Des Américains euphoriques, des Français tourmentés

[FACE-A-FACE] Arrivé au pouvoir quelques mois après Emmanuel Macron, Donald Trump est à la tête d'un pays dont la croissance a été révisée à +4,2%. Globaliz a interrogé l'économiste Marc Touati pour comprendre les différences fondamentales entre les deux dirigeants.

La mauvaise nouvelle est tombée à la fin des congés estivaux ; le gouvernement revoyait à la baisse sa prévision de croissance en France pour 2019, à 1,7%, contre 1,9% attendu. Il y aura donc mécaniquement une hausse du déficit public. Or, voilà deux trimestres consécutifs que le PIB en France plafonne à +0,2%, note l’INSEE. Dans le même temps, outre-Atlantique, les États-Unis retrouvent des niveaux de croissance jamais atteints depuis 2014. Arrivé au pouvoir quelques mois après Emmanuel Macron, Donald Trump est à la tête d’un pays dont le PIB a été révisé à +4,2% au deuxième trimestre (4,1% à Q1 2018). Pour expliquer cette bonne santé économique, sont cités la consommation des ménages et les investissements des entreprises, mais pas uniquement. 

L’économiste Marc Touati* a publié un billet sur LinkedIn montrant ce décalage entre ces deux économies mondialisées. Globaliz l’a interrogé pour comprendre les différences fondamentales dans la politique des deux dirigeants.

Extraits.

Les semaines statistiques se suivent et se ressemblent, à quelques nuances près. En effet, comme cela s’observe depuis bientôt deux ans, les Américains, et notamment les consommateurs, restent euphoriques, tandis que les Français et les Eurolandais continuent de broyer du noir. Seule nouveauté : les industriels allemands semblent retrouver le sourire. Illustrations en « images »…

Tout d’abord, défiant une fois encore le consensus ambiant qui voudrait que les Américains détestent leur Président et craignent pour leur avenir, ceux-ci continuent, au contraire, d’afficher une confiance hors du commun.

Ainsi, en août, l’indice de confiance des ménages américains du Conference Board a tout simplement bondi de 5,5 points.

Il s’agit là de sa plus forte augmentation mensuelle depuis octobre 2017. Mais le plus spectaculaire réside dans le fait que cet indicateur avancé de la consommation privée atteint désormais un sommet depuis octobre 2000, c’est-à-dire une époque où le glissement annuel de la consommation des ménages et du PIB des Etats-Unis avoisinait les 4 %.

Bien loin de cette euphorie, l’indice INSEE de confiance des ménages français a continué de reculer en août, passant de 97,2 le mois précédent à désormais 96,6.

Depuis le début de l’année, cet indice précurseur de la consommation des ménages a reculé de 7,7 points. Depuis son précédent point haut de juin 2017, il enregistre un plongeon de 11,2 points.

Pour ne rien arranger, il atteint désormais un plancher depuis juillet 2016.

Le drame est que cette chute de la confiance des ménages intervient dans un contexte où leur consommation a déjà fortement ralenti depuis quasiment un an.

Au deuxième trimestre 2018, la révision des comptes nationaux de l’INSEE a même fait état d’une baisse de 0,1 % des dépenses de consommation des ménages français. Leur glissement annuel est d’ailleurs tombé à 0,7 %, un plancher depuis le deuxième trimestre 2014.

La nouvelle baisse de la confiance des ménages confirme donc que la consommation privée va continuer de tirer vers le bas l’ensemble de l’économie française. Et la future augmentation très probable de la fiscalité ne va évidemment pas arranger les choses. D’autant que le chômage ne baisse quasiment plus.

A ce rythme, notre prévision d’une croissance annuelle moyenne du PIB français de 1,5 % pour 2018, qui paraissait très pessimiste à beaucoup il y a encore quelques semaines, risque de devenir trop optimiste.

Pour ne rien arranger, cette déprime des consommateurs commence à se généraliser à l’ensemble de la zone euro.

ENTRETIEN :

GlobalizSi l’on compare les données chômage et croissance de la France avec les Etats-Unis, n’est-on pas obligé de reconnaître l’efficacité de la politique de Trump ?

 

Marc Touati, économiste : La comparaison n’est pas si simple, puisque le chômage était déjà faible aux Etats-Unis lors de l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. En revanche, il faut reconnaître que la baisse des impôts décidée par ce dernier a permis de relancer la machine économique, et notamment l’investissement des entreprises. Dès lors, l’emploi a continué de croître, le chômage de baisser et la consommation, qui commençait à ralentir, a nettement rebondi.

Dans ce cadre, il est donc possible de dire que la politique de baisse de la fiscalité de Trump est un succès.

A l’inverse, en France, la fiscalité a continué d’augmenter au niveau macro-économique. Elle est ainsi logiquement restée la deuxième plus élevée du monde développé, derrière le Danemark. Ce qui n’a évidemment pas manqué de casser la confiance et surtout la consommation des ménages.

GNDans le même temps, quelle(s) sont les mesure(s) prises aux USA qui pourrait inspirer Emmanuel Macron et être importées en France ?

 

MT : La réponse est très simple et je ne cesse de la préconiser depuis des années : il faut baisser les impôts pour tous, les entreprises et les ménages. Le problème est que pour y parvenir, il faut avoir le courage de baisser la dépense publique. Or, depuis 1957, aucun gouvernement français n’y est parvenu. Et malheureusement, l’équipe Macron-Philippe continue sur cette même voie.

GN Vous êtes très pessimiste sur la consommation des ménages en France, quelle mesure d’urgence pourrait inverser la tendance ?

 

MT: Au risque de me répéter, la baisse des impôts pour tous ! Ce qui permettra d’engendrer un cercle vertueux « Investissement-emploi-revenu-consommation » comme cela s’observe par exemple aux Etats-Unis.

GNOn oppose souvent le protectionnisme de Trump VS le progressisme de Macron, qui se positionne d’ailleurs sur cette valeur. Leur politique économique se résument-elles à ces deux paradigmes ?

 

MT : Les raccourcis sont dangereux dans ce type de comparatif. Depuis sa candidature aux primaires des Républicains, Trump a été très clair : il fera tout pour soutenir la croissance américaine, en vertu du fameux « America First ! ». Mais attention, si une vague de protectionnisme mondiale s’impose, il n’y aura que des perdants. Et pour cause : pour parvenir à une croissance mondiale de l’ordre de 3 %, comme c’est le cas actuellement, il faut que les échanges internationaux augmentent d’environ 10 % par an. Si le protectionnisme l’emporte, le commerce mondial s’effondrera et la croissance avec, y compris aux Etats-Unis.

La technique de Trump est désormais bien comprise : d’abord, il tape du poing sur la table et ensuite il négocie. Voilà pourquoi, il soutiendra la croissance américaine mais ne cassera pas l’économie mondiale.

Macron ne peut évidemment pas en faire autant pour la simple raison que les Etats-Unis sont la locomotive de l’économie planétaire avec la Chine et qu’en plus ils disposent de l’étalon monétaire international, le dollar.

Par ailleurs, la zone euro et a fortiori l’Union européenne ne parlent pas d’une seule voix et ne sont pas crédibles pour imposer une vision du monde, qui est d’ailleurs différente selon les pays. Dans vingt ans, il est à peu près certain que les Etats-Unis existeront encore. On ne peut malheureusement pas en dire autant de la zone euro. Plutôt que de donner de vaines leçons à l’Oncle Sam, il aurait été beaucoup plus « progressiste » de consolider et de crédibiliser la zone euro. Nous en sommes très loin.

 

L’analyse complète est à retrouver dans le nouveau “Economic World” sur www.acdefi.com.

*Marc Touati, président fondateur du cabinet ACDEFI (Aux Commandes de l’Economie et de la Finance), vient de publier Un monde de bulles, Bookelis (sorti le 5 septembre 2018).

 

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Photo by Tom Parsons on Unsplash

 

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