Ces projets Blockchain qui bousculent les États

COMPARER - En offrant un accès direct et en temps réel, les nouvelles technologies peuvent améliorer les services rendus aux citoyens. De là à remplacer le rôle d'intermédiaire et de confiance joué par l'État ? <> Certains projets dans le monde font ce pari, quand la France réfléchit au sujet avec une première consultation.

La Blockchain, ou chaîne de blocs, est cette technologie disruptive qui permet de réguler les échanges d’informations telle que la monnaie avec un haut niveau de confiance et de sécurité. Ainsi, au coeur de la Blockchain, sur laquelle repose la cryptomonnaie bitcoin, se trouve la promesse d’une société plus horizontale, décentralisée, affranchie de ses intermédiaires et où chaque individu est responsable et en contrôle de ses interactions. C’est donc, potentiellement, un nouveau contrat social rendu possible, techniquement par quatre ingrédients : un grand registre de données disponibles, un réseau ouvert de pair à pair, un algorithme de consensus (“la preuve de travail” de validation) et la cryptographie dite “asymétrique”. Dès lors, si la technologie offre une gouvernance plus fiable, certains sont convaincus qu’elle peut venir remplacer le régulateur traditionnel : l’État. 

Les projets ci-dessous font le pari de pouvoir gérer les échanges d’une société tout en prônant des valeurs telles que la sauvegarde de l’environnement, la justice, la transparence et plus généralement de nouvelles libertés individuelles. D’autres viennent en complément ou pour améliorer l’offre de services publics.

Carte : «La Blockchain bouscule les États», à retrouver dans l’hebdomadaire La Tribune (8 février 2019)

Dubai : Dans la première ville des Emirats Arabes Unis, on déploie le plan “Emirates Blockchain Strategy 2021” afin de devenir “la première ville 100% Blockchain” au monde. Un projet d’émancipation relatif donc, puisqu’il s’agit d’implanter diverses blockchain privées, gérées par l’Etat avec des partenaires, pour rendre des services aux citoyens-clients.

Estonie : Dès 2008, le pays, engagé dans la digitalisation de ses services publics (e-identité, i-Voting, e-Tax…), teste la Blockchain. Soit un an avant la publication du “white paper” exposant les fondements du bitcoin par son fondateur, un certain Satoshi Nakamoto.

Tahiti, Polynésie française (projet abandonné) : Le projet d’îles flottantes de “Blue Frontiers” vivant en totale autonomie d’un État, grâce à la cyptomonnaie Varyon, ne sera finalement pas soutenu par le TOM français. Financé notamment par Peter Thiel (cofondateur de PayPal, Palantir), il cherche depuis une nouvelle implantation test.

Brooklyn, New York : En 2016, la joint-venture TransActive Grid (Lo3 Energy et ConsenSys) inaugure un système intelligent d’échange et d’économie de l’énergie entre voisins, recueillie par panneaux solaires et reposant sur la blockchain. Il est soutenu par le plan “Reforming the Energy Vision” de l’État de New York.

Nevada, États-Unis : Un millionnaire américain veut bâtir une “crypto-ville” en plein désert, sur 27 000 hectares (soit 27 fois le Bois de Vincennes). Une communauté et une Smart city qui reposeraient entièrement sur la blockchain.

Great Keppel Island, Queensland, Australie : Pour revitaliser cette île située près de la barrière de corail, une société d’investissement propose sa “tokenisation”, afin que chacun puisse posséder un bout de l’île et ainsi la protéger.

Puerto Rico : “Puertopia” est le projet utopique d’une dizaine d’entrepreneurs qui ont fait fortune dans le bitcoin, tel Brocke Pierce, à l’origine pour reconstruire “une ville décentralisée” après le passage de l’ouragan Maria en 2017. Sur cette île des Caraïbes, la cryptomonnaie permettrait les échanges et tous les contrats seraient publics.

Malte : Le petit état, membre de l’UE, veut devenir “l’île mondiale de la blockchain” à l’aide d’une juridiction particulièrement favorable pour les entreprises.

Ljubljana, Slovénie : La ville d’Europe centrale de ce pays membre de l’UE a l’ambition de devenir la première “Bitcoin City” avec déjà un centre commercial où 500 magasins acceptent le paiement en bitcoin.

Noah City, Manille, Philippines : Doté de la cryptomonnaie le “Noah Coin”, le projet doit notamment faciliter les échanges entre la communauté des Philippins expatriés qui veulent soutenir leur famille.

Akon Crypto City : Le chanteur américain Akon a l’ambition de créer une ville futuriste de 800 hectares au Sénégal près de Dakar qui utilisera la monnaie “AKoin”.

Liberland (entre la Serbie et la Croatie) : le petit bout de territoire au projet libertarien de vivre sans État veut lancer son token d’échanges. Il stocke déjà le bitcoin en tant que réserve de valeur officielle.

Et la France ?

En décembre 2018, un rapport d’une mission d’information parlementaire a été rendu par les députés Laure de la Raudière (Agir) et Jean-Michel Mis (LREM). “Pour l’instant pas de retour concret”, confie la première intéressée mais “un rendez-vous avec le gouvernement sur le sujet” qui doit avoir lieu mi-février. La discussion devrait porter sur la vingtaine de propositions faites pour l’amélioration des services publics, via la blockchain. A ce jour, aucune expérimentation d’envergure n’a été réalisée par l’Etat. A citer, un partenariat entre l’Agence Nationale des Fréquences (ANFR) et le cabinet de conseil Blockchain Partner pour gérer le spectre des fréquences radioélectriques en B2B. Un «produit opérationnel» doit sortir «au 15 février» pour aider dans la gestion des fréquences libres lors de grands événements (Tour de France, Roland Garros…), sur une blockchain privée « de consortium», indique l’AFNR.

Dans son rapport, la mission parlementaire préconise aussi des prises de participation de l’Etat dans des start-up des blockchains. Des expérimentations sont menées au sein de la Caisse des dépôts, telles des obligations vertes (green bonds).

En 2018, la France était classée 13e (sur 28) en matière de services publics numériques. Elle dispose d’une note moyenne en ce qui concerne l’étendue des services en ligne (87 contre 84 pour la moyenne européenne), selon l’indice relatif à l’économie et à la société numériques (DESI, le Digital Economy and Society Index) publié en mai par la Commission européenne.

 

Lire aussi : Dubaï, premier État-Blockchain? (La Tribune)

 

 

Crédit : Dubaï, EAU, @Jdussueil

L'ACTU

Mi-février, la Direction générale des entreprises (DGE), rattachée au Ministère de l'Economie, a annoncé une consultation auprès de l’ensemble des porteurs de projets blockchain en France. Elle a notamment pour objectif «d’identifier les obstacles qui peuvent gêner la mise en oeuvre de ces initiatives et de lever les freins au développement d’usages innovants, au bénéfice des consommateurs et des entreprises.»

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