«Internet des Valeurs»: échanges, vote et droits de propriété

[COMPRENDRE] 1 - La Blockchain peut-elle poser les bases d'un monde meilleur ? La technologie décentralisée dite de "la chaine de blocs" doit créer, selon ses experts, "l'Internet des Valeurs" et, à terme, succéder à l'Internet que nous connaissons aujourd'hui. Ces promesses sont-elles réalisables en France comme à l'étranger ? Revue de trois projets porteurs de valeurs.

La Blockchain, ou “chaine de blocs”, est au sommet de son « cycle du hype », attirant l’intérêt des entreprises, des projets, des institutions mais aussi et surtout, d’une communauté de passionnés. Parce qu’elle promet la décentralisation, la confiance dans tous les échanges et la transparence, la blockchain est attendue comme la prochaine révolution la plus importante depuis celle de l’Internet -qui n’aurait été qu’une première version imparfaite car centralisée. Les attentes qu’elle nourrit sont-elles « excessives » comme le décrit Gartner dans son cycle du hype ? Pour l’heure, un seul usage vient illustrer le potentiel de la blockchain; celui autour de la monnaie bitcoin et des autres protocoles monétaires auquel celui-ci a donné naissance. Autrement dit, les premiers a l’avoir adopté sont ceux qui souhaitent échanger leur argent de pair à pair, sans intermédiaires et de manière transparente et sécurisée, grâce à la validation des blocs de cette chaine virtuelle.

Mais au-delà de l’aspect purement technique de la blockchain, beaucoup lui attribuent une autre dimension : celle de «l’Internet des valeurs» (monétaires et non financières), comme si la chaine de blocs portait dans son ADN les ingrédients pour construire un monde meilleur. Dès lors, quelles seraient les valeurs de ces pionniers ? Sont-elles purement monétaires comme avec le bitcoin ou également philosophiques ? Comment des valeurs peuvent-elles s’incarner au travers d’une technologie complexe et encore inaccessible au plus grand nombre ? D’autant que certaines de ces technologies sont plus ou moins adoubées par la communauté comme étant des projets réellement porteurs de décentralisation et de confiance.

En amont de ces débats, revue hebdomadaire des valeurs créés par des projets nationaux ou étrangers, issus de cette nouvelle économie sans frontières, par Globaliz.

«Comment créons-nous une nouvelle valeur ? Vous créez de la valeur en faisant fonctionner des services sur la blockchain».

(William Mougayar, directeur général et CIO à JM3 Capital).

 

SANS FRONTIERES. «Notre vision est que la valeur soit échangée aussi rapidement que l’information. Tandis que l’information se transmet partout dans le monde instantanément, un seul paiement d’un pays à l’autre est lent, coûteux et peu sûr.» C’est ainsi que Ripple, une cryptomonnaie en vogue découlant du bitcoin, définit sa valeur. «L’Internet des Valeurs va permettre d’échanger n’importe quel actif qui a de la valeur pour quelqu’un, soit des actions, des votes, des points de fidélité, des titres, de la propriété intellectuelle, de la musique, des découvertes scientifiques et plus», explique Ripple qui s’est spécialisée dans les paiements transfrontaliers avec les banques, depuis sa création en 2012.

 

VOTER. Dans de nombreuses démocraties, le vote citoyen ne va plus de soi. En France, le taux d’abstention lors des dernières élections présidentielles de 2017 a atteint le niveau record de 25,44% au second tour, soit près un Français sur trois qui a voté blanc ou ne s’est pas rendu aux urnes. Sur d’autres continents comme en Afrique, la problématique est celle de l’éloignement des populations ou encore de manipulation des résultats du vote.

Aussi, plusieurs start-up se sont saisies du sujet pour proposer des protocoles ultra sécurisés et un vote électronique nouvelle génération. Le premier pays a l’avoir utilisé est la Sierra Leone, avec la société suisse Agora qui a enregistré et vérifié les bulletins papier. Grâce à son système, elle a garanti la transparence sur les résultats de plusieurs bureaux de vote. De même, au Kenya, on envisage de recourir à la blockchain pour obtenir des résultats en temps réel de ses scrutins et ainsi rétablir la confiance auprès des électeurs. En 2017, le pays a en effet connu de nombreux heurts et des violences suite à la réélection du Président Kenyatta, en place pour cinq ans. En Écosse, où la question de l’indépendance du pays vis à vis d’une Grande-Bretagne coupée de l’Union européenne, l’idée d’un scrutin reposant sur la blockchain a fait surface. La société ClearPoll a ainsi réalisé plusieurs tests, comme elle l’explique à IrishTechNews. Aux Etats-Unis, en Virginie occidentale, une application mobile similaire doit aussi permettre aux soldats en mission à l’étranger de voter à distance pour les prochaines élections de mi-mandat en novembre, avec la blockchain, raconte le Washington Post. Enfin, au Japon, la ville de Tsukuba a permis à ses habitants de voter sur des projets “à contribution sociale” via un écran et un protocole empêchant la falsification d’identité, note TheNextWeb. En plus de la dimension démocratique du projet, la blockchain incarne aussi la décentralisation en redonnant un accès aux débats à l’échelon local.

 

PROPRIÉTÉ. Au Honduras, dès 2015, le gouvernement a déployé la technologie blockchain pour ses registres de propriétés foncières. Chaque cadastre ainsi digitalisé garantit ainsi une identité propre et inviolable sur chaque parcelle de terrains, rapporte LOpinion. En plus de protéger les propriétaires à d’éventuelles menaces liées aux mafias locales, la solution américaine développée par la start-up Epigraph, pourrait bien aussi encourager les citoyens à accéder à la propriété. L’idée fait aussi écho en Afrique où les droits liés à la terre sont encore flous. Au Ghana, où 90% des terres rurales ne sont pas répertoriées, comme le précise le site ActualitésduDroit,  la société Bitland prévoit d’enregistrer le cadastre dans les registres de la blockchain et d’émettre un jeton numérique (token) pour offrir de nouveaux droits individuels. Cela participe à un autre phénomène, celui de la “tokenisation” des secteurs économiques, en l’occurence foncier, qui vient transformer en liquidités chaque actif. Avec la blockchain et ses “jetons” en guise de monnaie évolutive et immuable, chacun peut se rendre propriétaire d’un actif et d’un capital digitalisés et sécurisés.

 

PODCAST : « Il était une fois le futur », avec Laure de la Raudière, député “Agir” de l’Eure-et-Loire, Thomas Guyon, consultant et Jacques Favier, historien et cofondateur de l’association Le Cercle du Coin et BINGE Audio. 

 

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Photo by Andre Francois on Unsplash

L'ACTU

Mercredi 12 septembre : la commission spéciale de l'Assemblée nationale chargée de l'examen du projet de loi Pacte a adopté l'article 26 créant un cadre juridique pour les émissions de jetons numériques par le biais de la technologie de registre distribué ("Initial Coin Offering" en anglais, ICO), nouveau mode de financement en plein essor, en particulier au sein de l'écosystème de la technologie Blockchain. (LaTribune.fr)

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