Choisissez la France…et gardez un oeil sur la Chine

COMPRENDRE <> La France vient de recevoir en grande pompe 140 dirigeants de multinationales à Versailles, pour la majorité américaines ou européennes. <> La présence plus discrète des géants chinois révèle un nouvel ordre commercial qu'explique Nathanaël Noiraud.

«Choisisssez la France»! Ou plutôt, ne pas l’oublier sur le plan de route, à l’heure des échanges dominés par les États-Unis et bientôt par la nouvelle route de la soie bâtie par la Chine. C’est le message qu’a envoyé Emmanuel Macron lors du Sommet économique (sorte de P2B, politics to Businesses) à Versailles mi-janvier. La rencontre, qui s’est tenue à huis-clos, n’a pas dévoilé officiellement la liste des 140 entreprises présentes. On sait juste que «30 pays ont été représentés» et parmi eux «environ 50% de l’Europe, 25% US» et le dernier quart se répartissant sur «Afrique, Moyen-Orient et Asie», précise Business France, l’agence de l’attractivité de la France, dans un communiqué. Plus discrets que les autres, parmi les patrons pour la Chine, étaient présents Michael Evans d’Alibaba, Richard Liu, CEO de JD.Com.

Aussi, ce sont surtout les Américains et les Européens qui ont été les têtes d’affiche de l’événement au travers d’annonces et la «prise» de 3,5 milliards d’euros d’investissements. A l’exception du japonais Toyota, ce sont les Google, Facebook, l’Allemand SAP, Novartis, General Mills ou encore Manpower qui font un pas vers le «Choose France». Les deux GAFA vont d’ailleurs principalement investir dans l’intelligence artificielle car comme l’a affirmé Emmanuel Macron, la France et l’Europe doivent devenir des leaders en matière d’IA, pour concurrencer l’Amérique et la Chine, selon des propos rapportés par Bloomberg. Le président français a d’ailleurs commandé un rapport sur le sujet au député Cédric Vilani pour élaborer une stratégie nationale en matière d’IA.

Il y a quelques semaines, en déplacement dans l’Empire du Milieu, Emmanuel Macron mettait aussi le président Xi Jinping en garde contre un risque d’«hégémonie». Mais la France peut-elle peser dans l’immense projet de la nouvelle «Route de la Soie» chinoise ? L’éclairage de Nathanaël Noiraud, fondateur et CEO de NSCS, basé à Kuala Lumpur.

LÀ-BAS <> en Asie

Depuis des siècles, l’Asie du Sud-Est est une région incroyablement prospère, ainsi qu’un grand centre d’affaires. Elle a accueilli et nourri une grande diversité d’influence.

Dès le IVème siècle av JC, les marchands chinois et le commerce chinois en général ont joué un rôle important dans ces échanges culturels, et cela a perduré pendant plus de 10 siècles avec l’installation des communautés diasporiques chinoises le long des routes commerciales.

Il y a plus de 500 ans, plus de 80 langues différentes étaient parlées dans les rues de Malacca. De nombreux pays d’Asie du Sud-Est ont connu la colonisation européenne pendant des siècles, principalement du XVIème au XXème siècle, période pendant laquelle la Chine avait beaucoup moins d’influence en Asie du Sud-Est.

Si nous en venons directement aux suites de la Seconde Guerre Mondiale, la période de Guerre Froide imposa aux pays européens affaiblis d’entrer dans les processus de décolonisation alors que les Etats-Unis commencèrent à accroître leur influence sur la région. La Chine se relevait tout juste de l’occupation japonaise et devait faire face à des conflits internes, sa guerre civile ne prenant fin qu’en 1950.

Il est intéressant de noter que la conférence de Bandung fut organisée en 1955, rassemblant des pays asiatiques et africains qui réclamaient leur droit à l’autodétermination contre le colonialisme et le néo-colonialisme, et affichant leur réticence à devoir suivre l’un des deux blocs pendant la Guerre Froide.

A la fin de la Guerre Froide, l’influence américaine dans la région devint toujours plus significative, à tel point que des auteurs comme Francis Fukuyama proclamaient déjà “the end of history”, considérant que l’hégémonie américaine sur le monde serait éternelle. Au même moment, alors que la plupart des observateurs regardaient ailleurs, les leaders chinois (en commençant par Deng Xiaoping qui dirigea la Chine de 1978 à 1989) réorientèrent leur économie communiste en un modèle que l’on peut qualifier de “capitalisme d’Etat”, encourageant les investissements massifs et le commerce accru avec d’autres pays. Dans une certaine mesure, ce qui devait suivre a été correctement perçu par Alain Peyrefitte dans son best-seller “Quand la Chine s’éveillera” (1973).

L’Empire du Milieu reprend sa place sur la carte, incitant les États-Unis à opérer un changement de priorités, à procéder notamment à un pivot en Asie-Pacifique sous l’Administration Obama.

 

Par des décennies d’industrialisation, la Chine a franchi les étapes de la chaîne de valeur et le « dragon sommeillant » est devenu un acteur clé de l’économie mondiale. En 2000, la Chine se positionnait déjà en troisième place mondiale en termes de PIB après les États-Unis et le Japon. Elle a très vite investi dans des technologies révolutionnaires et le nombre croissant d’émissions de brevets démontre leur volonté d’innover. Au même moment, le nombre d’étudiants chinois à l’étranger a explosé (notamment aux États-Unis).

Sur le plan politique, la fin des années 90 et le début des années 2000 sont marqués par la rétrocession de Hong Kong à la Chine (1997) et les changements qui en ont progressivement découlés. Tout en conservant des compétences administratives spéciales, Hong Kong redevenait officiellement Chinoise. Consécutivement, la Chine resserra les liens avec ses partenaires et son influence Asie du Sud-Est.

A la même période, dans les années 2000, la politique étrangère des États-Unis se concentrait essentiellement sur le Moyen-Orient, donnant ainsi l’opportunité à la Chine de renforcer son rôle de puissance régionale, particulièrement en Asie du Sud-Est.

Le pivot vers l’Asie-Pacifique initié par Obama est la marque d’un profond changement de priorités dans la politique étrangère américaine. Depuis 2008, l’océan Pacifique – le centre du commerce international concentrant la majorité du PIB mondial à ses deux rives – est devenu le théâtre de la guerre d’influence opposant la Chine aux États-Unis, tous deux se disputant le titre de puissance “externe” la plus influente en Asie du Sud-Est.

Le volume d’exportations et d’importations des pays de l’ASEAN avec les pays partenaires.

Un ordre mondial mouvant: le temps long de la diplomatie chinoise “du bambou” contre les incertitudes américaines.

 

Au cours de la seconde décennie du XXIème siècle, tout particulièrement sous la présidence de Xi Jinping, la politique étrangère chinoise a été remodelée de façon à s’adapter aux changement mondial de paradigme. Tout en maintenant son approche de long-terme concernant ses ambitions et objectifs, la Chine est devenue plus proactive en matière d’affaires internationales sur les plans commerciaux et sécuritaires.

La volonté chinoise de devenir un leader régional et mondial s’illustre par de nombreux exemples sur divers continents – notamment en Europe et en Afrique – et dans les pays et régions voisins qui se trouvent en profonde mutation du fait de nombreux plans ambitieux tels que le projet de Route de le Soie, la construction d’îles au Sud de la Mer de Chine et des investissements massifs en Asie du Sud-Est. Ces derniers concernent les infrastructures, les investissements tech, les accords bilatéraux et l’accord de libre-échange ASEAN-Chine.

La vision chinoise des réseaux d’échanges maritimes et terrestres sous l’influence du BRI (Belt and Road Initiative).

L’élection de Trump aux Etats-Unis a marqué un autre changement majeur de direction dans la conduite américaine des relations internationales et des échanges mondiaux. Alors que l’Administration Obama tentait de contre-balancer l’inexorable accroissement de l’influence chinoise dans la région, la nouvelle Administration a préféré se retirer de l’Accord de Partenariat Transpacifique. Ce traité de libre-échange a initialement été signé par 12 pays bordant l’océan Pacifique et représentant ensemble 40 pour cent de la production mondiale : Australie, Brunei Darussalam, Canada, Chili, Japon, Malaisie, Mexique, Nouvelle-Zélande, Pérou, Singapoure, Etats-Unis et Vietnam.

Selon de nombreux experts, par cette application de son crédo “America First”, l’Administration Trump ouvre la porte à une domination régionale Chinoise accrue. On pourrait raisonnablement affirmer que son approche de l’Asie-Pacifique ouvre la voie à la perte d’influence des Etats-Unis sur la région. Pourtant, les récentes tensions avec la Corée du Nord ont pu démontrer que les Etats-Unis n’ont pas l’intention d’abandonner leurs alliés et leur influence dans les régions Nord de l’Asie-Pacifique. Quoi qu’il en soit, et tel qu’il a été rappelé par de nombreux diplomates de haut-rang, les Etats-Unis gagneraient davantage à contenir la Corée du Nord plutôt qu’à se lancer dans un face à face nucléaire, ce qui pourrait occasionner des millions de pertes civiles.

En conclusion, et alors que de nombreuses incertitudes entourent l’avenir de la présence des Etats-Unis en Asie du Sud-Est et en Asie-Pacifique, la récente réélection de Xi Jinping et la consécration constitutionnelle de ses nom et idéologie tendent à asseoir une domination indiscutée et une présence toujours plus forte de la Chine dans la région.

Dans un ordre mondial si mouvant, les pays-membres de l’ASEAN peuvent bénéficier de cette compétition en cours en trouvant les moyens d’influer sur ces super-puissances mondiales, se reposant sur leur position géopolitique stratégique, les contextes économiques qui leurs sont favorables et les liens historiques qu’ils entretiennent avec d’autres puissances mondiales majeures. La prochaine période de croissance durable attendue de l’Asie du Sud-Est pourrait être assurée par des accords mutuellement bénéfiques conclus avec la Chine, les Etats-Unis et d’autres continents tels que l’Europe.

Visuels et article original : The Asean Post

 

frank mckenna

L'ACTU

Lors de sa visite début janvier, Emmanuel Macron a emmené avec lui plusieurs contrats dont une commande de 184 Airbus, un centre Pompidou à Shanghaï, la levée de l'embargo sur le boeuf français, et une usine de traitement de déchet d'Areva, le tout pour plusieurs dizaines de milliards d'euros. (La-croix.com)

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