«On améliorera la balance commerciale en renforçant les fondamentaux de l’économie»

COMPRENDRE - La France peine à rééquilibrer sa balance commerciale depuis près de quinze ans. <> Or, depuis les Etats-Unis, deuxième pays champion des exportations, les remèdes à apporter semblent clairs.

En 2017, le déficit commercial de la France a encore plongé, à 62,3 milliards d’euros. «2018  s’annonce pire encore : 14 ans durant lesquels la France a continuellement été dans le rouge, donnant au déficit commercial un caractère structurel», annoncent des experts sur La Tribune. Dans le détail, les entreprises ont continué à importer massivement, grâce à la reprise économique (+6,8%), tandis que les exportations ont seulement progressé de 4,5%, selon les Douanes. Or, les aides publiques à l’export sont omniprésentes. <> Depuis New York, Yann Coatanlem, expert Globaliz et auteur de «Le gouvernement des citoyens» (PUF), observe ce mal endémique très français.

 

Il serait vain de vouloir traiter le déficit de la balance commerciale, en augmentation de 30% sur un an, comme un problème à part, susceptible d’être résolu par exemple par une réorganisation des aides à l’exportation. On fait déjà beaucoup dans ce domaine : Business France, BPI France / Coface jouent un rôle efficace, conjointement aux Conseillers du commerce extérieur et des chambres de commerce. Et à la mobilisation croissante des réseaux diplomatiques s’est ajouté la French Tech ainsi que les incubateurs de start-up. Les entreprises françaises cherchant à exporter n’ont jamais disposé d’autant de ressources pour les aider à naviguer les spécificités légales et culturelles des marchés étrangers, pour assurer leur financement ou gérer leurs risques. Le problème est ailleurs, et il est beaucoup plus large.

En surface, le combat de la compétitivité est gagné : la productivité du travail, c’est à dire la valeur ajoutée par heure travaillée, est aujourd’hui comparable avec celle de l’Allemagne, en particulier dans le secteur des services. Or, avec une industrie manufacturière qui représente moins de 10% du PIB, ce sont les services qui peuvent changer la donne. Mais pour augmenter la production, le problème est double : d’une part les retards pris dans la formation professionnelle et la réforme de l’université, et d’autre part le manque de réservoir d’emplois à bas coût nécessaires pour soutenir la croissance économique, par exemple dans les infrastructures, l’aide à domicile, les crèches.

La balance commerciale ne pourra être restaurée qu’en se rapprochant du plein emploi, ce qui implique de réduire le coût des emplois peu qualifiés.

Par bien des aspects, on améliorera la balance commerciale en renforçant les fondamentaux de l’économie du pays. Le rôle important de l’innovation pour faciliter la montée en gamme de nos produits est mentionné par tous. Elle ne peut résulter que d’un effort soutenu de recherche fondamentale, bien commun qui doit être financé par les pouvoirs publics. Exporter demande de s’ouvrir sur le monde, et s’ouvrir sur le monde exige de pouvoir communiquer efficacement, en particulier en maitrisant la langue de travail de la planète, c’est à dire l’anglais. Le bilinguisme doit être généralisé dès l’école primaire.

Les difficultés du commerce international français sont en partie le problème de l’Union européenne : pour faire face à la concurrence déloyale de certains pays, il faut faire usage de la force publique européenne pour rééquilibrer les marchés internationaux. Si le libéralisme doit dominer à l’intérieur du Marché commun, un protectionnisme ciblé doit parfois s’imposer à l’extérieur.

Enfin, il faut s’interroger sur la structure des déficits commerciaux : en 2017, plus de la moitié du creusement du déficit provient de nos dépenses énergétiques.

Dans ce domaine en particulier, il faut prendre garde à ne pas ériger une sorte de patriotisme économique qui se ferait au détriment de la transition énergétique aujourd’hui indispensable.

Si l’on examine le domaine de l’énergie solaire, les avancées sont accomplies en général au sein de consortiums internationaux (comme Terrawatt) agissant à la fois sur les standards industriels, la documentation légale, le financement et la gestion des risques. Un champion comme Engie devra davantage ses succès à ces collaborations internationales qu’à son appartenance à une vague marque France.

 

Crédits: Flickr.

L'ACTU

En 2016, la Chine était le pays champion des exportations, au-delà du trillion de dollars (1,9 trillions), suivi par les Etats-Unis, l'Allemagne, le Japon et la Corée du Sud. La France est 6ème. (WorldAtlas.com)

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