« La France devrait libéraliser son marché du travail »

Le débat sur la loi des 35h fait à nouveau polémique en France. Doit-on réformer l'organisation du travail ?

Clément 127

La France devrait libéraliser son marché du travail 

Il y a quinze ans, la France a adopté la loi des 35 heures. Sans être la cause centrale des malheurs de la France, cette loi est le pinacle des restrictions étouffantes sur le marché du travail qui, à leur tour, étouffent la croissance économique de la France. En fait, tout indique que le pays jouit actuellement d’une situation privilégiée qui risque de se terminer bientôt. Sans libéralisation du marché du travail, la France se prépare à vivre une longue stagnation.

Quelle productivité?

Nombreux sont ceux qui  croient que la productivité française par heure travaillée est importante par rapport aux autres pays. Toutefois, la réalité est bien différente puisque la productivité ne se résume pas seulement à la composante du nombre d’heures travaillées. La qualité du travail, l’utilisation du capital et le capital intangible (idées et capital humain) sont des composantes cruciales de la productivité totale qui s’ajoutent à la productivité par heure travaillée. Lorsqu’on fait la somme de ces facteurs, la productivité relative de la France est relativement décevante et la croissance de celle-ci l’est tout autant.

La cause de cette faible croissance se retrouve dans les réglementations étouffantes qui existent sur le marché du travail – notamment au titre du licenciement et des heures travaillées sans omettre l’effet décourageant d’une ponction fiscale trop lourde qui décourage l’offre de travail.

Toutefois, le problème n’a pas encore atteint des proportions colossales. La raison est fort simple : l’élasticité de l’offre de travail est relativement faible. Plus précisément, les travailleurs déjà embauchés ne changeront pas dramatiquement leurs heures de travail face à un changement du salaire réel. Toutefois, les travailleurs réagissent d’une manière latente : ils quittent le marché du travail plus tôt (retraite anticipée); ils refusent de faire certains investissements pour parfaire leur formation; ils refusent de déployer des efforts pour atteindre certaines promotions. Ainsi, on dit que les travailleurs ajustent leur offre de travail en coupant dans les coins. C’est pour cela qu’on retrouve une plus forte élasticité chez les travailleurs plus à la « marge » : les travailleurs âgés; les jeunes travailleurs; les mères et les immigrants. Chez ces derniers, la sensibilité de l’offre de travail aux changements salariaux est plus forte. En plus, lorsque des réglementations réduisent la demande d’emploi, ce sont ces derniers qui écopent le plus.

Ceux qui réagissent le moins, ce sont les travailleurs au milieu de leur carrière qui ont des enfants. Ils peuvent difficilement ajuster leurs heures de travail et, puisqu’ils ont des obligations financières, ils continuent de travailler tout autant face à une taxation élevée. Toutefois, au fur et à mesure du temps et qu’ils vieilliront, ces travailleurs seront de plus en plus intéressés à prendre leurs retraites plus tôt et ne travailleront pas plus longtemps. Et c’est ici qu’on voit le problème économique de la France. L’âge médian de la population en 2010 était de 40 ans. Au cours des années à venir, la population vieillira et une proportion importante d’individus sera proche de l’âge de la retraite. Ces individus auraient probablement aimé travailler plus longtemps. Cependant, le bénéfice net d’une année additionnelle de travail étant si faible, ils préféreront partir à la retraite.  À ce moment, ces travailleurs ne renfloueront plus les caisses de l’État et plusieurs régimes sociaux seront en péril.

S’inspirer du Canada 

Le cas canadien est informatif à cet égard : le taux d’activité des travailleurs âgés est nettement supérieur à celui de la France (voir les données de l’INSEE versus celles de Statistique Canada). Non seulement cela, mais le taux d’emploi des 65 ans et plus augmente au Canada. Ces travailleurs, généralement très expérimentés, contribuent largement à la croissance de la productivité au Canada.

L’augmentation de la participation des travailleurs plus âgés s’explique par une série de réductions importantes des impôts par le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux depuis les années 1990. Le tout a été combiné à une série de réformes visant à déréglementer les lois concernant le marché du travail ainsi qu’à encourager le retour au travail via une réforme de l’assurance emploi. En plus, notamment avec les baisses de l’impôt sur les entreprises, ces réformes ont permis de les inciter à investir dans l’amélioration de la productivité. Ainsi, les salaires ont augmenté en même temps que la quantité de travailleurs.

Afin d’éviter le gouffre qui se profile devant elle, la France devrait adopter un plan de libéralisation du marché qui inclurait – mais ne se limiterait pas – à l’abolition de la loi des 35 heures.

Crédits photos : Clément127

L'ACTU

Selon le dernier sondage Odoxa, 70 % des Français adhèrent aux positions du Ministre de l'Economie Emmanuel Macron en soutenant l'idée d'autoriser les entreprises à déroger aux 35h si les salariés sont d'accords. (LesEchos.fr)

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