Ce que doivent entreprendre les musulmans de France

Le principe de laïcité en France séparant l'Etat des religions suffit-il à créer une société épanouie? <-> De l'autre côté de la Méditerranée, c'est un nouvel humanisme qui est attendu de France.

Réfléchit-on dans le bon sens, après les attaques à Charlie Hebdo? Mi-janvier, une pétition a été signée par un nombre d’intellectuels arabes dénonçant les actes terroristes perpétrés « au nom de l’islam » ainsi que le caractère obsolète de certains textes et exégèses issus de la tradition islamique. En dépit de son appel à une « révolution » dans l’islam, le contenu renoue avec le passé réformiste arabe dont les théories n’ont pas pu venir à bout des problèmes fondamentaux qui sclérosent le monde musulman depuis plus de neuf siècles. Aussi, la priorité est de briser l’isolement des intellectuels arabes en France et ailleurs.

La pétition « Notre responsabilité à l’égard du terrorisme au nom de l’islam » a réussi à réunir un ensemble hétéroclite d’intellectuels arabes de France et d’ailleurs se définissant comme appartenant au courant laïc; nous en citons Sophie Bessis, Fethi Ben Slama, Houari Baki, Ghaleb Bencheikh, etc. Outre la toile et les réseaux sociaux, le manifeste a été révélé par des magazines français comme L’Obs ainsi que par les journaux et les principaux sites « libéraux » du Proche Orient et exprime l’idée de réformer la religion musulmane :

Aujourd’hui, la réponse à cette guerre ne consiste pas à dire que l’islam n’est pas cela. Car c’est bien au nom d’une certaine lecture de l’islam que ces actes sont commis. Non, la réponse consiste à reconnaître et affirmer l’historicité et l’inapplicabilité d’un certain nombre de textes que contient la tradition musulmane (…). Cette position doit être le début d’une véritable réforme du champ religieux de chaque pays et au-delà du champ religieux, d’une mise à niveau des législations », déclarent cette soixantaine d’écrivains, de journalistes, d’universitaires et de psychanalystes de France, de Tunisie, du Maroc, d’Egypte, d’Irak et d’Algérie.

Les limites de la pensée réformiste

Si cet appel courageux a pour vertu de briser – un tant soit peu – l’isolement dans lequel se sont retrouvés les intellectuels arabes en France et dans le reste du monde depuis la crise des mouvements de gauche et l’ascension des idéologies religieuses, son contenu révèle pourtant un certain paradoxe. En effet, le concept de laïcité a, depuis apparition, impliqué la séparation du clergé et de l’Etat : constatant l’hégémonie, le dogmatisme et l’inadéquation de l’Eglise catholique avec la notion de « progrès », des penseurs comme Ferdinand Boisson ont opté, non pas pour la réforme du catholicisme, mais pour la rupture entre la religion et les institutions de l’Etat et pour la sécularisation de la société :

Toute société qui ne veut pas rester à l’état de théocratie pure est bien obligée de constituer comme forces distinctes de l’Église, sinon indépendantes et souveraines, les trois pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire. Mais la sécularisation n’est pas complète quand sur chacun de ces pouvoirs et sur tout l’ensemble de la vie publique et privée le clergé conserve un droit d’immixtion, de surveillance, de contrôle ou de veto ».

Aussi, partir de la réforme religieuse pour réformer les sociétés musulmanes nous ramènerait au point de départ : l’islam resterait, comme toujours, le repère de toutes nos actions – fussent-elles réformatrices – et les changements lui seraient toujours liés.

Plus encore, l’histoire montre que faire de la réforme religieuse une condition intrinsèque à la refonte globale du monde musulman a été un échec. En effet, depuis les réformateurs de la « renaissance arabe » et jusqu’aux intellectuels du XXème siècle, les tentatives de réformer l’islam se sont souvent heurtées au refus des autorités politiques et religieuses et à la résistance de l’opinion publique : les premiers percevant ces mouvements réformateurs comme une atteinte au pouvoir du cheikh ou du souverain, les autres y percevant une atteinte à la sacralité de leur religion.

Vers un dépassement du réformisme religieux

Conscients des revers historiques des réformateurs dans le monde musulman, les intellectuels arabes, notamment ceux vivant en France et évoluant dans un pays à tradition humaniste, devraient parvenir à rompre avec la logique de la réforme religieuse en favorisant celle de l’humanisme universel. Cet humanisme qui, loin du corpus des textes sacrés et de la tradition islamique, devrait prendre pour point de départ la conscience humaine et œuvrer à son épanouissement. Ce processus devrait élever les notions de liberté, de raison et d’avenir au rang de mécanique principale régissant les idées, les visions et le comportement des musulmans, les détachant peu à peu des discours irrationnels, violents, réducteurs et infantilisants que produit le « clergé » musulman depuis des siècles. Par ailleurs, ce processus ne devrait pas faire référence à la religion, mais devrait interpeller les valeurs universelles siégeant dans la conscience humaine et qui ne sont finalement que le produit de sa propre évolution.

Crédit: Juanedc, Corán

L'ACTU

Le ministère de l'Éducation nationale s'est fixé l'objectif de former 320.000 professeurs d'ici la fin de l'année scolaire 2015 sur les questions de laïcité. Cette mesure doit permettre de donner davantage d'outils aux enseignants pour enseigner la laïcité auprès des élèves. (LeFigaro.fr)

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1 commentaire

  1. Bonjour,

    Je suis d’accord avec vous sur tous les points sauf un…
    Ce n’est pas en France ou en Europe qu’il faut discuter de réformes mais bien dans les pays musulmans où il faut le dire, seule une minorité a ce besoin fou d’obscurantisme car il est plus facile de régresser que de progresser.
    Je vais, si je peux me permettre, rajouter que les règles vestimentaires préconisées par l’Islam pourraient être bannies des pays européens car elles différencient trop les appartenances à une religion.
    Il en va bien sûr de même pour toutes les autres religions quelles qu’elles soient.
    La religion est une affaire privée pour la plupart des gens et le Jihad est un peu dépassé (mille pardons à ceux qui pensent le contraire).
    Les Imans, Cheikhs et autres chefs religieux ou non pourraient donner l’exemple en parlant la culture de partage et de bonté de l’Islam, la charité…
    Les intellectuels sont formidables d’avoir fait ce pas mais je me demande, sincèrement, combien d’imans et autres chefs religieux les lisent vraiment à part pour leur mettre une fatwa sur la tête?
    J’arre mes élucubrations et ne peux qu’espérer qu’un jour prochain tous les humains (pas les hommes, ils ont fait les lois pendant trop longtemps!) pourront vivre harmonieusement côte à côte sans s’entretuer au nom dún Dieu qui ne leur a rien demandé de vive voix depuis très longtemps.
    Je signe avec espoir.
    C

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