècle ne seront relevés qu’en œuvrant de concert sous un même ciel étoilé. Ainsi émerge bien une conscience collective indissociable de la civilisation-monde, qui nous intime de maîtriser ensemble ces phénomènes, au risque de mettre en péril notre survie en cas contraire.

Comment la civilisation-monde touche chacun et affecte la nature humaine. Il est d’autres aspects anciens à la mondialisation, et encore d’autres, plus neufs. Braudel évoquait déjà, parmi tant d’autres, cet ancien marin de la Compagnie des Indes, Mahé de la Bourdonnais, devenu marchand aventurier dans la première moitié du XVIIIe siècle ; il écrivait à son sujet : « Le monde, pour les grands voyageurs comme lui, est en train de devenir un village où tout un chacun se connaît. (7) » Marx lui-même a, dans son œuvre magistrale, analysé bien des aspects de cette réalité que nous tenons pour sans précédent. Et au XXe siècle, John Maynard Keynes décrivait ce financier qui, sans quitter son lit, passait des ordres d’achat à travers le monde suspendu à son téléphone. C’était au début du siècle le privilège d’une poignée d’individus que d’avoir accès à ces technologies, de l’avion au téléphone, qui étaient si chères.

Un nouvel homme mondialisé

Désormais, il ne s’agit plus seulement de cadres supérieurs ou d’élites richissimes : la sociologue Saskia Sassen note que responsables gouvernementaux, activistes globaux et travailleurs à bas salaires font partie de ces nouvelles cohortes transnationales (8). Je trouve même la liste réductrice: quand le bout du monde se trouve à moins de vingt-quatre heures d’avion et d’un millier d’euros, il est virtuellement à la portée de tous, y compris des plus modestes, qui parviennent à économiser ces sommes au prix d’efforts intenses. Il y a d’ailleurs presque autant d’individus migrant d’un pays du Sud à l’autre que vers une contrée du Nord. Favorisant la circulation des savoirs, les vidéoconférences connaissent aussi un essor dans les pays les plus pauvres, de l’Afghanistan au Salvador en passant par le Burkina Faso. Comme le financier de Keynes naguère, un fermier kényan peut désormais transférer de l’argent par téléphone portable sans quitter son lit d’herbe. Et la classe moyenne devient de plus en plus cosmopolite : voyager n’est plus nécessairement un privilège, à en juger par le milliard de touristes qui ont sillonné le monde en 2013. Les conditions mêmes du voyage ont changé : dans la quarantaine de pays que j’ai pu visiter, je n’ai jamais été sérieusement malade, alors qu’il y a un siècle, voir autant de contrées eût pu coûter la vie.

Mais c’est notre nature elle-même qui est en train de changer en profondeur. À un étage encore discret d’une mondialisation au beau visage apaisé, se loge en effet cette classe insolite d’individus résidant à l’étranger ou voyageant chaque année grâce à leurs études, à leur métier, par amour ou pour une passion, accumulant les miles, se retrouvant autour d’une langue commune comme l’anglais, le français ou l’espagnol, connaissant les différents fuseaux horaires comme les divers taux de change des principales monnaies par cœur, et dont les repères sont souvent les mêmes, indépendamment de leurs origines. Il s’agit de personnes qui se croisent dans un avion et qui échangent des adresses d’un café jazz à New York, des titres d’ouvrages à lire sur l’Afrique, d’un site à visiter dans le sud de l’Italie, et qui approfondissent ce faisant leur intelligence du monde. C’est un Français et un Espagnol qui discutent de l’opportunité d’étudier à Londres dans un restaurant à Tokyo. Il ne s’agit plus d’une humanité inculte qui a mal digéré la mondialisation mais, tout au contraire, d’enfants de la génération iPad qui, certes, disposent d’un contenant (ou produit) fabriqué grâce à la mondialisation économique – conçu par Apple et produit dans une usine en Chine –, mais échangent des contenus (ou écorces) de culture comme des chants aïnous, des musiques de film brésiliennes ou du jazz yougoslave. Cette classe d’hommes et de femmes, quoique encore largement minoritaire à l’échelle du globe, devient réellement cosmopolite, et ne voit dans les frontières ou les visas que des formalités administratives à remplir. Arts, cultures, coutumes, langues, ils brassent, entremêlent, abolissent et trouvent à s’élever à l’étage élégant d’une humanité simple et joyeuse. Nous passons grâce à eux d’une mondialisation qui privilégiait l’uniformité qui lèse à une mondialité qui s’énamoure de la diversité qui enrichit.

Davantage encore, de plus en plus nombreux sommes-nous à naître dans un pays, grandir dans un autre, étudier dans un troisième, travailler ailleurs encore, pour prendre, enfin, notre retraite sous un ciel plus clément. Alors, qui suis-je ? D’où viens-je ? De plus en plus d’entre nous se posent ces questions si simples mais également de plus en plus complexes ; la mondialisation génère de plus en plus de distorsions du « moi » sur les plans linguistique, religieux, national, citoyen, économique, professionnel, sentimental.

Ainsi que des baobabs, leurs racines ne sont plus prisonnières d’une terre mais étreignent les cieux. Eux qui sont trop à l’étroit dans le cuir rétréci d’une seule identité forment une nouvelle race de métis culturels et vivent dans un monde désormais sans rivages. La tolérance est leur qualité première, sans qu’elle signifie pour eux le relativisme, d’autant que le cosmopolitisme n’a jamais exclu l’appartenance à une communauté plus restreinte reposant sur le hasard de la naissance, mais implique une appartenance supplémentaire à une communauté universelle. C’est ce qui leur permet de s’investir avec fougue et passion au niveau local, sachant que leurs actions contribuent aussi à la marche du monde. De la même façon que l’on peut parler plusieurs langues sans que cela affecte la maîtrise de notre langue natale, l’on peut être le dépositaire de plusieurs cultures, de plusieurs identités, sans que l’une souffre à cause des autres.

Au contraire, apprendre une autre langue suppose l’altérité et renforce souvent la maîtrise de notre propre grammaire ; le fait d’avoir plusieurs identités en soi permet de mieux saisir l’essence de chacune d’entre elles. Dans ce contexte, c’est la narration du soi et la connaissance de ses racines qui prévalent et composent l’identité de ces baobabs. Pour ces hommes et femmes évoquant une humanité future, le passeport, plus qu’aucune autre pièce d’identité, est le saint graal.

Pour eux, discuter avec un ami proche se fait sur Skype en tenant compte du décalage horaire, et la conversation elle-même peut se dérouler en deux, voire trois langues différentes, selon ce qui est le plus aisé pour exprimer avec nuance tel ou tel sentiment. Leur vie est faite de déménagements successifs, et rester quelques années au même endroit est un exploit qui les marque durablement. Dans leurs portefeuilles, la carte d’une compagnie aérienne jouxte celle du métro, et acheter en ligne un billet d’avion au rabais est devenu aussi facile que de recharger son abonnement de transport. Les albums photo sont des collections d’amis de toutes les nationalités, répartis dans toutes les régions du monde. Ils connaissent ces dernières parfois mieux que leur pays de naissance.

Les défis de la civilisation-monde

Mais la civilisation-monde présente, pour les individus, des défis qui vont au-delà même de leur identité. Combien de fois ai-je vu, de Washington à Tokyo, des couples détruits par l’aliénante distance et le déchirement auxquels les vouent leurs études ou leurs carrières ? Quels cimetières sentimentaux sont-ils devenus dans certains cas ? Pour ces baobabs, il est tant d’autres problèmes. Payer les impôts, la plus élémentaire des responsabilités, certes, mais où, dans quelle proportion, et selon quelles règles ? Si celui sur les revenus paraît assez évident, d’autres situations sont moins claires. Qu’on juge simplement des nouvelles activités, menées par mail ou Internet et posant des enjeux légaux d’une grande complexité, car virtuelles, détachées de tout lieu physique.

Comment les taxer, quand on peut travailler au cours d’un même mois à Paris, à Singapour, en Afrique du Sud, à Washington et au cœur de la Bourgogne, sans rien dire des lounges d’aéroport ? Et dans bien des cas, que faire de la protection sociale, qui ne s’étend pas toujours à ces baobabs en dépit des impôts payés ici ou là ? Pour eux, il n’est guère non plus, voire très rarement, de couverture maladie, d’assurance chômage ou de congés payés, perdus que nous sommes dans le chantier de cet État-providence universel minimal qui devra bien naître un jour sous une forme ou une autre pour fournir des services de base sous la pression accrue des transhumances.

Alors, en attendant, il faut puiser dans ses économies, avoir constamment une épargne conséquente pour pouvoir faire face à l’imprévu (tout en continuant pour beaucoup de caresser le rêve d’acquérir un pied-à-terre quelque part). Et pour protéger cette épargne, il faut enchaîner les petites missions à côté de ses activités principales, histoire de pouvoir s’acheter un billet d’avion et de payer par exemple les frais d’inscription pour un nouveau diplôme – à ses frais bien sûr –, sésame indispensable pour grimper les échelons professionnels. Enfin, il faut souvent faire face à cette amère illusion du voyage : croire que l’on attend quelque part le retour de l’enfant prodigue, de celui qui s’en est allé, quand la vie a simplement poursuivi son cours.

Les enfants de culture tierce

Si toutes les générations antérieures ont pu voyager à des degrés divers, beaucoup l’ont fait à partir de l’âge adulte, une fois leur conscience et leur logique formées. Or nous sommes désormais de plus en plus nombreux à voyager depuis un jeune âge, et notre intériorité est un composite des multiples extériorités qui ont imprégné notre expérience. Ceux qui sont dans cette situation ont de fortes chances d’être des « enfants de culture tierce » (third culture kids, ou TCK), des individus qui ont fait leur propre synthèse des cultures auxquelles ils ont été exposés de manière significative durant leur enfance ou leur adolescence, hors de la culture d’origine des parents.

Les sociologues David Pollock et Ruth Van Reken ont consacré un ouvrage à ces « prototypes des citoyens du futur » (9). Pour ces derniers, la diversité des amis est une norme. Ils tissent aisément des liens avec toutes les cultures, sans appartenir à aucune d’elles. Ils considèrent les relations humaines comme primordiales et s’identi-
fient parfaitement aux autres enfants de culture tierce, qu’ils traitent avec une hospitalité sans borne. Les questions locales peuvent leur paraître d’un ennui mortel, surtout par rapport aux grands problèmes mondiaux qui intéressent les TCK, et ils s’imposent un mutisme total quand ils comprennent que personne ne pourra saisir la diversité des expériences qui constituent leur vie. Leur vue du monde est large et expansive ; ils savent qu’il est plusieurs manières de voir les choses, tant et si bien qu’ils s’intéressent d’abord à la personne en soi, puis, éventuellement, à son origine ou son statut économique. Des caté- gories à leurs yeux simplistes comme l’identité, la nationalité, la race ou l’ethnicité ne tiennent plus face à la complexité des identités intériorisées que se sont constituées naturellement ces enfants de culture tierce. Ils peuvent avoir le sentiment de n’être de nulle part tout en ayant cette capacité à être des caméléons culturels partout. Marqués par une envie chronique de bouger, ils sont confrontés à des pays qui changent constamment en leur absence, et qui font d’eux des étrangers même lorsque ils retournent sous des cieux familiers. Frappés par le déracinement et l’impatience, ils tiennent peu en place, d’autant plus que la mobilité est une norme pour eux.

Enfin, de plus en plus d’enfants de culture tierce naissent dans des familles mixtes où s’entremêlent les langues et les traditions. La vie de ceux qui passent d’un fuseau horaire ou d’un aéroport à un autre, jouissant du fait d’être constamment en mouvement, est d’une richesse inégalée. Mais Pollock et Van Reken mentionnent aussi leurs « dénis auto-protecteurs » (self-protective denials), leur aptitude à nier tristesse ou chagrin, confrontés comme ils le sont à des départs brutaux, laissant amis et souvenirs derrière eux. Car ils ont les mêmes besoins que les autres individus, aimer et être aimés ou trouver un sens à la vie. D’où l’importance pour eux des cérémonies de reconnaissance, pour faire le deuil des réalités laissées derrière soi. Ils peuvent parfois penser que le fait que quelqu’un tombe amoureux d’eux relève pratiquement du miracle, tant ils sont peu habitués à l’idée qu’une personne puisse désirer rester à leur côté l’espace d’une vie, et la peur de perdre l’ami ou l’amant les rend prompts à ne guère partager leurs vues et leurs sentiments, de peur de souffrir profondément de la perte possible de cette relation. D’où, également, la peur pour eux de s’investir com-
plètement dans des relations, de s’attacher. Il en résulte un rapport aux relations humaines qui est celui de personnes qui ont beaucoup souffert et ne veulent souvent plus faire l’expérience de l’attachement, par crainte de perdre les êtres aimés, tout comme ils éprouvent occasionnellement, en eux, l’angoisse sourde de devoir recommencer de zéro, de devoir rebâtir des empires.

Et ils le savent bien : ils peuvent paraître non patriotes aux yeux de leurs concitoyens, voire arrogants, et connaissent aussi la honte de ne savoir que peu de choses au sujet de leur pays d’origine, à force d’avoir études, reportages, réflexions appris des tas de choses sur le reste du monde. C’est même parfois une lutte de tous les instants pour rattraper ces notions qu’ils auraient dû apprendre dans les maternelles, et qui leur échapperont pourtant à jamais, ce qui contraint nombre d’entre eux à se tenir perpétuellement sur leurs gardes et à changer d’identité en passant d’un pays à un autre. Pour autant, les technologies leur permettent aujourd’hui de combler leurs lacunes et de rester au fait de ce qui se passe au pays. Et le plus célèbre des enfants de culture tierce n’est-il pas Barack Obama, fils d’un Kényan et d’une Américaine ayant grandi en Indonésie pour finalement devenir le plus patriote des Américains ?

Tels des baobabs, leurs racines mises à nu, ils évoquent l’humanité d’hier autant qu’ils annoncent celle de demain. Cet article est adapté d’un chapitre d’un manuscrit en cours d’écriture.

Extrait du chapitre : Citoyens de la civilisation-monde (Un autre souffle au monde, Niels Planel.)

Notes:

1. « How the US use technology to mine more data more quickly », The New York Times, 8 juin 2013.

2. « 150 million adults worldwide would migrate to the US », sondage de l’institut Gallup du 20 avril 2012.

3. Selon l’International Air Transport Association, le transport aérien contribue à 2 % des émissions de CO2

4. 90 % du commerce mondial se fait par voie maritime. On estime par ailleurs que les quinze plus gros porte-conteneurs au monde, pour ne rien dire des autres, ont relâché autant de produits chimiques que les 760 millions de véhicules en circulation sur la planète en 2009. Sur ce dernier point, voir « Health risks of shipping pollution have been “underestimated” », The Guardian, 9 avril 2009. Il est à l’évidence urgent de créer des porte-conteneurs « verts ».

5. J’utilise cette acception dans un sens plus étendu que Braudel qui, pour sa part, faisait référence à une unité occidentale en évoquant « […] l’expansion de l’art roman et de l’art gothique qui, l’un et l’autre, les exceptions confirmant la règle, témoignent en faveur d’une unité culturelle croissante de l’Occident – au vrai, une culture-monde, une civilisation-monde ». Cf. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, tome III, Le Livre de poche, 1993, p. 68.

6. Branko Milanovic, « Global inequality: From class to location, from proletarians to migrants », Global Policy, vol. 3, n° 2, mai 2012.

7. Cf. Fernand Braudel, Civilisation matérielle, économie et capitalisme, op. cit., p. 158-159.

8. Saskia Sassen, Critique de l’Etat. Territoire, autorité et droits, de l’époque médiévale à nos jours, Demopolis, 2009, p. 246.

9. David C. Pollock et Ruth E. Van Reken, Third Culture Kids – Growing Up Among Worlds, Nicholas Brealey Publishing, Boston, 2009, p. xiii.. Cf. « Fact sheet: Climate change », juin 2013.

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