Romain Colin (Fubiz), dans le feu de la création

CITOYENS DU MONDE > Globaliz propose une série de portraits d'entrepreneurs et de dirigeants qui ont dépassé leurs propres frontières.

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La trentaine au compteur, et déjà une filiale à New York, des relations professionnelles tels le designer Ora Ïto, le réalisateur Xavier Dolan… A 32 ans, Romain Colin est le fondateur de Fubiz Media, une plateforme média qui agrège des contenus créatifs. Au début, alors que d’autres sites cherchent le buzz, celui qui s’est formé dans le monde de la communication se sert, lui, de ses passions artistiques dénichées sur le Web. Le site Fubiz revendique aujourd’hui 5,5 millions de pages vues par mois.

Après une enfance en région parisienne, des études à l’ISCOM, le projet nait à la fin de ses études, en 2005. « Je rassemblais sur un site les contenus qui m’inspiraient et vivaient des revenus que cela me rapportait ». Rapidement, la promesse est de « faire dialoguer l’univers de l’art avec le monde de la publicité et des marques. C’est un vrai sujet qui est devenu mon business model principal », raconte celui qui ne restera jamais plus d’un an chez ses premiers employeurs (Netvibes, Heaven, Publicis Net, Universal).

Son équipe aura mis du temps à se construire. Dans les premiers mois de l’aventure, il avoue avoir laissé partir des talents. Car bercé par ses « propres passions » au moment de la création du site, « il a été dur d’identifier des personnes tout de suite. A la base, c’était un projet très personnel », concède-t-il. « Si c’était à refaire, je le ferai avec un partenaire, je ne le referai pas seul», reconnaît-il.

Vers le « village global » 

 

Amoureux du design, de la créativité sous toutes ses formes et de photographies esthétiques, Romain Colin mise tout sur son regard, sa sélection et sur l’écriture. Fubiz, qui a soufflé ses dix bougies, a fait de son CEO hyper-sensible aux arts un « témoin des données » et un « arbitre du business ». Un rôle de patron qu’il a endossé non sans mal : « Il fallait trouver des gens pour prendre le relai de tout le travail de curation éditoriale, affiner leurs regards pour qu’ils puissent le faire seuls », explique ce dirigeant au physique d’éternel adolescent.

Aujourd’hui aux manettes d’un bureau à Paris et d’une équipe d’une dizaine de créateurs et spécialistes du contenu de marque, Romain Colin réalise son rêve avec un pied à New York. « C’est une ville que je trouve très excitante. Ce qui m’a plu, c’est la rencontre entre le business et la création. La taille du business en Amérique Nord est incomparable avec le reste du monde », explique à Globaliz celui qui a saisi « l’opportunité ». Dans le même temps, les marques qui cherchent à communiquer autrement en dépensant d’importants budgets publicitaires pour des contenus sponsorisés y trouvent leur compte : « J’étais sur des sujets nationaux, puis j’ai commencé à me diriger vers des clients européens comme Nissan Europe. C’est maintenant tentant de le faire sur le marché américain », dit-il le souffle coupé, comme pris de gourmandise.

Sortir des cases quitte à « casser des mondes »

 

Il redevient d’ailleurs un enfant surexcité lorsqu’un artiste confirmé ou une marque internationale le sollicite « pour créer de beaux projets, que tout le monde voudra ». Romain le passionné parle à ses idoles du cinéma ou du design et aux géants internationaux tels que Huawei, Leica, Canon avec lesquels il collabore.

A l’écoute des attentes de son public, il veut sortir des cases, quitte à « casser des mondes ». Pour lui, son plus grand accomplissement est d’ailleurs les « les Fubiz Talks », des incarnations offline de Fubiz ». Car entre le média et la scène, son cœur balance. « On veut une star de la cuisine avec un photographe de mode, qui parle à un DJ, avec notre liant : l’image », lance Romain Colin. Après la pop culture, le design, l’art et la technologie, Fubiz veut s’étendre en 2018 à la mode, la musique, et la cuisine. « On a envie d’aller plus loin sur des territoires créatifs », s’enthousiasme-t-il.

Le modèle du média-agence

 

Entre un taxi et un avion, Romain Colin sait qu’il faut aller vite. « On n’est plus sur le même Web qu’avant où il existait une plateforme pour aller voir tous les types de contenus. Au début, je m’appuyais sur les plateformes déjà existantes comme Vimeo et DailyMotion. Les territoires pour exprimer des contenus étaient peu nombreux. Youtube venait à peine de se lancer ». Aujourd’hui, face à une concurrence accrue, c’est avec un esprit d’entrepreneur forcené que Romain Colin veut « se réinventer en permanence » en proposant de nouveaux formats globalisés.

Faut-il pour autant voir la fin des modèles médias dominants en France ? « Je vois plutôt une mutation de ce monde là », riposte-t-il. Avec comme schéma : « les médias qui deviennent agences et les agences qui deviennent médias. ». Avec Fubiz, Romain Colin s’estime bien placé pour servir « d’agent » aux « makers, c’est à dire les gens qui font vraiment les choses ».

Des contenus mondialisés 

 

Lecteur de la presse américaine, « Wired et Fast Company » sont, pour lui, des modèles du genre. « Leurs thématiques éditoriales me font réfléchir parce qu’ils sont sur le fond et la forme très exigeants », poursuit le fondateur qui s’inspire des Etats-Unis pour rapporter de nouveaux genres éditoriaux en France. Fubiz repose d’ailleurs sur des contenus bilingues, avec plus de 40 000 contenus traduits en anglais : « pour garder une viralité dans le monde, et surtout ne pas être clivant dans nos sujets », répond-t-il. Avec 40 % d’audience à l’étranger, Romain Colin avance ses arguments pour attirer les talents de l’étranger. Sa prochaine étape est d’ailleurs de « donner l’envie aux Etats-Unis de s’exporter en France et inversement ». Une perspective qui actuellement débouche sur « un projet en cours de signature », pour l’heure, encore confidentiel.

Les Indiscrets

  • Les acteurs de l’entertainment, de la musique, et du cinéma comme Kanye West, Madonna, Jay-Z sont des figures qui l’inspirent. « Je m’intéresse à leurs mondes et à leurs images. Le développement créatif dans l’entertainment me fascine, je trouve intéressant de le décrypter. Pourquoi pas y travailler un jour… »
  • Se verrait-il recréer Fubiz ? : « Absolument, mais au travers d’un média social comme Tumblr, Instagram, Pinterest…. »
  • Les médias qu’il apprécie le moins sont les « agrégateurs de contenu d’humour. Buzzfeed et toute la génération qu’il a engendré ».

 

Anabelle Chaumun.

 

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