Fake-news: quand la blockchain promet d’être plus efficace que la loi

COMPRENDRE - Emmanuel Macron a annoncé une nouvelle loi pour lutter contre la propagation de fausses informations en période électorale en France. <> A l'étranger, une fondation a mis au point un système de pair-à-pair pour authentifier l'information dès sa publication.

Les fausses informations ne passeront pas, surtout à quelques semaines d’une élection. Et pour protéger tout candidat, journaliste, ou parti politique, le président Emmanuel Macron a prévu un projet de loi pour lutter contre ces «fake news», a-t-on appris lors de ses voeux à la presse le mercredi 3 janvier 2018.

Concrètement, «en cas de propagation d’une fausse nouvelle, il sera possible de saisir le juge au travers d’une nouvelle action en référé qui permettra, le cas échéant, de supprimer le contenu mis en cause, de déréférencer le site, de fermer le compte utilisateur, voire de bloquer l’accès au site Internet», rapporte LeFigaro. Autrement dit, dans certains cas, l’anonymat du propagateur de l’information pourrait être levé par un tribunal. Un souhait déjà exprimé par Donald Trump lui-même en février 2017 lors de la Conservative Political Action Conference.

Pour délimiter le périmètre de la fausse information, les médias français, – déjà occupés à tenter de résister aux ogres des contenus tels Facebook et Google, devront à nouveau réfléchir. Car ceux-ci se sont déjà associés à Google et Facebook, avant les élections de 2017, pour le lancement de l’outil CrossCheck qui leur permettait de valider une information. Cette fois, Emmanuel Macron semble vouloir aller plus loin : «la démarche de Reporters sans frontières d’inventer une sorte de certification des organes de presse respectant la déontologie du métier me paraît intéressante et souhaitée», a-t-il indiqué. L’implication de l’ONG Reporters sans frontières (qui a placé la France à la 39e place sur 180 pays dans son classement annuel de la liberté de la presse) revient à miser sur l’encadrement humain et déontologique de l’information; un pari qu’a déjà fait le média social Snapchat, comme le racontait Bloomberg. A partir de quelques milliers de vues, un journaliste Snapchat intervient sur le contenu pour l’authentifier manuellement, explique le site américain.

Mais choisir la voie législative pour dénoncer les fake news est-elle la plus efficace pour faire disparaître ces contenus des plateformes ?

La question se pose, quand, Facebook, Google et Twitter, les nouveaux centralisateurs du Web, tentent depuis près d’un an déjà d’assainir leurs pages. D’ailleurs, la première tentative de Facebook, cinquième capitalisation boursière au Nasdaq (à 529,5 milliards de dollars au 3 janvier, LesEchos/Bloomberg), a échoué. Contraint par les lois de l’algorithme, le géant a du revoir sa copie fin décembre 2017. La plateforme va finalement miser sur l’intervention humaine – et non sur la dénonciation d’un contenu comme auparavant -, sur la contextualisation de l’info, et sur des sanctions plus lourdes pour les éditeurs, comme l’explique le média belge RTBF. Ce renforcement des moyens du géant Facebook fait réfléchir sur la capacité d’une ONG ou des médias, presque tous déficitaires, à garantir une lutte efficace ou indépendante.

PUBLIQ récompense les rédacteurs grâce à la blockchain

Mais si la lutte contre les fake news fait du chemin, elle le fait surtout à grand renfort de nouvelles technologies. Blockchain, machine learning, Intelligence artificielle et community management sont les ingrédients sur lesquels repose la Publiq Foundation. Créée en avril 2017 par trois cofondateurs arméniens, cette société à but non lucratifs basée en Suisse et à Hong Kong est en train de lever des fonds à l’aide d’une ICO (la société devient publique grâce à la crypto-monnaie : ici avec des «Token» investis par les particuliers). Cette monnaie doit servir à récompenser les rédacteurs et les lecteurs d’une information véridique et vérifiée.

A terme, la blockchain de Publiq doit émettre des «contrats intelligents» passés numériquement entre un émetteur d’une information et la communauté. Cette dernière permet l’authentification et la transparence, explique la fondation sur son blog. Et de préciser : «le modèle de la donation permet de résoudre certains défis quant à l’allocation des richesses dans un média, mais ne convainc pas la masse de participer, tandis que les rédacteurs cherchent eux toujours à générer un trafic plus important».

Car derrière la validation de l’information de pair-à-pair et des savoirs par la blockchain se cache aussi un autre modèle de financement qui pourrait intéresser la presse. A l’instar du site Everipedia, fondé par un cofondateur de Wikipedia, les auteurs d’un billet sont rémunérés une fois le savoir validé par la communauté. Dans l’industrie média, la start-up polonaise Userfeeds entend aussi récompenser les bonnes signatures à l’aide de la blockchain.

L’ITO de la fondation doit prendre fin le 15 février 2018. La fondation a en effet choisi de se laisser du temps pour «protéger ses financeurs (…) dans une environnement de régulations rapidement changeantes».

 

 

Crédit : Ministère de la Culture, Paris, Google Map.

L'ACTU

Selon la Publiq Fondation, les revenus publicitaires mobiles et desktop atteindront 250 milliards de dollars en 2018, principalement captés par Google et Facebook.

Lire Plus...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.