Le monde célèbre l’Open Data, la France…

[Où est la France?] - Le 3 mars dernier avait lieu l"Open Data Day" pour sensibiliser autour de d'ouverture des données publiques et l'amélioration du quotidien des citoyens. <> Comparées à d'autres pays, les actions d'Open Data en France étaient notoirement absentes sur la carte mondiale.

Le 3 mars 2018 se tenait la Journée internationale de l’Open Data, une célébration mondiale des initiatives visant à donner accès aux données publiques, partout dans le monde au travers de conférences, d’ateliers, hackathon, démonstrations… Créé en 2010 par David Eanes, auteur britannique issu de Cambridge et conférencier à Harvard, l’Open Data Day est organisé depuis par l’association Open Knowledge International (OKFN) qui réunit près d’une quarantaine de groupes locaux dans le monde, dont la France. Dans l’Hexagone, l’ONG s’est unie à d’autres associations telle Regards Citoyens.

Avec plus de 400 événements recensés dans le monde pour cette Journée, les membres de l’ONG américaine visent à sensibiliser le public («designers, développeurs, statisticiens») mais aussi les institutions (les fonctionnaires de l’État) sur l’intérêt à «partager le savoir» avec le plus grand nombre. Concrètement, cette ouverture des données publiques doit remplir plusieurs objectifs cités par l’association mais aussi par d’autres acteurs de l’open data tel TheGovLab.org: «améliorer la recherche et développement de projets sociétaux, permettre le suivi des dépenses de l’argent public, cartographier et favoriser le principe de développement équitable, grâce à la donnée».

En outre, pour l’ONG Transparency International qui chaque année évalue le niveau de corruption des pays dans le monde, l’open data est ni plus ni moins qu’une arme pouvant la faire reculer significativement, notamment dans les pays d’Afrique. Sur le site de OKFN, le monde arabe tient d’ailleurs lui aussi à montrer son dynamisme sur l’ouverture des données.

Où est la France ? – Or, pour cette édition 2018 de l’Open Data Day, la France comptabilisait à peine trois événements sur son territoire (dans l’Allier, en Ardèche, et sur la Côte d’Azur), d’après la carte produite par l’ONG sur son site. En 2016, Aix-en-Provence s’était illustrée avec une initiative, mais aussi les écoles Telecom ParisTech en 2013, Simplon en 2014 et l’incubateur e-santé La Paillasse en 2015 à Paris. On peut néanmoins relativiser cette faible performance française au regard du nombre des initiatives voisines : à peine 5 en Espagne, 8 en Italie, ou encore 2 en Belgique. C’est en Allemagne et au Royaume-Uni que l’on trouve plus d’une dizaine d’événements organisés pour l’Open Data Day 2018. L’Irlande, qui abrite pourtant de nombreux sièges des géants du Web et de la donnée, ne comptabilise qu’une initiative créée par une structure locale.

Ailleurs, des pays moins développés comme le Népal se montre engagé à l’image d’une action de sensibilisation auprès de la population à Katmandou, menée par la Asian Foundation. Encore plus loin, la Nouvelle-Zélande vient d’adopter la «Charte de l’Open Data», installée par le «Ministre des Statistiques» James Shaw.

Sur Twitter, l’omission de l’«Open Data Day» en France comme une Journée précurseur a suscité le désarroi de quelques twittos.

Cette absence est d’autant plus surprenante, que régulièrement, la France pointe parmi les champions de l’Open Data dans les classements internationaux comme l’indiquent le «Global Open Data Index» ou encore ce baromètre (4ème en 2014).

Cela reflète au contraire très bien la caractéristique française : d’une part une capacité de régulation forte et parfois moderne – c’est ici le cas dans l’opendata- et d’autre part une culture néo-monarchique, néo-catholique -où le savoir est entre les mains des sachants. Le langage administratif et parfois politique, la complexité bureaucratique, l’opacité sont souvent le fait de la complexité du monde mais aussi le fait de vouloir, par ces subterfuges des moyens de préserver le savoir», regrette Gilles Babinet, Digital Champion pour la France auprès de la Commission européenne et qui a également oeuvré pour l’open data pendant plusieurs années lors de sa présidence du Conseil National du Numérique (CNNum) et après en tant que conseiller du Ministère.

Autrement dit, si la France performe dans les classements, c’est d’abord parce qu’elle est championne pour produire des lois, mais beaucoup moins, – et c’est la face cachée de l’iceberg de l’open data made in France -, pour les appliquer.

La France n’est de fait pas vierge de toute législation en matière d’open data, bien au contraire. En 2015, la loi pour la République numérique d’Axelle Lemaire inscrit le principe d’ouverture des données publiques détenues par les administrations «par défaut» pour les collectivités de plus de 3 500 habitants. Mais d’après l’association Open Data France qui a rendu son rapport mi-février, «seules 8% des collectivités, parmi environ 4.500 concernées par l’obligation, sont aujourd’hui en mesure de publier des données structurées sur un portail dédié».

D’autant que, pour accélérer concrètement sur le sujet, la France s’est dotée de la mission Etalab créée par décret sous le gouvernement Sarkozy, en 2011. Elle est en charge depuis du portal data.gouv.fr. En 2016, elle soutenait d’ailleurs l’Open Data Day pour aujourd’hui proposer un «Appel à témoignages».

Face à l’enlisement, des élus et experts qui ont constaté l’absence d’initiatives de la part des services de l’Etat, conformément à la nouvelle loi, entendent bien remettre celle-ci sur la table. C’est ce qu’à fait le site d’information NextInpact en décembre dernier. Dans les couloirs de l’Assemblée, certains élus militent pour la promulgation d’un décret en mai pour contraindre les acteurs publics.

Reste qu’au niveau européen, le dossier RGPD, le nouveau règlement de protection des données personnelles pour contraindre les entreprises, a largement éclipsé ces derniers mois celui de l’open data. L’UE s’est toutefois doté d’un «portail des données ouvertes» en 2012. Elle a également lancé fin 2017 une nouvelle consultation pour redéfinir la réutilisation des informations du secteur public dont les conclusions ne sont pas encore connues.

 

Florian Pérennès

L'ACTU

"Pionnière il y a près de 10 ans dans l'open data, la métropole rennaise relance l'innovation avec le lancement d'un service public métropolitain de la donnée. Dans le cadre de coopérations entre la collectivité et les producteurs et/ou les utilisateurs de données du territoire, le projet rassemblera entreprises, PME, startups et acteurs académiques. Ce système d'échanges public/privé expérimentera particulièrement quatre domaines : l'énergie, l'eau, la mobilité, et les données socio-démographiques". (LaTribune.fr)

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