Ce parti italien qui joue les mêmes airs qu’«En Marche» pour gagner

COMPRENDRE - A quelques semaines d'une élection en Italie, le parti challenger use des mêmes ingrédients que le parti d'Emmanuel Macron. <> Là-bas aussi, les promesses de sortir du «système» séduisent, tout en restant néanmoins limitées.

Dans moins d’un mois, les électeurs italiens se rendront aux urnes afin d’élire leurs députés et leurs sénateurs. Au cœur d’une monotone campagne électorale, le «Mouvement des 5 étoiles» est sans aucun doute le challenger à abattre. En l’espace de neuf ans, cet ovni politique est parvenu à s’imposer comme le premier parti politique du pays. <> Mais sa profonde mutation au cours des derniers mois le rapproche de plus en plus de son alter-ego français : La République En Marche. Cela sera-t-il suffisant pour envoyer Luigi Di Maio au poste de premier Ministre dès le 4 mars, dans les pas de celui qui semble être devenu son modèle ou sa stratégie, Emmanuel Macron ?

 

« Les élections italiennes du 4 mars sont un risque politique pour l’Union Européenne ». Avec cette phrase, Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques de l’Union Européenne, a suscité un tollé de l’autre côté des Alpes. Une forme d’ingérence rapidement critiquée par le centre-droit de Matteo Salvini, de Silvio Berlusconi et de Giorgia Meloni.

Mais la critique la plus virulente est venue du Mouvement 5 Etoiles et de son candidat Luigi Di Maio. « Je demande un face-à-face public avec Pierre Moscovici. Cette ingérence me désole un peu, on l’a déjà vu à l’œuvre lors du référendum (constitutionnel du 4 décembre 2016 ndlr) et on a vu ce qu’il s’est passé ».

Visé en première ligne pour son programme économique par l’ancien ministre de l’économie et des finances de François Hollande, le leader du Mouvement, originellement fondé par le trublion de la politique, Beppe Grillo, ne s’est pas uniquement contenté de se défendre : « Cela est d’autant plus regrettable que cette critique provient d’un homme dont son pays a dépassé la règle des 3% de déficit public ».

À la fois à droite et à gauche

Les critiques ne manquent pas non plus au sein de son pays voire de son propre camp. Depuis son élection sans adversité comme chef des « 5 Stelle » en septembre dernier, Luigi Di Maio a entériné un changement assez profond dans la nature du mouvement. Il s’éloigne des bases posées par son ancien mentor, Beppe Grillo, non sans quelques heurts. Se revendiquant comme un mouvement rejetant la classe politique italienne, devenant «anti-système» comme le relevait Le Temps, et son système partisan, les nouveaux statuts instaurés en décembre laissent entrevoir une évolution vers un forme de parti politique. L’ambiguïté entre parti politique traditionnel et mouvement est incandescente, un peu à l’image de la République en Marche en France. Là-bas aussi, on se veut à la fois être possiblement «et de droite et de gauche», comme proclamait Emmanuel Macron lors de la campagne en 2017. Les médias français ont aussi noté le brouillage des cartes.

Pour s’en convaincre, il suffit d’assister à la présentation des députés et des sénateurs dans les collèges uninominaux pour les prochaines élections. Les visages en présence ressembleraient presque à des vieux habitués de la politique; les costumes-cravates étaient de sortie. Fini les jeunes, les précaires ou encore les chômeurs. Qu’il est loin le temps où Grillo proposait cette équipe aux antipodes de celle de la « compétence » voulue par Mario Monti en 2013.

Luigi di Maio

Désormais, place à l’expertise et (justement) à la compétence parmi les candidats : des professeurs universitaires, des anciens magistrats, des policiers, des chercheurs, des journalistes, des avocats, des acteurs, des médecins et d’anciens sportifs de haut niveau. Un véritable condensé de ce que l’on semble appeler « la société civile » pour contrer la classe politique en place. « J’aimerais bien savoir qui osera nous qualifier d’incompétents désormais », clame alors le leader des 5 étoiles, pour contrer certaines critiques émises par ses concurrents directs.

« Je ne suis pas un politicien »

Et à cette occasion, les candidats ont bien maîtrisé les éléments de langage dans leur mini-discours d’investiture : « Je suis comme vous », « Je suis de la société civile », « Je ne suis pas un politicien » (une rengaine qu’on se plaît à répéter bien au-delà de l’Elysée, à Washington, chez Donald Trump), « Je viens apporter ma connaissance et mes compétences (La Stampa)», « J’y mettrais tout mon cœur ». Mais il faudra attendre quelques heures plus tard pour en démasquer certains.

L’Amiral Rinaldo Veri, qui a clamé « je ne parle pas le politicien moi ! » devant le parterre de journalistes, s’est vu contraint de retirer sa candidature trois heures plus tard. Il est conseiller communal élu dans une liste du…parti démocratique (gauche italienne). Le règlement des 5 étoiles interdit le cumul des mandats électifs. La presse transalpine n’a pas manqué de le brocarder. De même, l’avocat Nicola Cecchi est un ancien membre du PD, actif dans la campagne du oui voulu par Matteo Renzi dans le référendum du 4 décembre, qui se présentera au poste de sénateur à Florence face à… Matteo Renzi.

Des couacs qui ne sont pas sans rappeler ceux de la République en Marche au moment de la diffusion des candidats pour les dernières législatives. Et si le mouvement des 5 Etoiles est toujours aussi difficile à appréhender en Italie ou à l’étranger, il le doit également à son programme politique qui se veut pragmatique plutôt que partisan. Une autre ressemblance avec le parti du chef de l’État français.

L’exemple le plus frappant est celui sur l’immigration. Le mouvement 5 Etoiles souhaite lutter contre l’immigration clandestine et favoriser l’intégration des immigrés réguliers, notamment ceux ayant le droit d’asile en Italie. Une politique, expliquée par La Stampa, qui n’est pas sans rappeler celle instaurée par Emmanuel Macron en matière de politique migratoire depuis son arrivée en pouvoir.

En faveur d’un revenu minimum mais aussi d’un « tour de visa » sur les visas humanitaires, pour un référendum de la sortie de l’euro mais aussi fervent soutien de Donald Trump et de Vladimir Poutine, le programme politique a toujours varié dans le temps sous une forme de «braconnage électoral» qui vient rompre le clivage gauche-droite.

Le poids des institutions

Pour autant, connaîtra-t-il le même succès que son homologue français ? Rien n’est moins sûr. La nouvelle loi électorale de novembre 2017 favorise les coalitions et les partis traditionnels. Une chose qu’a bien comprise le centre-droit puisque Forza Italia de Berlusconi, Fratelli d’Italie de Meloni et la Lega Nord de Salvini se sont alliés le mois dernier et sont actuellement en tête des sondages juste devant le mouvement 5 Etoiles. Une alliance annoncée mi-janvier sur le compte Twitter de Silvio Berlusconi.

Avec un bicamérisme parfait (égalité entre le chambre des députés et le Sénat), il faut obtenir la majorité des deux chambres pour accéder au Palais Chigi, le siège de la présidence du Conseil des ministres à Rome. Et le mouvement est encore loin du compte. « Contrairement à ce qui se lit dans les journaux en permanence, le mouvement des 5 étoiles a peu de chances d’obtenir cette majorité », explique lors d’une conférence de presse Roberto D’Alimonte, professeur à l’université LUISS de Rome et expert des systèmes politiques. « Le seul qui puisse y arriver, depuis son lit d’hôpital, c’est Silvio Berlusconi ».

Même si le mouvement a fait du refus des alliances politiques entre partis son cheval de bataille depuis sa création, on parle d’un possible rapprochement sous conditions avec le PD ou la Lega Nord selon Reuters. Démenti il y a quelques jours par Luigi Di Maio en personne, difficile de savoir quelle va être la tournure des évènements après le résultat des élections du 4 mars. Rien ne dit si la recette qui aura fonctionné en France prendra la même tournure de l’autre coté des Alpes.

 

Francesco Carvelli, à Rome, pour Globaliz

 

Nils

L'ACTU

Le parti Les Républicains a remporté début février deux élections législatives face à des candidats de La République en marche. Les dirigeants de LR ont tenu à y voir le signe d'un rejet de la politique gouvernementale quand ceux de LREM ont minimisé ces défaites. (France24.com)

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