« Le Front National n’a pas de solutions aux défis du 21e siècle »

COMPRENDRE - Consultant international et auteur, Niels Planel défend l'idée d'une mondialisation ouverte sur le monde.

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Niels Planel vient de publier les bonnes feuilles sur Globaliz de Un autre souffle au monde (Le Bord de l’eau, 2015)

 

Etat fort, frontières impénétrables, ordre, protection d’un peuple de préférence homogène, louanges aux travailleurs menacés par le grand capital et appel à bâtir une patrie vent debout face aux influences extérieures : que n’entend-on ces beaux messages d’un Front National (FN) dé-diabolisé non sans la complicité de médias et de «déclinistes» en quête d’idées simplistes? Voilà les solutions à la mondialisation, au terrorisme, au chômage !

Mais j’ai un scoop pour vous : rien de tout cela n’est adapté au monde qui est désormais le nôtre. Aujourd’hui, parmi les 7 milliards d’individus qui forment l’humanité, il y a plus de téléphones portables que d’humains, environ 2 milliards et demi d’internautes échangeant plus de deux mille cinq cents quadrilliards de bytes au quotidien, près d’un milliard de touristes, 700 millions d’hommes et de femmes ayant franchi les portes d’une enseigne Ikea en 2012, 640 millions d’individus désireux de migrer de manière permanente, 230 millions d’immigrés (qui formeraient, s’ils étaient réunis, le 5e pays le plus peuplé au monde), 4 millions d’étudiants internationaux, un million de kilomètres de câbles sous-marins par lesquels transitent nos données, plus de 85 000 vols commerciaux sillonnant chaque jour le ciel de la planète, près de 9 milliards de tonnes de biens déchargés dans les ports par une flotte maritime mondiale elle-même estimée à 100 000 navires, et près de 3 000 satellites en orbite autour du globe.

C’est bien ainsi que les idées, les services, les marchandises circulent et c’est pour cela que nous sommes interdépendants et interconnectés. Et c’est cela, la mondialisation, ce train furieux qu’il faut, nolens volens, prendre en marche au risque de rester à jamais sur le quai de l’Histoire.

Mais que propose le FN ? Fermer la frontière, cette ligne Maginot de la mondialisation, comme si le virus Ebola, un iPhone, un typhon ou un tweet avaient besoin d’un visa pour se mouvoir d’un coin du globe à l’autre. Quelle incompréhension du monde dans lequel on vit !

Allons plus loin : près de trois milliards de Chinois, d’Américains, d’Allemands, de Japonais et d’Indiens se battent avec acharnement chaque jour de l’année pour obtenir des parts de marché, assembler des voitures, manufacturer des vêtements, fabriquer des panneaux solaires, proposer des services, investir et former à Boston les ingénieurs et les hommes d’affaires de demain, et l’on voudrait nous faire croire en France que le chômage et la précarité sont dus à une poignée de Roms un jour, au dieu pas très chrétien que l’on prie dans quelques chaumières le lendemain, ou aux réfugiés le surlendemain ?

Quant aux fractures creusées par les héritiers, quel délice de les entendre dénoncées par le FN, alors que la famille Le Pen préserve une main mise pas très méritocratique sur l’entreprise familiale, de père en fille en petite-fille, écartant toute rivalité interne. Autant pour les critiques du «système». Pour autant, il est vrai que le FN a réussi sa «normalisation» : là comme dans les autres partis, les cumulards sont innombrables et le débat d’idées n’y a pas sa place.

Alors, que faire ? D’abord, prendre conscience que le FN ne prospère qu’avec les crises mais que ses «solutions» ne peuvent que les aggraver et mener la France à prendre la pire des trajectoires. Non, ruiner un grand pays n’arrive pas comme ça. Cela prend du temps : un pays comme l’Argentine, l’un des dix plus riches il y a 100 ans, loin derrière depuis, a mis des décennies avant de perdre son rang. Mais c’est bien cette pente idéologiquement savonneuse sur laquelle nous entraîne le FN et qui gangrène les esprits qu’il faut redouter. Il est donc vital qu’une vision du monde réaliste soit proposée et débattue avec les citoyens.

Ensuite, il faut expliquer que, dans un monde ouvert, il faut armer chaque citoyen pour qu’il puisse lutter à son échelle contre les forces de la mondialisation. Comme le note l’économiste Robert Reich:

Dans une économie mondialisée, le capital va là où il peut faire les meilleures affaires sur le globe. Cela signifie que le capital et les emplois vont vers les pays qui peuvent promettre d’importants rendements, soit parce que la main-d’œuvre est peu chère et les taxes et la réglementation limitées, ou soit parce que la main-d’œuvre est hautement productive – éduquée, en bonne santé et soutenue par des infrastructures modernes ».

Alors qu’il va, selon McKinsey, y avoir, sur le marché du travail des pays riches et de la Chine, un déficit de 40 millions de travailleurs éduqués sur les prochaines années mais un surplus de 90 millions de travailleurs peu qualifiés par rapport aux besoins des employeurs, offrir aux Français une qualification du supérieur est un impératif comme une promesse de succès dans le monde qui vient. Mais les diplômes ne sont pas tout : en l’absence de débouchés réels, les Français continueront à partir à l’étranger chercher les opportunités qu’on leur dénie ici. Une réforme intelligente du marché du travail est essentielle pour que la France ne reste pas le seul grand pays riche à avoir un taux de chômage bien supérieur à 7%. Le FN ne propose rien de tout cela.

Il est également urgent que la classe politique se renouvelle, que la politique cesse d’être une carrière mais bien une charge ponctuelle pour que des réformateurs ayant à offrir une véritable vision du monde – et non une expérience stérile des luttes d’appareils – puissent servir le peuple. Est-il normal au 21e siècle que nos politiques ne voyagent ni ne soient invités nulle part à l’étranger, qu’ils ne parlent aucune autre langue que le français à l’heure où en parler trois est devenu un minimum, et n’aient à peu près aucune autre grille de lecture de la mondialisation que celle dont on dispute entre les berges du 7e et du 8e arrondissements de Paris ?

Il est plus que temps de faire en sorte que quelques héritiers cessent de se battre pour détruire les chances de toute une société fracturée et bloquée par des carcans dignes de l’Ancien régime. C’est donc, enfin, accepter que l’élite administrative et la classe politique soient, demain, plus jeunes, plus féminines et plus diverses.
Vaste utopie? Peut-être. Mais en attendant, observez comment le FN étend son ombre sur le pays.

 

Livre: Un autre souffle au monde (2015)

L'ACTU

What’s more surprising is that FN has a plan to fix the economy that in many ways resembles a leftist manifesto. Nationalizing banks, raising protectionist trade barriers, handing out cash to low-paid workers—they’re all part of the platform developed by Le Pen. Le Pen says France has been “left alone, naked” to face unchecked globalization. She also wants the government to play a stronger role in managing the economy—for example, by temporarily nationalizing banks and forcing them to “clean up” their practices. “We still believe in free markets,” she says. “The danger is ultra-liberalism, where financial markets impose all the rules.” (Bloomberg.com)

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4 commentaires

  1. qui est ce connard,pour faire des leçon,car il croit que le ps et lr sont plus fort,moi je dit et je suis fn,les étrangers qui vienent en france,et qu’ils respecte le drapeau,qu-il vienne pour travaillé,qu’il paye les impots il peut venir,mais les connards qui viennent pour les aides,et qui ne veulent pas s’intégrés alors dehors

    • Très belle recette et un bien bel hommage à Micky. C'est touchant. J'ai appris son décès sur Facebook… Quelle tristesse ! Bonne journée à toi et merci pour tes visites et tes comtsnmaires.BiseeMarie

    • hola, yayita me gustan mucho los platanos maduros con queso soy de Esmeraldas en Ecuador la tierra del verde, y yo tambien los he comido con manjar tambien conocido como dulce de leche osea queso y manjar es que la comida de mi bello pais riquisima desde Valladolid Spain

    • Wow this is appalling – not your post, but the fact that a company makes it known they are anti-gay! Even if it is just the CEO saying that. To me the CEO's views are the companies views, for ultimately they make the decisions. Talk about a terrible marketing ploy. I have never eaten at a Chick-fil-A, but have heard so much about them, and have wanted to try out the much talked about menu items. However, I would most definitely have a hard time doing that now. I don't even think I could choke down the food if I tried!

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