Élections européennes: comment impliquer les citoyens?

COMPRENDRE - Les start-up de la CivicTech tentent de reconstruire le lien entre les citoyens et leurs élus. <> Mais ces sociétés peinent encore à convaincre et à se faire une place dans les débats.

Le taux de participation aux élections européennes depuis la première élection du Parlement en 1979 s’est régulièrement déprécié pour atteindre 42,6% au dernier scrutin de 2014. Dans un récent sondage, le manque d’intérêt pour le nouveau mandat des eurodéputés est aussi marquant, avec 43% des Français qui ont déclaré ne pas s’intéresser aux élections européennes (BVA/Presse, 22 mai).

Pour y remédier, plusieurs start-up du secteur de la CivicTech se sont fixées pour objectif et proposition de valeur de retisser le lien rompu entre les élus et leurs citoyens. Mais peu parviennent à trouver un équilibre financer et à valider un modèle économique. On trouve ainsi la nécrologie des Civic Tech qui n’ont pas survécu à leur modèle, telles Vote.com, Voter.com, Hotsoup.com, Speakout.com, ChangeByUs, VoteIQ, Votizen… citées par le site CivicHall.

L’une d’elles, Citizinvestor, explique à CivicHall qu’elle avait pourtant réussi à engranger suffisamment de partenaires publics, en l’occurence les mairies. Mais le besoin en financements avait été sous-estimé, de même que le besoin de diversifier le modèle à d’autres partenaires potentiels. De fait, pour ces sociétés, la relation avec les élus, les institutions et le secteur public de manière générale est le fuel essentiel de l’activité. Mais si c’est la seule source, elle est se révèle aussi insuffisante pour croître.

Tout n’est néanmoins pas histoire d’enterrements dans l’univers politico-business des CivicTech. D’autres parviennent en effet encore à convaincre des investisseurs à l’image de la start-up belge CitizenLab dont l’ambition est de redonner une voix aux citoyens à l’aide d’une plateforme jouant le rôle d’intermédiaire entre les requêtes et les élus locaux. Crée en 2015, elle vient de lever 2 millions d’euros auprès de Inventures, un fonds belge qui se veut européen, un groupe privé, la banque ING, ainsi que le fonds d’investissement bruxellois et public finance.brussels. Elle revendique une centaine de villes référencées sur son service de mesure de l’opinion des citoyens avant de prendre une décision collective. Dans son tour de table l’acteur IT Cipal Schaubroeck est ainsi sa carte “marché public” puisque cette ESN s’est spécialisée dans les services RH et IT pour les collectivités belges. La plateforme qui est active en France compte accélérer son déploiement à l’international.

Dans l’Hexagone, on trouve Polipart, une plateforme de prise d’avis des citoyens sur le terrain, pour les élus et qui entend aussi prendre sa part du marché. « Les enjeux au démarrage sont doubles : il s’agit d’augmenter sa visibilité et de nouer des relations de confiance avec les élus : c’est un développement sur deux fronts », explique à Globaliz Brice Maydieu, le fondateur de la plateforme incubée au Liberté Living Lab à Paris.

La data pour regagner la confiance

L’entrepreneur français tient toutefois à souligner sa différence avec le concurrent belge : « Ce sont des outils temporaires sur des réflexions et des actions temporaires qui servent ensuite d’opération de communication à la mairie. Nous allons au-delà de l’échelon local en incluant toutes les institutions. » Et de trancher : « Le problème n’est pas vraiment de gérer l’interaction. Avant cela, il faut impérativement reconstruire la confiance. Les citoyens n’ont plus confiance dans leurs élus, dans le système », conclut Brice Maydieu.

Lorsque l’on possède et le réseau politique et la visibilité dans les médias, tout est plus facile. Récemment, c’est la start-up Cap Collectif, éditrice de la plateforme du «Grand Débat» pour tenter de refluer la crise des Gilets Jaunes, qui s’est ainsi taillée la part du lion. Pour rassembler les avis des participants, elle avait ainsi signé un contrat de 1,1 million d’euros avec l’État, révèle NextINpact.

Ce travail d’évangélisation peut s’avérer plus compliqué que prévu. « Il faut apporter une culture de la donnée au monde politique qui n’y est pas encore familier, notamment avec l’agrégation de bases existantes (Insee, Eurostat, etc. ) », observe de son côté Mickaël Jordan, entrepreneur de la réalité augmentée qui vient de lancer l’application Citizen App, sous le statut associatif et non celui de l’entreprise. L’application a l’ambition de libérer une partie des données publiques sur la France sur mobile et de les mettre en images.

Toutes ces plateformes collaborative servant à prendre l’opinion et les avis ne remplissent pas la mission d’informer le citoyen. Selon moi, il leur manque la dimension pédagogique. Le problème avec le Grand Débat est que l’on a demandé aux gens de réagir à chaud, sans qu’on leur laisse le temps de regarder les sujets en profondeur, grâce à la donnée. C’est ce que je reproche aux démarches collaboratives », ajoute Mickaël Jordan.

L’Union européenne, qui a pourtant mis en place un programme d’open data depuis 2012, ne semble donc pas avoir atteint toutes ses cibles au sein des 28 Etats membres. La data publique de l’Union européenne pourra-t-elle sauver la démocratie en Europe ?

Les taux de participation aux élections européennes parmi une sélection d’Etats membres (TNS/parlement européen) :

L'ACTU

En plein Brexit, les Britanniques sont pourtant appelés à se rendre aux urnes jeudi 23 mai 2019, en même temps que les Pays-Bas. Ils seront suivis par la Hongrie puis par les membres fondateurs dimanche 26 mai.

Lire Plus...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.