Portrait en Block : Isabelle Mercier, du poker à la cryptomonnaie

INSPIRER - L'ère digitale permet de nouveaux échanges plus ou moins connus du grand public. Pour faciliter les paiements et les transferts, des communautés se sont ainsi créées autour des cyptomonnaies qui reposent sur la technologie blockchain. Isabelle Mercier, directrice des opérations du site spécialisé CryptoNews FR s'est prêtée à l'exercice du "Portrait en Block" de Globaliz.

La série «Portraits en Block» propose à des acteurs de la Blockchain de se soumettre à quelques caractéristiques de la chaine de blocs, cette technologie qui promet des échanges décentralisés et sans intermédiaires, pour l’appliquer à leur personnalité. L’occasion ainsi de découvrir cette technologie qui s’inscrit dans l’économie sans frontières mais qui doit encore convaincre un plus large public, tandis que ses usages sont restés limités en 2018.

 

Avant d’être la directrice des opérations du site CryptoNewsFR, Isabelle Mercier a eu une autre vie. Née à Victoriaville au Québec, elle fut d’abord une professionnelle du poker au niveau mondial. Face à son appétit insatiable du jeu, c’est dans cet univers qu’elle gagne son surnom de Isabelle ‘No Mercy’ (sans pitié). En 2008, elle retrace son enfance au Canada, son parcours de joueuse de poker dans les tournois internationaux (plus d’un million de dollars de gains), ou encore sa vie de croupière à l’Aviation Club de France à Paris dans le livre autobiographique “Profession bluffeuse” (Flammarion). Basée aujourd’hui à Montréal après avoir vécu à Paris et à Monaco, elle reprend la franchise CryptoNews.com, un site spécialisé dans l’actualité des cryptomonnaies, pour lancer en 2018 la version francophone, avec le Français David Nathan, directeur des contenus. Elle investit ses fonds personnels pour développer la marque CryptoNews, elle-même financée par l’homme d’affaires lituanien Antanas Guoga, également joueur de poker. Le site existe aussi en version anglaise, arabe, allemande, et néerlandaise. Portrait en Block.

 

La Blockchain est née après Internet… à quelle ère technologique êtes-vous née ?

 

Isabelle Mercier, directrice des opérations de CryptoNews FR: La blockchain et Internet sont tous deux nés bien après moi ! En effet, en 1975, la technologie n’était pas très avancée… Le CD n’existait pas encore et nous étions tout juste à l’arrivée des radiocassettes. Le DVD n’existait pas non plus, pas plus que les magnétoscopes, d’ailleurs nous n’avions que quelques chaines disponibles sur la télévision, que nous pouvions changer en se levant et en tournant un bouton situé sur le poste de télévision. Les télécommandes ne sont arrivées que bien plus tard !

Au moment où je suis née, Internet était tout simplement inexistants. Cela m’a entre autres permis d’entretenir des correspondances par lettres écrites et envoyées pendant des années, et ces écrits font partie de multiples trésors que je garde et que je m’amuserai à relire un jour. Le téléphone portable n’existait pas non plus, ce qui fait que nous connaissions par cœur tous les numéros de nos amis. Nous n’avions pas de répondeur non plus, ni de deuxième ligne, il fallait donc parfois jongler avec nos parents pour l’utiliser ou abandonner le téléphone lorsqu’ils « attendaient un appel ».

 

De père à mère… ?

 

I.M : Ma mère était représentante sur la route pour des compagnies de meubles et s’est bâtie une carrière « self made » à une époque où la domination des hommes était bien plus grande qu’elle ne l’est encore aujourd’hui. Elle a su gérer ses avoirs et assurer ses fonctions tout en étant mère de famille. C’est une femme très forte et nul doute que cela m’a inspiré dans mon parcours, en tant qu’avocate commerciale, en tant que joueuse professionnelle de poker, et aujourd’hui en tant que directrice des opérations d’un site d’actualités sur les cryptomonnaies, qui sont tous des domaines généralement peuplés par des hommes. Mon père, lui, a toujours fait preuve de beaucoup de rigueur au travail, tout en restant calme et posé, et je crois que cela m’a beaucoup influencée et impressionnée. Je le ressens dans tout ce que je fais, et mon degré d’exigence et de perfectionnisme est bien au dessus de celui de la moyenne des gens. D’ailleurs, au niveau professionnel, je me retrouve bien dans cette citation de Che Guevara « Soyons réalistes, exigeons l’impossible ».

 

Où vous décentralisez-vous ?

 

I.M : J’ai été « décentralisée » par défaut pendant plusieurs années alors que j’étais joueuse professionnelle de poker et que je parcourais le monde pour jouer sur le circuit des tournois internationaux. J’ai littéralement vécu dans des hôtels pendant toutes ces années, avant de faire des allers retours en continue entre Paris, Monaco et Montréal. Aujourd’hui, je suis de retour aux sources, près de mes racines, et je suis donc très « centralisée ». Mais si le besoin se fait sentir, je m’éloigne de la ville pour retrouver le chalet, la campagne, les espaces verts et les merveilleux lacs que nous offre la nature au Québec.

 

En quoi avez-vous confiance ?

 

I.M : Comme on dit dans la cryptosphère, « Ne faites pas confiance, vérifiez! » pour faire référence à la façon dont y sont vérifiées et validées les transactions. La blockchain est en train de littéralement bouleverser notre rapport à la confiance envers plusieurs institutions. Pourquoi ferais-je confiance à une banque qui peut à tout moment geler mes comptes et m’empêcher d’avoir accès à MON argent? Pourquoi ferais-je confiance à une institution centrale qui va décider comme bon lui semble de faire tourner la planche à billet? J’ai confiance dans le côté intelligent du protocole bitcoin, j’ai confiance en cette monnaie numérique car aucune autorité centrale n’a de pouvoir sur elle.

Je crois en la décentralisation et au retour du pouvoir entre les mains de la masse. Je crois que le pouvoir et l’argent génèrent beaucoup de corruption, or, la plupart de nos institutions, qu’elles soient financières ou gouvernementales, sont extrêmement centralisées. Les exemples de corruption affluent et sont infinis. Pourtant, il semble que certaines personnes choisissent de fermer les yeux et préfèrent continuer à faire confiance à ces personnages politiques et à ces géants de la finance. J’aime bien ce mème mettant en scène Julian Assange « Je vous donne gratuitement des informations sur les corporations et je suis le vilain » face à Mark Zuckerberg « Je donne vos informations privées à des corporations pour de l’argent et je suis élu l’homme de l’année ».

Si vous étiez transparent(e), que feriez-vous?

 

I.M : Je pense que la transparence est une des qualités et l’une des fonctions majeures que l’on peut attribuer à la technologie blockchain. En revanche, devenir « transparente » moi-même ne serait pas un attribut qui aurait des mérites, et serait ironiquement exactement le contraire du but recherché par la transparence au sens strict du terme. Toutefois, s’il fallait absolument que je me prête à l’exercice, j’en profiterais pour m’incruster au sein des salles de réunions des plus grandes corporations, des banques et des organismes politiques afin de pouvoir entendre, noter, et dénoncer leurs manœuvres déloyales. C’est quand même fou de savoir qu’une compagnie comme Google a payé des primes de départ de plusieurs millions de dollars à des employés afin qu’ils quittent leurs postes, dans le but d’étouffer des histoires de harcèlement sexuel…

 

Plutôt publique ou privée ?

 

I.M : Plutôt privée, et je crois que c’est une déformation professionnelle! En effet, je suis extravertie de nature, mais j’ai été tellement médiatisée au cours de ma carrière de joueuse de poker et lors de la tournée de promotion qui a entourée mon livre, qu’aujourd’hui, je n’aime plus être le centre d’attention dans un groupe, et je ne sens pas le besoin de parler de moi-même, ou d’obtenir de la reconnaissance.

Quelle est votre cryptomonnaie préférée ?

 

I.M : Je suis 100% bitcoin. C’est la première crypto qu’il m’a été donné de découvrir et j’aime toute la philosophie derrière cette monnaie ainsi que sa communauté. Je n’ai pas honte de dire que je suis largement influencée par plusieurs de ses acteurs estimés, tels que Francis Pouliot, Charlie Shrem, Erik Voorhees, Anthony « Pomp » Pompliano ou encore Andreas Antonopoulos.

Une citation ?

 

I.M : “Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait.” de Mark Twain. Ça me fait penser aux cypherpunks qui ont fait en sorte que le Bitcoin ait pu exister. Ils ont eu comme moteur cette envie profondément sincère de changer le monde, de ne pas s’accommoder de celui qu’on leur donnait à voir. D’aucuns diront qu’ils étaient naïfs, mais le futur va peut-être leur donner raison et le monde va peut-être changer profondément grâce à eux. L’avenir le dira.

 

 

Voir aussi :

“Nouveaux réseaux, nouvelle confiance”, le Calendrier 2019

L'ACTU

Les prix des crypto-monnaies ont augmenté début janvier 2019, malgré le fait que le Bitcoin ait connu sa pire série de pertes mensuelles en sept ans en décembre. Le Bitcoin a cloturé en repli de près de 70% en 2018 et reste en dessous de la barre des 4 000 $. Les crypto-monnaies ont fortement chuté vers la fin de l’année en raison des inquiétudes suscitées par une surveillance réglementaire et une volatilité accrues. Les crypto-monnaies étaient globalement en hausse, avec une capitalisation boursière totale de 131 milliards de dollars au moment de la rédaction, contre 125 milliards de dollars mardi. (Source : fr.investing.com)

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